Marcher en beauté

68.WIB_cover_final_copyLe soir installé sur ma chaise longue, mitraillé par les moustiques et sous l’ombre de mes arbres je lis Le livre de Jean Desy. Il y a une fraternité entre cet écrivain et moi, du moins je la perçois. Ce n’est pas uniquement que sa vie l’a mis très tôt en contact avec la vie de la nature qui est devenu pour lui la beauté. Plusieurs réflexions me viennent de façon naturelle car de nombreux fils viennent croiser les siens. « To walk in beauty », cet « vision » ancienne navajo, entre conception sacrée et manière de vivre, complexe mais inscrite dans la simplicité, la beauté qui est si importante pour lui m’y ramène, la simplicité et l’imprégnation dans la nature, qu’elle soit humaine, animale ou universelle semble l’entrainer toujours à un essentiel de vivre, le cœur et les muscle comme pollen. Sans qu’il soit besoin de l’inscrire dans un poème, la vie étant poème, la source comme je la vois et de laquelle le poème irrigue.

La source, pour lui est plutôt un lac, une étendue sans forme particulière, vaste la vie est là où l’homme vient se retrouver, s’abreuver. Je force ce qu’il dit. A le lire on a plutôt l’impression que l’être humain vivant au même rythme que la nature, trouve sa plénitude, par son corps quand ses muscles lui permettent de s’immerger dans le vivre où l’esprit, l’envie de l’enfance et la poésie, ce sens plus grand que tout qui est peut être l’amour. Ce qui constitue la nature, l’environnement pour lui de la forêt, on y trouve des essences végétales, arbres, mousses, plantes et la terre, les roches, la neige qu’ils recouvre et les animaux , ce règne du vivant animal perceptible ou imperceptible en mouvement constant et course pour la vie. On imagine que la nature ne s’arrête pas à  ce qu’il peut croiser mais, vivant à proximité des inuits et des indiens, du moins il les croise parfois, la nature est en profonde résonance avec l’être lui même; là plus besoin de définition et les manifestations suffisent à s’en faire une idée mais c’est de cet indéfinissable qu’il parle lorsqu’il y est plongé et qu’il ressent une si grande joie, Je n’en doute pas.

Que l’homme soit une part de cette nature est la raison pour laquelle il s’y sent si bien, trouve sa raison d’être en y étant immergé. Pas de distance sentimentale ou romantique, la nature est un être vivant et la forêt ne se laisse bien appréhender que si l’on dépasse l’humanité vécue comme culture. Ressentir la nature, aller au plus profond de ce qu’elle peut avoir de cru, permet de rentrer en contact avec l’animal et d’être  à l’écoute de la forêt, du lac ou du chemin . Ce n’est pas une rêverie solitaire mais un compagnonnage du monde … La nature et la beauté essentielle sont liés à l’esprit, l’homme trouve un souffle infiniment plus fort que lui et jean Desy cite Bashô

Suivre la nature, retourner à la nature

Bashô a une vision du vivant qui n’est pas complaisante et j’aime ses poèmes où en quelques mots, la complémentarité et l’apparente contradiction des termes nous projettent sans violence vers un chemin de compréhension. Pour le canadien nomade, médecin et poète, j’imagine que la nature est tout sauf un écrin.  Le maître zen inlassablement remettait l’existence paisible en question pour rechercher la vérité sur les chemins, dans de véritables voyages qui le lançait sur la route du précaire, sans rien d’autre que des souliers pour l’y porter. Le poème  agissant comme un exercice spirituel sur soi même aussi bien que sur la forme,  les mots conduire à ce que le poète à aperçu. N’est ce pas un peu la définition de la vie nomade où Jean Desy se reconnait et où l’esprit illumine, à la façon d’une étoile ou d’une étincelle. L’esprit ne se laisse pas capturer mais est là dans la furie de la course. Des pages merveilleuses viennent confirmer cet accord

Ce qui importe, c’est que le sentiment d’amour ne disparaisse pas sous le fatras de mots. Si vous aviez l’impression, par exemple que qu ces mots allaient servir à plus d’amour, vous cesseriez d’écrire. Car créer pour proclamer avec cynisme le non-sens de l’univers ne vaut pas la tige à peine éclose d’un tussilage au printemps.

L’âme a besoin des couleurs de l’émerveillement pour courir l’espace. Sans l’émerveillement qui sous-tend tout acte poétique, il pourrait n’y avoir que de magnifiques actes dérisoires. Alors devant l’absurdité du monde, il faudrait apprendre à rire de la condition humaine, à rire du non-sens comme à rire de soi-même. Rire pour ne pas mourir en état de parfaite indignité…

C’est alors que vous ressentez le mieux l’amour du monde, grâce aux êtres qui respirent au rythme des montagnes et de leur rondeur magnifiées par des lunes si brillantes qu’on doit plisser les yeux pour ne pas être ébloui.

la cabane

Vivant – Humain  et bien sur vivre.

Ce sont ces mots que je griffonne sur la marge « du fond de ma cabane », le livre de Jean Desy que  je lis. il y parle de cette puissance et de cette fougue à vivre qui confine à la détermination. Du moins la décision intérieure de donner à cette pulsion de vie, au plus fort de la forêt, de la maladie ou de la mort, face à ce qu’il appelle le combat contre l’inacceptable. Histoire de choix car  la raison d’être de la cabane, ce petit abris entre le vaste monde et l’étriqué de notre civilisation, a à voir avec ce choix de vivre libre.

Jean Desy
Jean Desy

C’est en endroit intermédiaire qui est déjà une décision de vie, résistance à l’encontre de cette vie qu’il a été si difficile de vivre sans se perdre, mais tempérée par le désir d’aller vers, la fougue de l’homme en marche se sent dans tous les mots et les méandres de la pensée qui élargit le monde, respectueuse des limites contenues dans la nature et le corps. Équilibre permis par la connaissance de la forêt, connaissance de soi même, l’homme s’en abreuve, en accord avec le concret et le vécu du quotidien,  donne forme à une spiritualité ancrée dans les gestes nécessaires. Vie vécue dans la beauté pour répondre à nos besoins et nos impératifs, et rien que ceux la.

Et les grandes phrases se perdent, la poésie n’est que là où elle apparait, inscrite dans les calepins quand vient l’appel. Les animaux appellent dans la forêt. Ceux qui ont compris que l’existence se vit dans le même temps que la nature, se respire en elle comme un coureur aime sentir l’air couler dans la gorge, acquièrent ce tempo qui permet de déborder de soi vers plus vaste que soi.  Question de rythme et de climat car le défenseur du nord sait bien qu’au Nord le monde est tellement prégnant que l’on ne peut s’y soustraire. Les erreurs ne sont pas permise et l’homme comprend vite que pour vivre en accord, il faudrait faire partie d’elle. Il respire et ne perd pas le fil, qui le relie. Devient son envie.

La poésie. Plutôt que de laisser perdre les mots sur le papier, s’en emplir et laisser cette source au fond de soi ; s’il faut l’écrire alors écrire sur les feuillets. La poésie comme un journal où il est tenu compte des enthousiasmes et des traces de l’existence. Jusque là rien que de très simple. Et c’est heureux. C’est de se sentir vivre au contact de la nature, vie partagée, à son rythme ou rythme partagé, aucun des deux n’en impose à l’autre. L’abstraction?  Même si et quand la pensée s’en mêle, on ne retient que le fil qui est comme toucher la glace ou la sève d’un arbre, le sang d’un animal.

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L’être court, relève le défi, se confronte à la neige, au froid et à tout le reste, ayant décidé qu’il lui fallait voir clair , et donc s’extraire de la nasse, je devrais dire vase, pour vivre. Il a fallut faire coïncider la vie avec cette grande exigence. Pas forcément de rébellion mais d’incompatibilité et donc se rapprocher de ce qui  compte. On sent la même dérive dans l’écriture qui est simple puisqu’elle suit son cours, embarcation de l’homme qu’elle porte, qu’importe la métaphore, elle est affutée et ajustée. Ce qui importe ce n’est pas le style mais que la lente réponse à la respiration, halètement ou souffle, soit porté par cette existence et se reflète.  Parce que qui a été empêtré dans les couloirs des grandes villes et a réussi à s’en sortir, sait qu’il ne faut plus risquer de perdre, au contraire vivre et provoquer la vie, nomade pour n’être qu’avec elle dans le mouvement, mais c’est un autre sujet. La conscience d’être entièrement soi-même  donne puissance à cet équilibre et écrire en fait partie.

Cet itinéraire est poétique, mais semble savoir qu’il faut s’en tenir au réel, à ces choses du concret et à ce corps qu’il faut laisser filer comme les chiens du traineau. Écriture d’homme que les sensations n’égarent pas car il reste vigilant, même quand il se laisse aller à sa joie quand il exulte de la nature et de la sève en lui. La vie ramenée à son essentiel d’homme se lit dans le regard. Est ce son caractère ? je ne sais pas, je ne le connais que par ses livres. Je sais que j’aime sa façon d’écrire parce qu’elle est simple et assurée mais aussi parce qu’elle ne prend pas les chemins de la prétention, au sens de la supposée importance mais aussi de ceux de la fiction. Cette narration fictive ou tout serait comme si, pas uniquement une histoire comme un conte mais une prétendue réalité qui n’en est pas une, on prend soin de souligner le « comme si » voulant dire sans doute que la vie est ailleurs et qu’il ne faut pas prendre ces racontars au sérieux, ou qu’est ce ? Pourquoi user de cette fiction, cette vie vrai prétendue fausse ou l’inverse.  Ces débordements du fictif m’exaspèrent , non à cause de l’imaginaire , j’en raffole, mais de la volonté de faire croire que ce qui écrit n’existe pas et qu’il ne faut pas y croire. Au contraire le conteur sait nous entrainer et nous fait rêver ; le poète nous faire sentir qu’il s’agit bien de ça, même tout semble montrer le contraire. Le ce serait ne même à rien.  un exercice de style pour nous maintenir « at bay » ? Mais quand je vois l’homme ouvrir la bouche et parler, raconter, je sens l’humain témoigne de cet appel et de cette connaissance, je sens l’écho et je l’écoute, essentiel ce qu’il rapporte et conserve avec lui, jusque dans son écriture qui est prudente,et sûre. Bientôt il m’emmène dans ses rencontres avec l’ours, frôler les épinettes, je vois sa cabane ou je l’imagine.

Je ne prétends pas parler du livre de Jean Desy, je m’en fait simplement l’écho pour prolonger la lecture. Je voudrai conserver ce calme et ce sens d’une plénitude fragile, en accord avec cette écoute de la vie,

L’harmonie est une eau de lac, alors que le moindre œil de truitelle, l a moindre mâchoire d’achigan, le plus fin rostre de touladi viennent à la surface, alors que les poissons ont envie de moucherons ou d’éphémères.

surement que les éphémères ne sont que des insectes, mais je me dis que nous autres, poissons ou hommes, nous avons besoin d’éphémère car l’on est sur de rien d’autre.

Bashô

Le livre sur la table est relié à la japonaise, une cordelette forme la main qui maintient ensemble les pages et la couverture, une impression de papier végétal, sur la couverture comme un vieux bois gravé un portrait de Bashô ; les lignes et les pleins laisse au vide ce que sera la lecture : entre ses lèvres esquissées le livre va se dérouler, se dire.

j’aime les livres de cette facture, ils nous ramène à l’auteur, à la vie de celui ci quand ce qu’il écrivit put prendre place, le long des chemins ou dans un espace semblable au mien, là le fil se perd.

le cadre est posé, le livre est ouvert

faut il en conclure que le livre soit un cadre? je laisse la question en suspend car tout dans le livre est suspendu,  je l’ouvre

« à Kyoto rêvant de Kyoto » toute l’ambiguïté d’un réel se recherchant  ou disant son réel est déjà dans le titre, invitation au voyage dans l’immobilité ou est-ce plus compliqué ? qu’est Être et qu’est ce que rêver ?

il faut ouvrir le livre.

Bashô, pour moi depuis longtemps est le plus lumineux et le plus irrespectueux des poètes, il écrit des haïkai , il semble penser que la vie n’est pas respectueuse et comme moi, il pense que le singe y parvient le mieux. En quelques syllabes concilier l’inconciliable.

Dans le Japon entre dix-septième et dix-huitième siècle un jeune homme nait à la société et à la poésie de son temps  : celle du haiku ; l’art en dix-sept syllabes. Dès son plus jeune age, Bashô se prend de passion pour ces formes poétiques , la poésie, lui fera tourner le dos au confucianisme et rencontrer la pensée taoïste, son existence prise entre zen, ermitage et voyage.

Le voyage ou plutôt l’errance lui fera quitter toutes certitudes communes et entrevoir la magie d’un réel qui se profile, à l’orée du présent, voire de l’instant. Convaincu de l’importance de l’ordinaire et du quotidien, source du poétique, Bashô va se chercher dans le voyage, départ à la rencontre du monde semant sa poésie.

L’ermitage et le voyage, pourquoi ? Il semble osciller entre besoin de solitude, proximité avec la nature, et appel quasiment insensé de partir ; ce besoin impérieux, j’ai envie de le penser comme le bord du monde, comme la rencontre qui ne peut naître que de l’errance, de l’imprévu, de ce moment où les habitudes de vivre, même chichement, n’ont plus court et où il est possible de voir ce qui s’agite et que l’on voit pour la première fois, l’ayant toujours vu  dans une fulgurance souvent contradictoire ou semblant telle, regard, ouïe, pont vers le satori, (l’éveil transcendant à la réalité évidente et immédiate) l’illumination qui prend souvent le visage d’un instant du réel qui pourrait sembler absurde mais révèle la complexité de la réalité du monde. Si simple.

Le pont suspendu
enroulés à nos vies
les lierres grimpants

La vie en est emplie, chaque instant en recèle, cela n’est pas un état d’esprit, ou si oui qui surprend le réel au pied du lit, s’étoffe de la capacité à se saisir d’étonnement  et d’en être simplifié.

Le haïku dans sa forme d’immédiateté et simultanée le dit bien, de façon souvent cocasse et qui rappelle l’énigme, soudainement tout y est, une impression fugace du monde en action – l’interpénétration de l’éternel et de l’éphémère.

La multiplicité apparente des choses, l’action, est exprimée de façon simultanée et révèle l’énigme, carrée dans le réel et illuminée dans le rêve, c’est du rêve que peut naître cette impression de décalage – comme il le confesse lui même à un moine : « nous sommes tous deux dans le rêve »

On est frappé de voir ces simple mots fortement encrés dans les plantes et les fleurs, les bambous, les bananier (Bashô en japonais) les chevaux et les oiseaux, en un mot tout ce qui vit et que nous côtoyons tous les jours, avoir une si grande charge poétique et pourtant rester si humble, presque dégagé de toute poétique, comme une peinture chinoise, esquissée d’un simple trait, acquérir un sens si fort quoique mystérieux (la poésie) et en être tout simplement dégagé, c’est là que le dépouillement et l’absolu de la simplicité parviennent à dire et soulever le voile que traités de philosophie et romans en quinze tome ne parviendrait à peine à évoquer.

Les graves thèmes ne rendent pas le haiku plus fort, ils renforce la charge mais c’est que le réel se fait plus pressant, le regard sur soi plus aigu et n’empêchent que la plongée d’une grenouille dans l’eau est capable de révéler l’existence au poète dans son essence:

Le vieil étang
d’une grenouille qui plonge
le bruit dans l’eau

se plonger dans ces pictogrammes élargis que sont ces instantanés de vie, ces énigmes visuelles saisies au vol et parfaitement mis en idéogrammes, écrits, à la façon d’un gros plan cinématographique ou suivre Bashô en panoramique dans ses voyages, rencontrer avec lui et l’écouter se questionner le long des routes du vieux Japon ; deux itinéraires qui se rejoignent – qui sont le même visage d’un homme voué à la poésie, la simplicité et la vérité.

Morne Plage


La
Lumière
Blessée
Par
L’éclat
Se
Faisait
Des
Points De
Suture.

Elle
Vendangeait
Des
Sein.

En marchant
Elle s’ajoutait

Quand
Le feu
se balance
L’ombre
Fleurit

© Malcolm de Chazal , Contes et poèmes de Morne Plage ed. Patrice Henry poème

 Tous les bleus
Qui
Ont froid
Se blottissent
Dans
Le blanc.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
Le glaçon
Dans
La
Cataracte
Faisait
Du
Ski
Nautique.
Les formes
De
Son corps
Etaient
Son
Catéchisme.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
 Elle
Vendangeait
Des
Seins.
Quand
On
Presse
Le ventre
Du feu
La lumière
Rit.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
L’or
Sur
La putain
Se
Momifia.
 L’ombre
Qui
Dépasse
Son pas
Crée
Le
Faux jour.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
 Dieu
Nous
Regarde
Dans
Les formes
A
Travers
Leurs
Archétypes.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
Poèmes extraits de Contes et poèmes,
éd. PatriceThierry-L’Éther Vague, 1994.

pour suivre :

sur mondes francophones
avant-garde
le parcours d’un artiste
litterature mauricienne
la famille de Chazal
Mauritiusmag
d’avant garde

(c) de Chazal
(c) de Chazal

Glissement glissant

il faut l’acter les mots font aussi œuvre de détournement, ils détours- nent

détourner pour rapprocher et mettre en corrélation ce qui jusqu’alors s’opposait ; avoir détourné pour mieux entrevoir ;

comment s’y retrouver ? cette alchimie des mots peut elle  se révéler carcan et enfermement ? c’est de l’intérieur que les mots brillent, l’élan suppose un bras propulseur et une conscience vibrante,

que ce surgissement réapparait sans prévenir comme de multiples coups de langues de ci de là de par les lieux, de par les temps, sans logique apparente quand la stabilité du monde et celle des hommes sont soumis à pression ;

créer un état stable de l’énergie semble inconcevable, hasards des orages solaires et accalmies mais non de façon continuelle, bien que les êtres soient constamment  dans un emmêlement et un désordre imprévisible,

vu du dixième étage et en vitesse accélérée, embrouillamini des histoires et des chocs même minimes  comme ce papillon multicolore au battement  sismique d’ici au Japon, mais qu’en est il de langue à langue, de bouche à lèvre, de main à bras ?

dans ce foisonnement, la relation, mot clé pour ouvrir la rencontre ou à l’inverse l’impossibilité de continuer plus avant ni comme avant,

apparait la nécessité de transgresser, réunir mettre en relation, quand à chaque seconde la possibilité de l’asservissement ou de la violence parait probable, ceci de part et d’autre et c’est ce qui est émouvant ;

quand les mondes se mirent en parallèle et,  avant de s’entretuer, inventent le besoin qu’ils ont de l’un e l’autre et posent des passerelles;

s’augmenter de l’impalpable de l’autre à autrui puisqu’il est à coté et fait partie du paysage là où avant il n’était pas , le monde en est transformé!

le regard et la pensée que l’on en a doit suivre,  petit à petit se défossiliser ;

La mondialité, l’Europe et ses réfugiés des grands chambardements du siècle, dada et surréalisme et la démesure américaine,  de l’étendue et l’effondrement par la modernité de pair avec les déplacements des continents, l’Afrique entaillée par l’océan est obligée d’improviser une teinte et d’inséminer l’Europe

je pense à Aimé Césaire, e.e Cummings et  Ghérasim Luca ; ces embardées du temps et de l’espace sans prévenir fusaient dans un cataclisme du langage,

Aujourd’hui  un même temps et une élasticité de l’espace qui de l’un à l’autre semble maintenir un chaos opaque, de l’un à l’autre une incompréhension et un voisinage immédiat,

rhizome plutôt que racine , la reconnaissance du divers comme multiple dans un même temps, questionnement ouvert du temps, Ségalen s’était déja extasié et Deleuze éveillé, c’est ce que pointe Glissant, les Antilles un laboratoire et la créolisation une réponse au pari de l’identité multiple,

le monde moderne est fractal

le langage, cette pointe vibrante de l’être humain relève le défi ; Frankétienne, Brathwaite et quelques autres lorsqu’ils se rencontre à la poupe de l’Amazone et du Mississippi ;

le pari de la langue instable en perpétuelle mutation pour répondre à ceux qui perlent en contact permanent

or s’en remettre à une dialectique formant vocabulaire me semble figer ce tremblement du monde,
Sommes nous arrivés à un point ou les sociétés se déterminent? un refroidissement des laves? , mais alors ?

stable dans l’instable, la nature ne s’arrête jamais, le présent cette illusion est pourtant tout ce qui compte, le roulis projette le surf, et pourquoi l’endiguer, serait ce que nous appelons un autre pouls du temps?

le surgissement obéit à des règles qui le font ressembler à une vague, similaire à une courbe ascendante puis descendante, ellipse dirait la pensée indienne; tournoiement  mais s’agit il bien de cela ?

ce à quoi œuvrent les poètes et les anonymes, sans nom cette incertitude de la crête, de l’étalement de la durée et  dissolution de l’espace fébrilité de l’incertain des rencontres qui opère cette impulsion que Glissant appelle déparler

pour témoigner, les formes que finissent par prendre les mots et notre parole, -est-ce la même chose? -nous entendre sans laisser de coté l’essentiel d’une expérience pour que puisse aboucher un échange,

constamment à déjouer les pièges que nous même  ouvrons sous nos pas, grignotons à l’intérieur de nos mots,

comme s’ils penchaient en arrière et qu’il nous fallait à chaque fois rééquilibrer pour qu’ils aient suffisamment de force et d’énergie, d’où vient elle et ou allons nous,

oser défier la crête de nos présents basculant et éclaboussant ce qui nous sert d’avenir ;

l’ invention instable, toujours en équilibre, rythme de la formulation, inaudible, jazz libre obéissant à un canevas inédit, de là la fugue,

lorsque l’on se trouve emporté par le vent « vers en l’arrière ».

* à lire le très intéressant blog de la revue d’ethnologie “TERRAIN” et son article : Miroir du colonialisme (http://blogterrain.hypotheses.org/1377)

Les bienfaits d’une gorge pleine

Donc affirmer, un chemin différent, celui du cœur, le seul qui vaille ,
à mon avis et au tien ce qui me plait !

Il faut se résoudre à ne pas se faire entendre dans les brouhahas qui feraient croire qu’on aurait une voix alors que seule le chœur résonne,
résister aux sirènes à tête d’hydre que l’ on entend de toutes parts, et la rengaine change au gré du vent, bien sur ! repousse sur des têtes mortes, sur l’erreur et le remord,

Eux s’y retrouvent et tant mieux,  pendant ce temps s’approcher du feu de bois et se réchauffer d’une petite lumière que tous nous apportons, en riant un peu,

chantonner,

parfois approcher les poètes, les peintres est dangereux car ils créent un appel d’air,  à les entendre ils auraient raison et moi tort, mais est-ce sur, ne faut il pas oublier  ces schismes et  ces lignes bien tendues, ces files d’attentes poudrées qui soliloquent  » il faut murir et se remettre en cause  »
la Poésie, la Peinture, l’Art majuscule ne se trouve pas où ils disent

et lire, rêver voir, parfois des voix tranquilles nous parviennent et on entend,

Ou bien faut il travailler à s’épanouir ?
Je choisi de m’épanouir, comme un arbre,
je lutte contre la solitude et vais prendre l’eau ou elle est, et souterraine même à traverser les océans,  j’aspire à prendre une main caressante dans la mienne, son sourire n’entraine t’il pas dans un pas de danse,
ton sourire me dit que si,
nous les fainéants de la contrée fertile!
ne peut on marcher ensemble à coup de poèmes et s’enthousiasmer de peinture,
sans faire le beau, donne la patte ! patte blanche quand je l’ai noire, noire de suie

La bonne chanson chantons tous ensemble d’une belle voix discordante !

damas

Le pli de l’air

Issu d’une résidence au brésil ce livre libre me semble regarder de son œil plissé l’irrationnel se glisser entre les ombres et les lumières du vivant, sans poétiser, presque en récusant la forme poétique pour mieux l’installer au cœur, de ? qu’est ce que cette écriture ? une vue, un rendu compte, un marmonnement, le surgissement de l’invisible dans la conscience et l’émergence du réel, solide, brut et dérangeant presque par son vulgus, bruit, donc , ou les conversations des inverses, bruits inaudibles du réel car il y a sans doute plus à entendre de ce qui est dit dans le réel bruyant mais finalement dense comme une pierre, et ce silence si bruyant, mais le mot ne convient pas, musical, infiniment musical et plongeon dans les polyphonies secrètes de la foret, des être à la tension des ondes que l’on nomme magie et de l’intériorité,
le pli de l’air,
serait-ce ce point ou tout se fausse et ou tout apparait dans les prolongement et les retranchements du réel , car nous sommes au dela du visible et de l’invisible, audible, criant muet, improbable frontière qui n’est qu’un pli, je ne sais pas bien , mais le livre qui se déroule ou s’offre  un peu comme un pli, pli comme un glissement de terrain ou courbe multiple de la réalité, tout cela dans la plus grande simplicité apparente,
ce n’est pas si simple de voir mais est ce voir, le réel dans la chaleur de la multiplicité, ou rien ne semble fixe
métamorphose uniquement à l’œil mais est ce l’œil, qui fixe alors que tout coule entre envers et endroit, vilain mot, pourquoi droit, tout me semble mouvement, il faudrait préciser mais le peut on à vouloir laisser libre, autre mot pour insaisissable, le vrai est ce dans cette attente inlassable?
est-ce bien le texte ou est ce moi qui prolonge, m’empare de cette évocation, à tout prendre et rejoins mes rives …
un livre ou l’on revient, revient, comme vers un lieu où l’on attend
où la vie et les vivants manifestent

not978-2-84398-335-1_1e , » Le pli de l’air » d’Erwann Rougé poète essentiel à mes yeux page de présentation d’Erwann Rougé chez apogée

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2009/07/le-pli-de-lair-derwann-roug%C3%A9-lecture-dantoine-emaz.html »>lecture d’antoine Emaz à lire pour une autre approche

Temps qui gouffre

Le temps et l’autre

et ne peut arrêter le mouvement
à se réinventer
au lieu de se détruire

mais c’est ce qui est à l’ordre du jour

le passé allonge son ombre pendant que le present nous brule d’un feu peut être irréversible …

le futur ouvert, s’il faut dire si le passé est grand fermé
à moins de flotter dans le présent
bénéfique

et ouvrir une autre ère du temps, une autre dimenssion du temps, sans reference

passé-futur-présent

ni ouvert
ni fermé

tourbillonnant dans l’immobilité

le temps est fou si nous voulons le chevaucher

à un autre  temps , répond un autre rythme,  du poème , qui n’est même plus un poème, ce temps là englobe beaucoup plus

les mots y trouve une résonance autre,

inspire

les mots y trouvent une résonance autre , parfois ils s’arrêtent et ne franchissent pas , ils restent sur le bord , ravine, ils y ont mené, désignent vaguement ,

ils ont perdu la prétention et laissent l’ se déployer sans qu’ils y participent,

eux y mènent, ne sont que les coup du bâton sur le roc,
ou le rauque du rire , l’aiguë de la voix,

pelage ventre pluie

dans la danse, ligne  une convocation, entre,  le temps , dont nous ne pouvons nous éloigner appelle

sur ce versant dépouillé se peut apercevoir, ce , la, les mots entament , au seuil sous l’astre rire

énigmatique

significatif

inaccessible

pourtant les mots y mènent

Hon'ami Koetsu Tawaraya Sotatsu vers 1600
Hon’ami Koetsu Tawaraya Sotatsu vers 1600

et  la terre ne nous appartient plus, ils ne nous y font plus de place, ni devant ni derrière, il nous faut creuser à mi-hauteur, coincé ailleurs entre le thorax et la plante, du fond du jardin en ricanant,

alors oui , et pourtant si ! ,

mes incantations défenestrantes me font boule de feu et zèbre l’espace d’ ouest en est et du sud en nord embrassant mes amis (brasse) et mes amantes (braise) trop peu si peu au passage grinçant de mes vents, mes nuages de fumées soupirent à l’aise de mille lieux, ma langue, que je parle souterraine est irriguée de milliers d’autres langues circonflexes et je cligne des deux yeux à les écouter irriguer mon sang, slalomant entre les ferrailles électrisées des pylones qu’ils ont voulu plus fort que le temps, les fausses montagnes de béton,

ils se sont cru incontournables

et vois comme j’ai le dos tourné, vois comme je parle aux ancêtres et aux à-naître; aux rivières et aux écorces de feuilles, aux vents qui chatouillent les marées,
vois comme je suis l’oiseau et file à travers les balles me cachant dans les nuages, et les bisons comme les ours font la sarabande se tiennent les côtes et n’en peuvent plus de rire , se frottent dans la neige et imitent les lézards,

la bonne blague de leur monde en berne

je suis du pays du sourire blanc noué dans un pleur.

Rencontres francophones

_un canadien_

… sans la langue c’est une espèce de chute dans l’autre,____ dans l’ambiance – il n’y a rien d’autre que de retrouver la langue ….

ce à quoi le français, qui ne comprend rien, mais les français, est ce du à leur histoire, à l’élaboration politique de leur culture, monolithique et carrée, classique, ne comprennent rien, on le sait, heureusement, on commence à s’y faire

mais il faudrait en prendre acte et s’écarter …

dit quelque chose comme …

… on se retrouve toujours quelque part avec des gens qui ont une identité, ce qui est important c’est l’expression, en général douloureuse, de soi au milieu des autres quelque part,…

quelque part, où que ce soit, qui que l’on soit de par notre situation au monde ? mais il n’a rien compris au problème de la langue et de l’identité, le lieu et la langue de l’homme n’est il pas essentiel ! et le monde est en perpétuel mouvement!

car seul le squelette se morfond à s’inquiéter du froid de son caveau, les fesses bien chaudes l’homme se pavane au bras de sa charmante en mouvement
Mais pourquoi n’y arrivent ils pas à comprendre cela? ! est-ce d’avoir décidé depuis les religions et les lumière la suprématie de l’universel ?En fait ils ont décidé depuis longtemps d’évacuer l’existence du foyer de la langue la vraie, pour la remplacer par un pidgin du latin, dirait Manciet ou d’une construction latine,  sorte d’arbuste Babel privé, auquel nous sommes sommés de nous aggreffer,

la poésie se niche dans la langue et l’invente! s’invente ! comprends -le !

ou est-ce moi qui m’acharne !

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_un autre, heureusement_

…il y a toujours des gens qui seront poètes parce qu’ils seront des gens justement, c’est  à dire des individus conscients, pensants, se posant des questions, vivant leur inconfort mais vivant leu inconfort parce qu’ils ont cette conscience de quelque chose qui manque et qui peut être pleinier….

et moi, de me dire, oui c’est parce que la langue nous manque et en même temps qu’un manque du monde, que l’on écrit, que l’on peint, que l’on essaye de recréer retrouver et se prolonger,

mais prolonger notre derrière et se payer de mots pour faire partie du monde!

mais comment va votre mère? , Elle va, … Elle radote…

-un poète belge_

est ce que la langue est notre âme ou est ce que notre identité est dans la langue?

non, le monde et le temps nous sont sorcier, ils sont en nous. ils doivent resurgir

mais pourquoi la justesse ! c’est l’homme qui parle et qui y tient, qui la soigne sa parole, quitte à reprendre la route pour retrouver sa langue. seul ou non.

_ chercher à être solitaire pour être solidaire_ -dit le canadien ( et la poésie nous échappe, pourquoi, parce qu’ils doivent retrouver quelque chose, sans doute… comme une fatalité et je pense à wajdi Mouawad qui n’est pas loin de tout ça …)il continue ce canadien qui me plait, les français ampoulent, là aussi je suis d’accord même dans les traductions et c’est pour cela que c’est insupportable, fuir ….

et il est fan de William Carlos Williams :
« On n’apprend pas des nouvelles à la poésie, mais les centaines de milliers de personnes meurent misérablement du manque de ce qu’on y trouve »

puisais-je avoir  ni attache ni limite oh vie aux mille visage débordant pour pouvoir répondre à tes invites suspendu aux miracles des instants, de là il y a quelque chose à faire

il n’y a pas de mystère,  je suis fan de W C W,

2002 rencontre des écrivain au Québec animé par michel Garneau

Mikel Laboa, la forêt martellée au frisson

que barbaridad , Mikel Laboa s’est envolé, etceterra …
hommage à Mikel laboa reçu de syntorama

JON_CAZENAVE___HERRI_IXILE
JON_CAZENAVE___HERRI_IXILE tiré de Jon cazenave

la forêt martellée au frisson

( xoriek)

Xarma eta harridura azken unera arte gordetzen dituen komunikatzaile mitikoa dugu Laboa; distira, transgresioa, identitatea eta modernitate herrikoi hurbila darizkio bere lan orori eta, oraingoan ere, kantu berriak biltzen dituen disko honetan, intuizio berdina topatzen dugu: alde batetik, txorien mundu oniriko, metaforikoa, eta, bestaldetik, bere oinarri zein inspirazio iturri izan diren hainbat autoreri eskainitako omenaldiak (Joyce, Billie Holliday, Brecht, Brel ).

comme disait Anna Moï, laissons les langues intraduites on y comprend tellement d’autres choses !

( james joyce in memoriam)

le grand chanteur basque puise aux profondeurs fissurées de la voix et de l’abri antédilluvien , arrache aux sonorités abruptes et rêveuses la plus ouïsive contemporanéité ,

homme se dressant aux rochers vers l’océan au ciel de l’avenir, il parle à tous des chemins de l’imaginaire entrevus , comme Benat Achiary , à qui ma peinture et mon amour de la poésie doit tant, comme Chillida qui du haut de sa terre abordait à tous les archipels de l’intelligence humaine , la poésie et les éléments .

Il trace une voie et redonne voix à Joyce, Brecht, Brel et Billie Holliday, Atahualpa Yupanqui, Bernardo Atxaga, Joxe Anton Artze) en remous oniriques sonner toutes les langues au trajet vocal de son .
(negua , ) les chansons que je préfère sont trop longues , hélas ! à voir sur le site de elkarlanean http://www.elkarlanean.com

zaz
zaz

Chanté par Mikel Laboa,  orduan de Bernardo Atxaga, j’y vois ma vie disparue, et les mystères qui se renouvellent dans un hymen avec les êtres…

en français :

En ce temps là je me promenais le long des berges d’un fleuve
aux couleurs d’or tous les deux ou trois soirs ,
et je pensais que tu étais peut être morte,
que peut être tu naîtrais plus tard,
l’été même de ma mort,
comme un arbre alimenté de jus
de nuage orange
Je cherchais partout ta robe bleue et rouge

Un peu plus tard , une nuit,
nous avons parlé du prix des ordures,
des bienfaits des longs voyages ;
et ce même automne
tu es devenue la femme aux noms multiples,
tu étais Calliope, et Pollux et Isis and Pandore,
et tes cheveux étaient tout simplement, devines
devinette,
ceux de Bérénice (élémentaire Mr Watson)

Il y eut un jour, peut être un lundi, un mardi,
où je t’ai écris que dans mon sexe
il y avait (qui l’eut cru!) Bagdad ,

Dans mon cerveau poussait les bois du Canada ;
mais le bois le plus touffu c’était toi

A présent je suis ton amant pataud, je t’aime etc.
comme devant les portes de l’hiver, etc. etc.

et trad. de André Gabastou, poèmes et hybrides, aux editions de la presqu’île

(ou que la terre te ferait naitre l’été même de ma mort comme le gui de pommier nourri de jus d’orange je cherchais sur tous les trottoirs ta robe rouge et bleue)

plus tard nous discutâmes sur la valeur des déchets des poubelles, à propos des avantages des longs voyages ;
et cet automne là tu devins la femme aux multiples nom, +Cassiope et Pollux ou Isis et Pandore, et ta chevelure n’était autre que celle de Bérénice (élémentaire mon cher Watson)

un lundi ou un mardi soir, alors que je pensais à toi je t’écrivis que dans mon sexe se trouve (quelle horreur) Bagdad, que dans mon cerveau croissent les forêts du Canada ;
mais la forêt la plus luxuriante c’est encore toi

Maintenant je suis ton amant maladroit,
je t’aime, ecetera, aux portes de l’hivers, etcetera, etcetera ….

© Bernardo Atxaga et Mikel Laboa

à écouter sur Youtube

© mikel Laboa, xoriek
Si nous voulons fabriquer une cage de paroles et y introduire Mikel Laboa, nous devrions nous reporter au début du XX siècle et dire :  » Il y eut une grande crise, et les peintres, les musiciens, les écrivains perçurent mieux que jamais la petitesse de leur expression. Tout d’un coup , les langages et les manières héritées du passé leur parurent faux, sinon banals et bêtement bourgeois. Puis vint la première guerre mondiale, l’une des plus  cruelles de l’histoire , suivie de Guernika, puis d’Auschwitz et ensuite d’Hiroshima, et les peintre , les musiciens, les écrivains engagèrent leur lutte contre la bête immonde de la mort en créant des oeuvres qui touchaient forcément la frontière du silence. Pour ce faire ils eurent recours à la tradition populaire, aux modes d’expression des enfants et des fous, aux formes artistiques méprisées par la haute société. Il s’agissait de sortir le langage du marasme où il se trouvait, de ne pas l’utiliser comme simple artifice , comme pure rhétorique. Ce fut le cas de Bertold Brecht, de Tristan Tzara ou de Paul Celan. Ou encore de Ungaretti ou de John Cage, de Picasso et de Dubuffet, de Roy Hart ou de Joan Brossa.
Tels de nouveaux phénix, peintres, musiciens, sculpteurs renaissent incessamment à la vie au dessus des cendres de la réalité. Mikel Laboa en fait partie, il se déplace depuis longtemps dans le monde, par tous les mondes. Mikel Laboa artiste singulier, solitaire, compagnon de tous ceux qui aujourd’hui, au début du  XXI siècle vivent aussi en crise. « 
j’ai fabriqué une cage pour y enfermer Mikel Laboa. Mais je regarde à l’intérieur, et je le vois pas. il s’est certainement envolé.
Bernardo Atxaga , livret de xoriek

et la caverne est peut être le trop près d’un essaim de plume dont le battement prélude l’évasion

QUÉ BARBARIDAD, BAGDAD!
1 de Diciembre de 2008 QUÉ BARBARIDAD, BAGDAD!Se va volando Mikel Laboa, entre pájaros y sueños, colores y palabras sin diccionario. Palabras del arte más vivo, más contemporáneo y adelantado a su tiempo que haya conocido jamás la cultura vasca.
Tenía sin embargo Mikel un alma adulta de niño que no partirá.
Así seguiremos recordando tantos cuentos, tantas anécdotas que él ha ido guardando y contando, con su particularísimo sentido del humor. Como cuando en Barcelona, en uno de sus primeros conciertos, le dijeron: En seguida llega el catering. Y él esperaba a Catherine Deneuve!Muchos años antes del arte multidisciplinar deL que tanto nos gusta alardear, fue fundador de grupos tan comprometidos, innovadores, e influyentes como Ez Dok Amairu, creaba con total naturalidad junto a poetas, compositores, escultores, pintores y escritores. Siempre rodeado de toda clase de gentes tan sensibles a la búsqueda poética. Elemental, Mister Watson. Búsqueda que se metaforiza en pequeñas palabras, sonidos, cuentos, colores, detalles, niños.
Debería dar que pensar que esa envidiable sencillez, humildad y sentido del humor que le caracterizaba haya calado tan hondo. Qué barbaridad, Bagdad!
Nosotros, desde Syntorama, queremos darle las gracias. Por el arte, por la sencillez, por la alegría, por las palabras, por las canciones. Etcétera, etcétera
QU� BARBARIDAD, BAGDAD!
(2008.eko Abenduak 1)
QU� BARBARIDAD, BAGDAD!Hegan doa Mikel Laboa, txori, amets, kolore eta hiztegirik gabeko hitzen artean. Euskal Kulturak eman duen ahotsik pertsonalena, izan daitekeen bihotzik sentikorrena, bere garaiari beti aurrea hartzen jakin izan zuen kantaria.Bazuen ordea Mikelek haur sen moduko bat heldua, gu guzion baitan habi egin eta bertan geratu dena.
Horrela oroituko ditugu bere ipuin eta kontuak, bere bizitza jorian bildu eta umore bereziarekin azaltzen zekizkien pasadizo haiek. Bartzelonan, bere estreineko kontzertuetako batean �kateri�a berehala zetorrela� esan zioteneko hura bezela, Mikelek kontatzen zigun: Ni hor gelditu nintzen, Ze Katerin etorriko, Catherine Deneuve izan zedin desiatzen.
Euskal Kantagintzaren eta artearen berritzaile izan zen, oraindik berritzaile izate horren eta diziplinartean ibiltzearen kontura aldarrikapen arraunditsurik egiten etzenean. �Ez dok hamairu� taldeko sortzaile, naturaltasun handiz poeta, konpositore, eskultore, margolari eta idazleen artean eman zitzaion sormenari. Beti poesiaren bilatze amaiezin horrekin sensibilitatea zuen jendez inguraturik. Elemental Mister Watson. Eta poesia hori hitz txiki, soinu, ipuin, kolore, xehetasun, edo umeen munduetan aurkitzen zuen metafora bilakatuz.
Zer pentsatua ematen du Mikelen apaltasun, xalotasun eta umoreak nolako arrastoa utzi duen gurean. Qu� barbaridad, Bagdad!
Guk, Syntoramatik, eskerrak eman nahi dizkiogu. Bere arteagatik, apaltasunagatik, alaitasunagatik, hitzengatik, abestiengatik etcetera etcetera.
Portuetxe kalea 53-A, 1 solairua 104-bulegoa 20.018 Donostia-San Sebastián Gipuzkoa-Spain
Tel: + 34 943 31 48 00 Fax: +34 943 21 57 88
Email: amaia@syntorama.com
Mikel Laboa abeslaria
Mikel Laboa abeslaria