SLT , Encre, sueur, salive et sang

Sony Labou Tansi , mon frère ouvreur ou poète sueur, poète sang qui célèbre la vie non dans les plis mais dans la chair du monde , l’oreille collée à tout ce qui est vivant et le stylo à la main pour n’en pas perdre une goutte, le style directement dicté par le soleil ou par l’organe est une passerelle et une pente à suivre :
J’appartiens à la partie de la Terre qui aujourd’hui compte six cent ans de silence. Ce silence nous a enseigné deux ou trois choses capitales : la beauté de la différence, les rapports avec la nature, l’ouverture vers l’autre. Je ne veux pas dire que nous soyons les meilleurs. J’écris sans doute pour témoigner de ma différence, pour garantir celle-ci ; parce qu’elle est un enrichissement pour l’humanité, parce qu’elle est la seule vraie possibilité d’ouverture sur « l’autre » ; la seule vraie voie de rencontre avec l’autre ; enfin la seule garantie contre l’uniformisation, l’intolérance et le fascisme. Évidemment si bien gérée, la différence garantie l’harmonie, mal gérée elle engendre le chauvinisme et conduit à l’aveuglement. (…)
La littérature est, je crois, l’art de savoir partager avec les mots. Sa vie. Ses espérances. Ses heurs. Ses malheurs. En un mots, son destin individuel ou collectif. Nommer, le commencement de toutes réalités. A cause des rapports que nous entretenons avec le rêve. Parce que le rêve c’est la réalité vue au microscope de la sensibilité. Le rêve c’est la réalité vue avec les yeux de l’émotion. Tout le monde n’a pas le temps de regarder les choses à s’en fendre les yeux. Moi j’ai ce temps là. Je questionne à temps perdu chaque parcelle de matière, chaque lamelle de la réalité. Parce que je ne suis pas sûr des choses. Je ne suis pas sûr du monde. L’acte d’écrire qui, quelque part, rencontre l’acte d’amour, m’aide à confirmer les choses et les situations, à mes propres yeux d’abord, aux yeux du monde, ensuite. Nommer étant prendre corps, essayer son propre corps à tous les corps du monde, reste pour nous le terrible embarras de l’encerclement, quand les choses échappent aux filets des mots. Et bien entendu, la trouille de sous-nommer qui engendre l’amère impression qu’on est humain en catastrophe ; alors qu’on se voudrait humain à charge, sans circonstance atténuante, humain par la grande porte , traversé par les mots, piétiné, soleil en berne venu à la fête des monstres et qui casse la gueule à la chair de poule. Et après la page blanche, la nausée de savoir que, les mot lui-même n’est qu’un cadavre qui flotte dans les eaux pourries du conformisme. Rage pour rage, à coté du corps gratuit qui conspue la flamme, l’écrivain fonctionne en fonction de la nuit. J’écris, entendez je me dénigre. Mais je n’avilis personne, Je suis un tesson de chair ardente qui dit son amour à tous les hommes ; j’atteste qu’on est vivant. Fonction ingrate bien entendu. Quand on sait qu’on écrit affamé parmi tant d’affamé. Que ceux qui n’ont pas de quoi acheter du pain n’auront pas de quoi acheter un livre. Qu’il y a tant d’analphabètes, à commencer par son père et sa mère. Qu’on a pas de lumière chez soi pour lire après le travail. Qu’il y a tant de gens qui ont peur d’un livre ( parce qu’ils se sont improvisés gérant inconditionnels de la vérité), parce que dans certaines parties de notre monde moderne, la loi interdit de penser .
SLT , Encre, sueur, salive et sang , seuil

 

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Sony Labou Tansi
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