Et au dessous rugissait le volcan

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, poésie, Présence africaine)

Brèche ouverte, le surréalisme en Europe, plonger et s’initier à la glaise, strates de soi, pour Césaire  ignorer un mot c’est accepter de ne pas se connaître, redécouverte de soi dans les marges des empires qui ne sont pas l’empire, comme en Tchécoslovaquie et l’éclosion du mouvement Dada, la Grande Guerre aura tiré un trait sur le grand rêve que l’on se faisait de sa grandeur, ame, intelligence, profondeuer, elle aura ramené l’homme à la bête qui blessé tente de se redécouvrir. La civilisation naissante de masse, qui est une marchandisation extrême, le jeu à la marchande auquel jouent les pouvoir s’échangeant la menu monnaie de la vie humaine, soudainement les âmes et les cœurs sont projeté dans la grande interrogation d’être et prennent le contrepied, énorme vague de romantisme concret, vertige des profondeurs, ils cherchent un sens , accumulent et déconstruisent. A Vienne Freud et ses suivants permettent de se ressaisir des pièces d’un puzzle qui n’avait jamais été sciemment découpé, le social vivait ordonné sous le toit de l’acceptation, maison commune qui était devenue celle d’un vautour qui soudainement avait levé un voile; il était un ogre, Saturne au grand banquet. Les enfants sont perdus, ils fuient, dans la clairière au milieu d’une foret d’angoisse, de démesure, c’est un défi de désordre et de bacchanale compensatoire, qu’est-ce donc que l’homme moderne, l’accouchement dans les cieux le sperme de l’occident à la conquête quasi spatiale dans l’utérus démesuré de l’imagination.    Vienne , Paris, propagé dans les capitales  de l’Europe, plus tard au foisonnement nouveau du monde hurlant, New York et Berlin,  les déboussolés, jetés sur les routes et ne reconnaissant pas les calmes d’une campagne, émulsion jetée sur des rues sans nom , connaissent l’exil ou plutot le désirent, inventent ce nouveau brassage.

Mais, franges de l’Europe, les marges contiennent aussi  les colonies nouvelles des  métropoles, non-lieux vides, hors-lieux où l’ignare règne d’un main de maitre ne connaissant rien, ils ne reconnaissent rien et s’illusionnent, loin du charnier en jachère de ce beau mot que fut jadis Europe. Jachère, terreau, des grands révoltés de l’imaginaire portent encore en eux la grande civilisation, africaine, malgache, algérienne, certains ont été projeté dans la mosaïque inhumaine de l’esclavage et de la dépersonnalisation, ces deux voies vont se rencontrer, fructifier au contact l’un de l’autre apprenant de chacun et couvant sous les grandes fesses de l’occident qui opère sa mutation, la vérité elle aussi naissante de leur transformation. L’ordre ancien est mort ou étouffé, l’acculturation fait son œuvre, le grand pet du monde trouvera les voies créative pour reprendre la trace et l’invention magnifique d’une retrouvaille de l’être. Le tout-monde se faisait mentalement  en poésie aussi, comme un plan projet de ce que l’on pouvait percevoir du grand chambardement.

En chaque être humain, soumis à la folie d’une  dépersonnalisation, des individu  parviennent à s’extraire du grand collectif, l’âme, la psyché est sous le feu de la psychanalyse dont la grande médiation de l’expression, écrite ou orale, picturale ou culturelle se chargeait de faire table rase et était une grande projection de cette étendue formidable de la modernité et de ce qu’elle pouvait sous-entendre. A l’intérieur de ce  bouillonnement interne au monde occidental, par ailleurs en proie à une violence des  cataclysmes et à l’expansion coloniale, le surréalisme fait rage : il conteste, travaille à la refondation de l’imaginaire moderne, cherche à comprendre le lien qui agit les êtres et les choses, mosaïque sans sens du kaléidoscope et fait appel dans son exercice à des recours de l’âme qu’il appelle primitifs : le rêve, la divination, le fétichisme, le fondement animiste de l’être et de la société. La rencontre avec les dessous de l’empire ou il reconnait les propres siens, sous-vêtements cachés sous un habit noir et terne, faisant oublié le corps et la parole tue par le télex et le code grandiloquent.

sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,

réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines, aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves les profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
ceux ci qui ne se reconnaissaient plus y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier, brut des masques et plongée transversales, le mythe moderne en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité, car si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’égarement insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, oralité de nouveau magique de nouveau vivante et retrouvée libre au sein de la langue invocatoire, ferrée de rite redevenue parole ployante au vent de la trace de l’être

Certains poètes s’y consacrent.

Senghor, Césaire,  je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible pressentiment, obscur inséparable de mon être, au monde l’exil, détachement sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…) voila ce que dit la notice du livre ,

L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

voila quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel, chercheur au silence coital de la parole dans la chair de la parole, sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, esprit mutin, enveloppement entier dans cette soie qu’est le « lamba » et butin que clame la force irréductible du vrai qui ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

rabemananjara

C’est entre les seins que jute le kaki,  une voyelle est tombée de l’arbre, de la raie  la feuille plane dans la poussière et la caravane passe, cela ne fait guère de sens et pourtant la trace avance de manière si soudaine que

souvent l’envie des mots arrive et se déchaine avec l’arrivée d’un seul, d’une image, d’une sensation , d’une pensée,

l’important c’est l’ébullition, mais parfois les mots qui arrivent à l’improviste se heurtent, cette généalogie peut ne pas présenter d’intérêt mais elle éclaire sur la psychologie du quotidien, indique aussi et c’est important que les mots ne sont pas placés là par gout de l’effet et de l’envie d’écrire quelque chose de joli

l’entourloupe est complète et les vendeurs à la criée des feuilles volantes font des poèmes cirés vernis, des récit de toute la crasse qui stagne et se mêle à la tienne pendant qu’au creux du bois dans la clairière monte un cri d’oiseau ou un bêlement de chèvre, l’assurance que quelque chose s’est réveillé

mais ça la grosse meringue montée en neige

non !

le cœur humain se fie au bouchon

Ce qui est intéressant c’est  la pèche à la ligne, d’attendre que le bouchon soit agité par quelque chose de tangible, de vrai, poisson ou vieille chaussure, paquet d’algue ou est-ce’ un cadavre jeté là il y a longtemps , on ne sait pas ce qu’il y a dessous, mais on ne sait que si peu ce qui se passe que ce soit en dessus ou en dessous, ou où que ce soit

ce qui remonte nous permet de nous étoffer, de nous tenir droit, de nous retrouver, c’est donc un peu un rite qui re-raconte une vieille histoire le mot surgit,  krik krak ou sirandane kopek, n’importe quel mot, une couleur, une phrase, un modelé de la hanche ou un tissus, un regard qui frôle, ce claquement sur la peau réveille ce qui d’habitude dort dans la chaleur et le froid, reste dans les zones de l’arrière-vie sans se montrer et  laisse aller les vivants vaquer à leur illusions, aux corvées et aux arrangement pour assurer le vivre mais krik et krak et apparaît le mot

pendant que gratte le crin les cordes du violon

mais on sait bien que recouvert par nos hâtes insipides auxquelles nous ne croyons pas    , nos vies à la traîne,  ne sont que les restes de ce qui est bien vivant mais qu’il faut réveiller à chaque fois, nos êtres, une couche de poussière, convenances cris attentats recouvrent une rivière magique, en nous courent  sans qu’on y prête attention, toutes sortes d’élans, lumières d’histoires et vagues d’émotions et au dela même, comme la mer immense ou le ciel sans forme, l’être humain qui ne demande qu’à se déplier et sortir de l’armoire, pourquoi des armoires si ce n’est pour faire croire au carrés alors que c’est de musiques que nos os hantent, qui le soir s’évadent des turpitudes, enflent et d’un cri apaisant nous relie au plus haut sens de l’esprit qui dans le le corps s’incarne et s’enflamme

et c’est pour cela que nous attendons le mots, ou d’être prêt à s’en saisir, le déclic, ce peut être n’importe quoi, deux mains qui claquent et c’est l’histoire qui se déroule dans les plis des lèvres enfin libérées et le corps qui mime, la main qui s’agite, le pinceau, le tambour ou la caresse

se met à parler et se remémore ce qu’il ne sait pas encore,

car finalement cette cérémonie cèle le pacte de joie, le  vivre vivant circule entre deux peaux, resplendit dans le feu et les yeux percent et fait se perler la bouche qui intarissable et l’œil malin n’en finit pas de dire enfin ce que c’est que

de faire enfin taire le silence

mais l’homme sait qu’il lui faut retourner quelque chose en lui, sans trop savoir quoi et il fait appel à un mot,  une fibrille,  zébrage, brisée, murmure, fourbis, tout ce dire qui s’accumule, un claquement de langue

et la vie sait que sans danger elle peut se dérouler,

douce

frénétique

vraie,

enfin sur le bout de la langue et au rythme des hanches

le réel libéré l’auditoire répond heureux de l’heure de la joie, choeur, choros ou répons, écho indispensable à la parole

c’est sur eux que sont braqués les yeux à travers celui qui parle, défile et coud le fil

mais les fauteurs de troubles, les prétentieux,  les envieux et ceux qui croient au destin suprême de l’ordonnancement rationnel des mots,  à la sémantique des couleurs, ceux-la prennent ombrage et claquent tout seul la porte, disparaissent entre les murs et se tapissent sous les tables, tournent à toutes vitesse les pages des livres à la recherche du verbe sacré par lequel tout à commencé, qui régit le souffle de toute chose et ne prête pas attention au courant d’air qui déchire les feuillets, mélangent les lettres de l’alphabet recréant une langue d’avant qui te ressemble

bien sur il y a un ordonnancement mais s’il ne se recommande pas de l’invisible il n’est guère crédible, s’il émane d’une bienséance, poète de la fierté tu parles une langue comme une cravate toutes rentrée en boule dans la bouche, gesticulation attentive il veut s’assurer que la soirée soit bien le prolongement du monde de la journée,

mais ça ne nous intéresse pas ;

l’homme fatigué de la journée qu’il n’a pas convié se fie à ce mot hasardeux qui le libérera du miroir que lui tend le monde, il regarde vaguement inquiet, secoue ses os et crie krik krak ou un truc comme ça jusqu’à ce que les os et la chair vieille tombent par terre et il voit l’histoire s’élancer et comme un gosse il s’en amuse, est terrifié ou se réjouit, content d’avoir encore un fois vaincu le monde enclume que le jour lui tendait et que l’on donnait vainqueur à 100 contre un ,

lui a été visité par le mot et le grand voyage à commencé

il a vu ce mur pluvieux qui porte les traces de la pluie et des coups de butoir du soleil

il a vu le graph du zèbre

il a vu la fille et le popotin magique,  les lèvres qui lui promettent, croit il, les plus belles bouchées et s’en ai régalé d’avance

il a été traversé par un mot et s’est souvenu d’un poème , aujourd’hui, ça été les deux en même temps et il a plongé, il a fait la chasse aux virgules et les a mis dans un sac et un moment,  il a su que c’est là que se cache sa vie ou dans les grands moments de rire ou quand il partage avec tous quand  il se jette à l’eau et que la grande marée l’emporte,

il s’est vu qui  chantent tous ensemble convoquant à l’aide du mot qui leur promet que cela recommencera et que ça n’a jamais cessé et ne cessera pas.

http://youtu.be/tDHfbC7S4JA

l’inspire et le respire

Les vents de l'inspire

assis sur le banc à l’ombre, car la chaleur étouffe, car l’activité est incessante, les gens se poussent dans une frénésie que je vois comme telle mais qu’ils appellent à eux, se rassemblant et s’agglutinant pour encore augmenter la vitesse jusqu’à n’en plus tenir, on est sans voix

Yuki Tawada, photographie

le tournis

j’ai le tournis

il me faut m’arrêter et construire un espace, un socle hors de toute causalité qui me permette de regarder à l’abris du tourbillon, pour peut être écrire, une calligraphie déstabilise la répétition ou simplement laisser aller l’esprit, comme une échappée

écrire, là, se serait pouvoir poser les mots

les mots ont besoin de cet espace pour ouvrir à une dimension qui leur est propre ce qui jusque là se pousse

ils obéissent à leur pulsion de pensée car c’est le seul ordre qu’ils entrevoient ou que peut être ils ne s’entrevoient plus sans cet ordre, nécessaire dans cette résurgence…

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IKKO NARAHARA

La photographie japonaise, faut il parler d’image? Lorsque je regarde une photographie japonaise, qu’est ce que je vois ? Qu’est ce que je vois en plus de voir, où le photographe m’emmène t’il , bien sûr, réfléchir sur l’image nous entrainerait bien loin, et puis il faut rester ouvert à la surprise et l’étonnement, il y- a d’ailleurs de cela, et puis il y a là où je vais, ce que je touche, la matière et la texture, le grain du papier, le noir, le blanc, les gris, la narration et la sensation, au delà bien sûr de l’effet d’exotisme.  L’encre et le pinceau, a t’il eu une influence sur le photographe, l’ombre et la lumière, comment voir, acceptons le voyage.

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 IKKO NARAHARA, né en 1931 dans la Préfecture de Fukuoka, fit ses début vers la fin des années cinquante où il fut Cofondateur de l’agence photographique VIVO avec Shomei Tomatsu, Eikoh Hosoe, Kikuji Kawada, et d’autres.

Il s’est particulièrement intéressé à des personnes en situation d’isolement ou d’enfermement (prisons, enceintes comme celles des monastères des gares, cages d’escalier qui finalement révèlent bien une certaine modernité. Il tenta de créer un « documentaire personnel » et aspira à révéler « un processus qui mette à nu la forme intérieure par la peinture exacte de l’environnement extérieur » selon ces propres mots. En équilibre d’après Priska Pasquer entre description et abstraction et et objectivité et narration personnelle. Elle parle à son sujet de picture essays , ce qui illustre bien le caractère abstrait et narratif que ces photos revêtent, dépassant largement le simple documentaire. Et ceci même si l’aspect documentaire sociologique d’un monde en mutation, celui du Japon d’après guerre face à des défis de taille, l’industrie, le nucléaire, ancre son œuvre.
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Le photographe fut intéressé par l’occident et sa philosophie, comme le furent beaucoup d’artistes japonais du siècle, sans doute anxieux de se rapprocher de ce qui faisait l’époque et avides de comprendre, d’apprendre, cette philosophie qui imprègne la modernité dont l’occident était un moteur dans les années soixante. Mais cet éloignement, ces séjours à l’étranger et surtout son retour au Japon lui furent bénéfique, retour par une conscience aigu de la particularité japonaise, décalée ou enrichie par un regard renouvelé, comme le fut celui de Soseki en son temps. Comme il le dira lui même au cours d’un voyage dans l’Ouest américain, le japonais ne sait plus très bien si le monde où il voyage est encore la terre ou autre chose. Peut on prendre ces propos comme métaphore d’un temps où l’homme doit faire le grand écart pour s’y retrouver. Le photographe est les deux pieds dans son temps mais tente peut être de l’annihiler (le résoudre ?) en un non temps ?
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Le temps y semble arrêté, l’espace se resserrer sur les personnages, délimités ou fondu par l’ombre, le clair obscur, le blanc. La photographie est un tout à l’écoute de vies qui se résument.
Peut être cette perception du temps si japonaise, zen et épuré, est celle d’un temps sans temps. Cette fiction d’un temps arrêté est en tout cas centrale et son travail aux États-Unis dans les années soixante dix exprime cet suspension dans la photographie. Que révèle cette obsession ou cette conscience aigu de quelque chose d’arrêté dans l’image ? Qu’en est il de ce regard et que libère t’il ? Peut on y voir ce vide dont parlent les peintres chinois et qui préexiste à toute image, celle-ci advenant dans ce curieux espace sans fin, matérialisé et pourtant sans consistance, autre que de son regard, fatigue de l’œil ou de l’esprit, étendue nécessaire ? S’agit il comme le dit Priska Pasquer d’une disparition du temps dans un espace mystique ? l’espace joue ici avec ses flous et ces clairs obscur un rôle déterminant comme une enveloppe de la chair des vies. Les prolongeant, les faisant sienne, ou inversement.
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Univers poétique et surréaliste, contours humains qui s’estompent ou se fondent, se transforment en un autre espace, comme ce damier de la ville ou l’homme est une pièce, regard perdu qui interroge. Présence qui interroge, univers démesuré. A regarder les œuvres d’Ikko Naharara, une sentiment étrange que la question plastique renvoie à une posture de l’existant qui traverse l’espace et se positionne.  Qu’est ce que le regard perçoit et ne perçoit pas, qu’elle en est la traduction en termes picturaux, l’abstraction dont il est question est interrogatif. Cette sensation de questionnement par la photographie est rendue plus forte par le décalage, position entre deux mondes qui révèle par les éléments qui font l’image mais aussi par le grain et la matière, une incertitude existentielle.
imageDe son aveu même, le photographe fait des photos qui ont été coupées en forme circulaire. Il les fait pour retranscrire le centre du cercle rond de l’image projetée par l’objectif :

« Ce que vous voyez dans le viseur d’un appareil photo est seulement – excepté les objectifs circulaires de fisheye – le secteur pointu et carré qui a été coupé du centre du cercle rond de l’image projeté par l’objectif de l’appareil photo. De même, toute l’image que nous voyons avec nos yeux est également projetée comme cercle. Le centre est brusquement au foyer, alors que la périphérie plus indistincte que notre vision, a le travail de percevoir l’espace et le mouvement visuel dans lui. Quand on pousse l’obturateur d’un appareil photo, il me semble probable qu’on emploie son propre corps pour reconstituer la perception périphérique latente entourant le secteur limité dans le viseur. Et c’est à ça que les photographes se réfèrent en tant que « sens spatial ». »

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Selected Publications:
Where Time Has Stopped. Tokyo 1967
Espana Grand Tarde. Japan 1969
Japanesque. Tokyo 1970
Celebration of Life. Tokyo 1972
Where Time Has Vanished. Tokyo 1975
Domains (Ôkoku). Tokyo 1978
Venice – Nightscapes. Tokyo 1985
Human Land. Tokyo 1987
Tokyo, the ‘50s. Tokyo 1996
Stateless Land – 1954. Tokyo 2004

le chemin vers le monde

Maintenant, quand on embarque dans cette poésie, on part pour un voyage, voyage dont on ne sait si il s’arrêtera, car pourquoi arrêter la vie qui coule et que l’on retrouve jusque dans les feuilles et sur les pointes des doigts ; voyage en beauté, vrai la poésie coule, pas à pas, goutte à goutte, tous les mots du monde, on aurait beau les décortiquer et les faire sécher au bout d’une branche, on n’en tirerai pas le jus de la poésie qui est bien plus complexe, l’on entend la voix et ce qui s’insinue entre nous deux, dit il , le nord et moi, ma voix qui se trouve résonner avec le pays .

C’est grâce à la norditude que je parvins à trouver l’expression de l’amalgame ressenti si intensément entre mon âme et l’âme du monde.  Aurai-je écris si je n’avais pas été ébloui par la nordicité ? Oui, mais peut être que tout aurait été gribouillage. Lorsque je ne tente pas d’exprimer l’espace où les pierres, les plantes, les bêtes et les humains  ne font qu’Un, j’ai le sentiment que je ne peux que balbutier.

Et puis on pousse une porte pour que le voyage commence, le voyage de tous les voyages, au contact du monde, imprégné des chemins, il y a cette matière et puis cet esprit, il devient évident que les mots ne sont que la surface des choses, les mots de la poésie, cette forme de lecture où il est vain de souligner, d’écrire dans la marge, de tenter des raccourcis.

Il n’y a pas plus de raccourcis que de survols, les hoquets ne sont que la pulsation du vide qui environne être avec soi le peintre chinois ne prone pas une mesure, se penche sur le vertige qui est  en soi, le reconnaît et dévoile la broussaille pour respirer, inspirer, tenter de contenir le suspend, il le fait sans succès, n’en a qu’une petite idée, il faudra revenir demain.

Être à la nature, lien pour relire, se réimprègner, retenter l’escalade. Un mystère, comme le pas de l’épris d’aventure, marche, ouvert sur l’ouverture, excité du mystère, du taillis et des étoiles, du dindon mythique qui s’en vole.

41LpGVkjMdLJe suis parti enthousiaste de ce souffle car j’ai senti que rien n’était gratuit, que seul de rendre grâce au bonheur d’être immergé dans la nature, nature au présent, nature du pas, de la voix, joie sans doute de la voix qui peut dire, articuler, couler sous la langue.

et dire le formidable bonheur et le reste, le sens du risque et la beauté, l’insondable mystère concret là dans le pas et les odeurs, palpable sous la langue, dans le rythme et la couleur, on dirait sans recherche, les mots ne sont pas en mire ni la poésie, ce qu’elle pourrait être au tout petit matin de l’aube quand l’arpenteur s’en va.

C’est de toucher cette harmonie avec le monde je marche et je m’enfonce dans le pays. Car je m’enfonce, il vaut mieux dire « JE » à partir de maintenant car mettre à distance ne convient pas, le JE claque et soumet au présent, et la présence qui s’étoffe, s’approfondit à chaque ruée de la touffeur, l’être là où ça s’enfonce, en soi et le mystère.  Et la vie qui vibre et les mots retenus comme ceux de la vie, la seule valeur, pas en soi, mais dans ce qu’ils réverbèrent de l’être touchant du monde, de l’épaisseur.

Par quels secrets, quels chemins l’accrocher, cette poésie qui s’est révélée en même temps que ce révélait ce lien avec le nord et que l’écriture soudain s’est vu essentielle claire et si simple , si simple que cette élongation de l’arbre, épinette ou sapin qui sur le blanc ou le ciel déchiquette le sens, la poésie est là , dans l’épinette, dans la neige ou bien le ciel, dans le rythme bien simple, à déchiffrer la biologie et la physique quantique , à l’œuvre dans le paysage, dans la poussée du bois, en même temps que cette chose si importance bat dans le cœur de l’homme qui rejoint, reconnait il ? aime il ? il touche au plus ancien de lui cette corde sensible, archet qui dégringole des flots de torrents et des étendues d’être,

tout cela dans les poèmes, et un éclaircissement qui va progressivement au fur que l’homme s’augmente se révèle dans une excitation au cœur  des muscles et de l’âme qui arquent. Car dans les mots, à cheval, ou les portant, c’est le voyage lui même qui à chaque fois que la bouche les articule, avec la simplicité d’un homme qui parle , d’un homme qui marche, sans effet, observe ce qui est beau mais finalement n’a que le mystère d’être là quand on y pense, pas de grandiloquence autre que celle reliée au souffle. les mots comme la pureté de l’endroit, me semblent un traineau.

Des flèches dans l’infini

Quand on est empêtré dans sa vie et qu’il faut repartir, il faut un maître pourvoyeur d’étincelle spirituelle. Ces vrombissements soudain de la lumière dans le calme plat et la zone d’ombre, je les ai tant aimé. A chaque fois, ces illuminations de celles que l’on ne tenait pas pour possible sont là pour éclairer le chemin, instituer une étoile du nord. Leur brillance est indescriptible. Souvent elles restent, s’éclipsent et réapparaissent après plusieurs vies, quand elles sont trop vieilles elles continuent à briller d’un feu qui réchauffe de l’intérieur.

CharlesLloyd

Je crois bien que c’est grâce à cela que l’on parvient à vivre.  Il est difficile de savoir à quoi leur apparition correspond car elles sont inattendues. Un feu lumineux est indescriptible, il possède en lui des vents qui évacuent les illusions et tous les miasme, soudain la danse lumineuse ensorcelle et on se précipite dans le milieu pour se laisser entrainer, les échos rugissent, l’esprit est un axe que l’on désire suivre et qui, a chaque fois va se manifester , évoluera avec vous. Ces événements sont tellement puissants qu’ils ouvrent des périodes de vie, c’est le chant qui me hante et me pousse à découvrir le mien et donc à m’écarter du chemin stérile et surtout sombre. Le souffleur m’a ranimé mais c’est dans la grande tradition des « healers » que d’apparaitre au moment opportun. Une mélodie s’insinue en moi et n’en fini pas de jouer,  « fish out of water » était tout un programme, sunset ou plus récemment Hagar’s song me disent l’absolu profond, la volatilité » et l’essentiel d’être toujours en mouvement.

Sa musique s’est insinuée dans ma peinture, dans ma philosophie et ma sensibilité. La pensée sans doute que le spirituel est ce doigt qui pointe vers nos possibilités et le plus grand que soi. Du moins c’est l’étincelle qui me maintient pour se rejoindre et préparer à la nécessité de ne pas stagner dans un ressassement de ses blessures. Lui même fait écho à ses propres blessures et à ses propres chemins pour les dépasser et dans un phrasé concentré en long souffle dit à quel point la vie est régénératrice. S’accrocher à un point, souffler et toujours y revenir. Être submergé pour se trouver et découvrir l’existence.

Mais les rappel sont toujours nécessaires car le monde est toujours là pour nous égarer. Tant que ce qui nous anime n’est pas assez fort pour trouver même le cadavre d’une mouche belle et un monde beauté en soi. Et je me dis qu’il y a toujours des gens sur cette terre qui sont en recherche et qui illuminent, qui lancent une flèche dans l’infini, mais pour lancer cette flèche et irradier il faut savoir aussi s’arrêter et prendre possession de soi même comme d’une arme et la force de se renouveler.

Charles Lloyd: Arrows Into Infinity

Music is a healing force. It has the ability to transcend boundaries, it can touch the heart directly, it can speak to a depth of the spirit where no words are needed. It is a most powerful form of communication and expression of beauty. Whether in context of my « New Quaret » with Jason Moran, Reuben Rogers, and Eric Harland, or Sangam, with Zakir Hussain and Eric Harland, or with Maria Farantouri, it gives me great joy to make music with each of them. Each time we play together there is a healing wholeness that permeates the atmosphere.

We must go forward, all the great ones that went before us insisted on this. For each generation, it is incumbent upon us to rise up and sing the song – the journey and pursuit is unending. I will always remember that from his death bed Master Higgins told me “We must continue to work on this music,” and as long as I am able, I will continue to do so. Each of us has his own experience, and from that experience, something is transmitted. For me, the purpose of life is to know God and the struggle of spiritual life will go on as long as I have breath. The pursuit and the music are one.

© Charles Lloyd

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Marcher en beauté

68.WIB_cover_final_copyLe soir installé sur ma chaise longue, mitraillé par les moustiques et sous l’ombre de mes arbres je lis Le livre de Jean Desy. Il y a une fraternité entre cet écrivain et moi, du moins je la perçois. Ce n’est pas uniquement que sa vie l’a mis très tôt en contact avec la vie de la nature qui est devenu pour lui la beauté. Plusieurs réflexions me viennent de façon naturelle car de nombreux fils viennent croiser les siens. « To walk in beauty », cet « vision » ancienne navajo, entre conception sacrée et manière de vivre, complexe mais inscrite dans la simplicité, la beauté qui est si importante pour lui m’y ramène, la simplicité et l’imprégnation dans la nature, qu’elle soit humaine, animale ou universelle semble l’entrainer toujours à un essentiel de vivre, le cœur et les muscle comme pollen. Sans qu’il soit besoin de l’inscrire dans un poème, la vie étant poème, la source comme je la vois et de laquelle le poème irrigue.

La source, pour lui est plutôt un lac, une étendue sans forme particulière, vaste la vie est là où l’homme vient se retrouver, s’abreuver. Je force ce qu’il dit. A le lire on a plutôt l’impression que l’être humain vivant au même rythme que la nature, trouve sa plénitude, par son corps quand ses muscles lui permettent de s’immerger dans le vivre où l’esprit, l’envie de l’enfance et la poésie, ce sens plus grand que tout qui est peut être l’amour. Ce qui constitue la nature, l’environnement pour lui de la forêt, on y trouve des essences végétales, arbres, mousses, plantes et la terre, les roches, la neige qu’ils recouvre et les animaux , ce règne du vivant animal perceptible ou imperceptible en mouvement constant et course pour la vie. On imagine que la nature ne s’arrête pas à  ce qu’il peut croiser mais, vivant à proximité des inuits et des indiens, du moins il les croise parfois, la nature est en profonde résonance avec l’être lui même; là plus besoin de définition et les manifestations suffisent à s’en faire une idée mais c’est de cet indéfinissable qu’il parle lorsqu’il y est plongé et qu’il ressent une si grande joie, Je n’en doute pas.

Que l’homme soit une part de cette nature est la raison pour laquelle il s’y sent si bien, trouve sa raison d’être en y étant immergé. Pas de distance sentimentale ou romantique, la nature est un être vivant et la forêt ne se laisse bien appréhender que si l’on dépasse l’humanité vécue comme culture. Ressentir la nature, aller au plus profond de ce qu’elle peut avoir de cru, permet de rentrer en contact avec l’animal et d’être  à l’écoute de la forêt, du lac ou du chemin . Ce n’est pas une rêverie solitaire mais un compagnonnage du monde … La nature et la beauté essentielle sont liés à l’esprit, l’homme trouve un souffle infiniment plus fort que lui et jean Desy cite Bashô

Suivre la nature, retourner à la nature

Bashô a une vision du vivant qui n’est pas complaisante et j’aime ses poèmes où en quelques mots, la complémentarité et l’apparente contradiction des termes nous projettent sans violence vers un chemin de compréhension. Pour le canadien nomade, médecin et poète, j’imagine que la nature est tout sauf un écrin.  Le maître zen inlassablement remettait l’existence paisible en question pour rechercher la vérité sur les chemins, dans de véritables voyages qui le lançait sur la route du précaire, sans rien d’autre que des souliers pour l’y porter. Le poème  agissant comme un exercice spirituel sur soi même aussi bien que sur la forme,  les mots conduire à ce que le poète à aperçu. N’est ce pas un peu la définition de la vie nomade où Jean Desy se reconnait et où l’esprit illumine, à la façon d’une étoile ou d’une étincelle. L’esprit ne se laisse pas capturer mais est là dans la furie de la course. Des pages merveilleuses viennent confirmer cet accord

Ce qui importe, c’est que le sentiment d’amour ne disparaisse pas sous le fatras de mots. Si vous aviez l’impression, par exemple que qu ces mots allaient servir à plus d’amour, vous cesseriez d’écrire. Car créer pour proclamer avec cynisme le non-sens de l’univers ne vaut pas la tige à peine éclose d’un tussilage au printemps.

L’âme a besoin des couleurs de l’émerveillement pour courir l’espace. Sans l’émerveillement qui sous-tend tout acte poétique, il pourrait n’y avoir que de magnifiques actes dérisoires. Alors devant l’absurdité du monde, il faudrait apprendre à rire de la condition humaine, à rire du non-sens comme à rire de soi-même. Rire pour ne pas mourir en état de parfaite indignité…

C’est alors que vous ressentez le mieux l’amour du monde, grâce aux êtres qui respirent au rythme des montagnes et de leur rondeur magnifiées par des lunes si brillantes qu’on doit plisser les yeux pour ne pas être ébloui.

la cabane

Vivant – Humain  et bien sur vivre.

Ce sont ces mots que je griffonne sur la marge « du fond de ma cabane », le livre de Jean Desy que  je lis. il y parle de cette puissance et de cette fougue à vivre qui confine à la détermination. Du moins la décision intérieure de donner à cette pulsion de vie, au plus fort de la forêt, de la maladie ou de la mort, face à ce qu’il appelle le combat contre l’inacceptable. Histoire de choix car  la raison d’être de la cabane, ce petit abris entre le vaste monde et l’étriqué de notre civilisation, a à voir avec ce choix de vivre libre.

Jean Desy
Jean Desy

C’est en endroit intermédiaire qui est déjà une décision de vie, résistance à l’encontre de cette vie qu’il a été si difficile de vivre sans se perdre, mais tempérée par le désir d’aller vers, la fougue de l’homme en marche se sent dans tous les mots et les méandres de la pensée qui élargit le monde, respectueuse des limites contenues dans la nature et le corps. Équilibre permis par la connaissance de la forêt, connaissance de soi même, l’homme s’en abreuve, en accord avec le concret et le vécu du quotidien,  donne forme à une spiritualité ancrée dans les gestes nécessaires. Vie vécue dans la beauté pour répondre à nos besoins et nos impératifs, et rien que ceux la.

Et les grandes phrases se perdent, la poésie n’est que là où elle apparait, inscrite dans les calepins quand vient l’appel. Les animaux appellent dans la forêt. Ceux qui ont compris que l’existence se vit dans le même temps que la nature, se respire en elle comme un coureur aime sentir l’air couler dans la gorge, acquièrent ce tempo qui permet de déborder de soi vers plus vaste que soi.  Question de rythme et de climat car le défenseur du nord sait bien qu’au Nord le monde est tellement prégnant que l’on ne peut s’y soustraire. Les erreurs ne sont pas permise et l’homme comprend vite que pour vivre en accord, il faudrait faire partie d’elle. Il respire et ne perd pas le fil, qui le relie. Devient son envie.

La poésie. Plutôt que de laisser perdre les mots sur le papier, s’en emplir et laisser cette source au fond de soi ; s’il faut l’écrire alors écrire sur les feuillets. La poésie comme un journal où il est tenu compte des enthousiasmes et des traces de l’existence. Jusque là rien que de très simple. Et c’est heureux. C’est de se sentir vivre au contact de la nature, vie partagée, à son rythme ou rythme partagé, aucun des deux n’en impose à l’autre. L’abstraction?  Même si et quand la pensée s’en mêle, on ne retient que le fil qui est comme toucher la glace ou la sève d’un arbre, le sang d’un animal.

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L’être court, relève le défi, se confronte à la neige, au froid et à tout le reste, ayant décidé qu’il lui fallait voir clair , et donc s’extraire de la nasse, je devrais dire vase, pour vivre. Il a fallut faire coïncider la vie avec cette grande exigence. Pas forcément de rébellion mais d’incompatibilité et donc se rapprocher de ce qui  compte. On sent la même dérive dans l’écriture qui est simple puisqu’elle suit son cours, embarcation de l’homme qu’elle porte, qu’importe la métaphore, elle est affutée et ajustée. Ce qui importe ce n’est pas le style mais que la lente réponse à la respiration, halètement ou souffle, soit porté par cette existence et se reflète.  Parce que qui a été empêtré dans les couloirs des grandes villes et a réussi à s’en sortir, sait qu’il ne faut plus risquer de perdre, au contraire vivre et provoquer la vie, nomade pour n’être qu’avec elle dans le mouvement, mais c’est un autre sujet. La conscience d’être entièrement soi-même  donne puissance à cet équilibre et écrire en fait partie.

Cet itinéraire est poétique, mais semble savoir qu’il faut s’en tenir au réel, à ces choses du concret et à ce corps qu’il faut laisser filer comme les chiens du traineau. Écriture d’homme que les sensations n’égarent pas car il reste vigilant, même quand il se laisse aller à sa joie quand il exulte de la nature et de la sève en lui. La vie ramenée à son essentiel d’homme se lit dans le regard. Est ce son caractère ? je ne sais pas, je ne le connais que par ses livres. Je sais que j’aime sa façon d’écrire parce qu’elle est simple et assurée mais aussi parce qu’elle ne prend pas les chemins de la prétention, au sens de la supposée importance mais aussi de ceux de la fiction. Cette narration fictive ou tout serait comme si, pas uniquement une histoire comme un conte mais une prétendue réalité qui n’en est pas une, on prend soin de souligner le « comme si » voulant dire sans doute que la vie est ailleurs et qu’il ne faut pas prendre ces racontars au sérieux, ou qu’est ce ? Pourquoi user de cette fiction, cette vie vrai prétendue fausse ou l’inverse.  Ces débordements du fictif m’exaspèrent , non à cause de l’imaginaire , j’en raffole, mais de la volonté de faire croire que ce qui écrit n’existe pas et qu’il ne faut pas y croire. Au contraire le conteur sait nous entrainer et nous fait rêver ; le poète nous faire sentir qu’il s’agit bien de ça, même tout semble montrer le contraire. Le ce serait ne même à rien.  un exercice de style pour nous maintenir « at bay » ? Mais quand je vois l’homme ouvrir la bouche et parler, raconter, je sens l’humain témoigne de cet appel et de cette connaissance, je sens l’écho et je l’écoute, essentiel ce qu’il rapporte et conserve avec lui, jusque dans son écriture qui est prudente,et sûre. Bientôt il m’emmène dans ses rencontres avec l’ours, frôler les épinettes, je vois sa cabane ou je l’imagine.

Je ne prétends pas parler du livre de Jean Desy, je m’en fait simplement l’écho pour prolonger la lecture. Je voudrai conserver ce calme et ce sens d’une plénitude fragile, en accord avec cette écoute de la vie,

L’harmonie est une eau de lac, alors que le moindre œil de truitelle, l a moindre mâchoire d’achigan, le plus fin rostre de touladi viennent à la surface, alors que les poissons ont envie de moucherons ou d’éphémères.

surement que les éphémères ne sont que des insectes, mais je me dis que nous autres, poissons ou hommes, nous avons besoin d’éphémère car l’on est sur de rien d’autre.

lingua franca (ou comment s’en débarrasser)

Sœur sueur sort  – de ta photo à la rivière qui semble rire- tout est traduction – tout est voyage , que l’on accepte de faire

Mais mieux que le voyage et comment voyage t’on , à dos d’âne ou en espadrilles, c’est le moment où l’on s’engage dans la palabre, la parole frictionne des langues et que jaillisse l’étincelle et que naisse le feu que commence le voyage qui compte les voyages, un voyage tissé tissus de relation qui transforme fil à fil face à face et prend son compte à l’expérience,  frontière ou dépassement au déplacement à la transformation née de la fréquentation – comme on dit d’une relation amoureuse qu’elle transforme, le Un faisant long feu dans le couple ou quand s’embrase la fréquentation laisse des incises, traces que laisse incurve le sens que l’on va de soi à sa direction, les rives de son lit, pour reprendre fleuve qui va et méandre d’affluent, piment repose et témoigne infiltration faisant naître des jardins invisibles comme ainsi dans la langue qui agglutine comme le sait l’écrivain qui lit traduit ; se projette dans ce qu’il (a)perçoit s’il aime  ; Gozo encore dans le poème : « écrire pour fabriquer une fenêtre … »

pour peu que l’écrivain se lève, et marche – serre une main fronce les sourcils écoute parle et se mette à traduire puis étonné à écrire, rassemblant non dans un collage mais d’une main sure éblouissant …

Angèle Etoundi Essamba
Angèle Etoundi Essamba

Et si j’en juge par les sonorités que je ressens – la poésie est à ressentir, de même l’écriture est sort, j’entends sortilège de même les arts sont à ressentir, investir, se distillent, s’instillent, fécondant, pollen libre en sédiment une fois alors qu’il n’était que particule en train se déposant faisant socle et bienfaisant à l’air de ce qui ne s’émet pas en frontière de langue mais imprononçable écrire le permet , gazouillis pistils – tout est prétexte à Eros à copulation, le mot choque pourtant le vent et l’air et le sillon vague la terre le transporte dans une contraction expulse ou conserve la graine, contient le mouvement vague encore qui ouvre l’eau qui ouvre la bouche et prononce quand taire se tue, proximité et attouchement, que dire de toi à moi quand l’enlacement est à son comble et que s’oublie deux mentons [nod] deux crochet disent la difficulté d’accoler deux langues trois quatre une foison et pourtant tout se bouscule et l’on en choisit une,  deux lèvres aimeraient bien s’embrasser et s’entasser est-ce déjà fort d’un empilement parler d’une voix une torchère du multiple, voisine, est-ce envisager le raffia que toute vie ramène Le Fil conducteur 3 ,1998/un janussaire, sans jeu de mots deux visages fomentent un mauvais coup, s’associent quand dans l’instant ont entrevus la possibilité de s’augmenter, d’aller hésitant vers le pressentiment, se dissolvent dans l’échancrure de la fibre éclatée un seul visage ce pendant ou s’emportent ou bien est ce dans la rencontre, la mise en relation quelque chose a abouché deux corps qui ne sont pas là mais rappelons nous les mouvements migratoires innombrables marées et pelletées creux une termitière contient beaucoup d’étages de la cabine du découvreur emportant dans ses cales des plants exotiques et semant ou laissant s’échapper ou est-ce les écœurements poches des esclaves la traversés où écrasés sous les roues d’un airplane la négation de la liberté de circuler sans passeport et sans ticket les clandestins sont parqués mais parlent un mot à rencontre un autre quand dans ce grand marché la transaction des corps n’en font qu’un langua-franca des vêtement à l’étal épices sur le potager la cuisine est là pour que l’on touille et saupoudrer finement pilée tombent l’arôme se dégage on perçoit une infinité de sens au journaliste on répond un blabla sans trop de rapport avec l’excitation et la joie des papilles quand le fleuve charrie t’as trouvé repu s’est attouché le hasard – d’un froissement une aile ou une feuille le vent taillade est un mouvement elliptique du doigt par de la voix à peine perceptible et déjà transformé de rire  de pleurer ou de crier avec l’autre tous les dessous les haillons de l’histoire sont alors trempés mais présents, on froisse ou crisse, pinaille bu le sang coule d’être fraternel ou de mourir à la catastrophe de l’autre, l’intouchable n’est que fiction un simple contact à changé la course et surtout sans le savoir quand oscille la chevauché ou la marche le JE complaisant écroule.

Angèle Etoundi Essamba
Angèle Etoundi Essamba

Car la rose est pâmée

tendez l’oreille car je ne compte rien vous dire et cela ne vous servirait si peu, d’entendre d’une main insouciante sourde s’assoir et le regard dans le vague comme s’il attendait quelque chose et que ces quelques lignes, mais là ce ne vous dirait rien et je ne veux surtout pas parler de digression car ce n’est sont pas écrit sur le papier ou imprimées ce qui se vaut

éléments visuels ne lui apportait rien, ou peu, et ce pourrait être ce qu’il vous plaira car que se joue t’il là , un paysage, un carré à bêcher, un retours des campagnes de guerres ou une après midi pluvieuse, on ne le sait vraiment pas

ou pire on s’en fiche ,

car

l’important est que ça n’en ait pas et que ce soit si

vital

vous croyez cela déplacé et pourtant

cela est dans les artères et il faut recourir à des trésors de dépaysement pour approcher la bête aux aboies

et sans sérieux car ça la tuerait

sans

nul

doute

trivialité mais de quoi est il question ? mais de vous un regard ennuyé fait taire et l’humour est toujours là rassurant devant le cercueil ouvert comme un sourire sans dents et

ou choses déjà vues, dont on mesure mal la portée

semblable à un parterre de belles roses trémières, fanées ou prétendant l »être

un livre

avachies sur le divan

incongrues peut être

explorant les possibles sans jamais parvenir à être ridicule avec ce trop de tendresse et parce QUE sans leurs vêtements les personnes issues du théâtre de la vie sont bien réelle sous leur dehors ou leur dedans de monologue

les vicissitudes et la folie d’exister

en même temps que tous dans ce QUE l’on nomme le monde, on ne sait pas tellement ce QUE c’est, c’est un drame dit par la plus sinistre des comédies, leçon de danse et chasse à court de philosophie, traité guerrier et manuel de dérision tant et tant

et que cela se résume à cela

sans que

décors ou ou réceptacle, préceptes

mais dans vie car il faut que les personnages parlent et derrière eux toute une gallery de portraits, des digestions impertinentes des milles livres lus qui apparaissent là comme le revers des masques, figures surgis des lignes textes avant coureur du cinéma c’était la vogue et le visuel pullulant est une débauche qu’en dehors du théatre la littérature tait, hurlement de rire ennuyé dans un mot une pint de la meilleure bière l’AVC est tout proche ou la goutte

mais bien vivant dans ce qu’ils disent et s’échappant en baragouin dans leur silence

ce serait là

à l’en croire mais le faut il ,

non nulle intention de rien dévoiler

quand les détours et les jours et la chouette des saisons ramènent la rose à la terre et cent fois refleuri le jardin, les bulbes et les pommes de terres rentrés cette longue enfilade de saignées sans cause ni raison vaut bien que l’on se laisse aller à jouer des mots mais sans rimes