Car la rose est pâmée

tendez l’oreille car je ne compte rien vous dire et cela ne vous servirait si peu, d’entendre d’une main insouciante sourde s’assoir et le regard dans le vague comme s’il attendait quelque chose et que ces quelques lignes, mais là ce ne vous dirait rien et je ne veux surtout pas parler de digression car ce n’est sont pas écrit sur le papier ou imprimées ce qui se vaut

éléments visuels ne lui apportait rien, ou peu, et ce pourrait être ce qu’il vous plaira car que se joue t’il là , un paysage, un carré à bêcher, un retours des campagnes de guerres ou une après midi pluvieuse, on ne le sait vraiment pas

ou pire on s’en fiche ,

car

l’important est que ça n’en ait pas et que ce soit si

vital

vous croyez cela déplacé et pourtant

cela est dans les artères et il faut recourir à des trésors de dépaysement pour approcher la bête aux aboies

et sans sérieux car ça la tuerait

sans

nul

doute

trivialité mais de quoi est il question ? mais de vous un regard ennuyé fait taire et l’humour est toujours là rassurant devant le cercueil ouvert comme un sourire sans dents et

ou choses déjà vues, dont on mesure mal la portée

semblable à un parterre de belles roses trémières, fanées ou prétendant l »être

un livre

avachies sur le divan

incongrues peut être

explorant les possibles sans jamais parvenir à être ridicule avec ce trop de tendresse et parce QUE sans leurs vêtements les personnes issues du théâtre de la vie sont bien réelle sous leur dehors ou leur dedans de monologue

les vicissitudes et la folie d’exister

en même temps que tous dans ce QUE l’on nomme le monde, on ne sait pas tellement ce QUE c’est, c’est un drame dit par la plus sinistre des comédies, leçon de danse et chasse à court de philosophie, traité guerrier et manuel de dérision tant et tant

et que cela se résume à cela

sans que

décors ou ou réceptacle, préceptes

mais dans vie car il faut que les personnages parlent et derrière eux toute une gallery de portraits, des digestions impertinentes des milles livres lus qui apparaissent là comme le revers des masques, figures surgis des lignes textes avant coureur du cinéma c’était la vogue et le visuel pullulant est une débauche qu’en dehors du théatre la littérature tait, hurlement de rire ennuyé dans un mot une pint de la meilleure bière l’AVC est tout proche ou la goutte

mais bien vivant dans ce qu’ils disent et s’échappant en baragouin dans leur silence

ce serait là

à l’en croire mais le faut il ,

non nulle intention de rien dévoiler

quand les détours et les jours et la chouette des saisons ramènent la rose à la terre et cent fois refleuri le jardin, les bulbes et les pommes de terres rentrés cette longue enfilade de saignées sans cause ni raison vaut bien que l’on se laisse aller à jouer des mots mais sans rimes

Rien ne m’oppose

La phrase parmi les vapeurs à la cuisine me revient avec les nouilles sorties de l’eau bouillante

my life stands as hell in a shell i can hear it breathe between your teeth

mon dernier soupir se fera à la lune,

courant je resterai quand même mourant, froissé, jeté le seau dans la salive à terre pour quelques orages, morgue, croyant, je ne respire plus, vos yeux en moi la pluie lave ce qui m »alourdit

mais je vois, je suis l’océan le ciel et le nuage

dans mes artères mon eau est fumée est cristal, dans l’eau trouble je me lave les pieds dans la crasse je veux les îles, dans votre rire, votre regard votre oeil qui tombe

mais la droiture la faiblesse et le rêve un poème frissonnent de la dureté

rien ne m’oppose

je devrais être à terre quand je suis libéré rejoindre les déserts, la feuille que je ramasse, loin de la ferraille

partir, je ne rêve que de partir que mon corps lourd soit aile, ou fumée ou cristal

loin

loin

si loin de l’entrave

Michael Riley, cloud -flyblown

Toute ma vie une bouteille à la mer, un galion y est gravé, vieille eau, depuis ce geste premier ou je fus jeté à la baille, braille et froide ou en pleurs, la mère seule et les tempêtes et les rejets, et les mépris et les erreurs,

l’amarre est défaite

planche de bois dans le courant je gonfle de l’eau.

Ciel reflète

Nous avons besoin de nous représenter le monde dans ce qu’il a pour nous de possible

un endroit ou habiter

un lieu plutôt qu’un espace

un temps

et non pas uniquement des mondes qui se proposent à nous, extérieurs et ennemis

Michael Riley, cloud

Je regarde le ciel , le ciel me reflète et je suis capable de m’y penser, peut être le ciel en moi mais surtout en regardant le ciel je vois comment j’existe et la possibilité d’une vie s’ouvre comme un horizon

ou de quelque façon que ce soit

On pourrait dire la même chose de l’autre que je croise, que je vois, j’entrevois l possible quand je te vois, non l’être humain mais soi et la relation , non la terre mais soi et la relation , dans ce qu’elle entretient

Il s’agit de penser factuellement puisque l’on me reproche de penser par les vides et que dans les vides on ne voient rien , assertion et pensée fausse, la pensée ni le poème ne se limitent à l’expression d’un réel qui soit visible et s’il l’est qu’y voit on ? dans le poème le reflet mène à un biais

Michael Riley, sacrifice

Dans la photographie que j’aime, l’on poursuit le poème, voir à se toucher, à toucher, poème à dire les mots qui disent les voies de la relation, comme je touche comment je mange

comment est il possible de vivre,

ce grand écart hors de la violence, faite , passe par la violence, le biais, l’allusif , permet de renvoyer comme en boomerang l’image qui est bien autre chose, et est laissé libre

Michael RILEY Kristina, 1986

Pour qu’advienne ,

c’est de l’espace et du temps d’advenir, cette écart entre d’eux, dont il est question et que le geste impulse même de façon immobile.

Le monde dans l’oeil

Michael Riley, Alma Riley 1998

En ouvrant à midi « sight unseen » de Michael Riley je suis frappé par la puissance qui se dégage, mystérieuse, forte, la conviction sans doute l’attachement à ce qui vient et habite l’intérieur , de tous temps et y a fait son nid de façon si serrée que l’image qui semble n’être que portrait et construction mentale, est bien plus que cela

par la présence de ses apparitions , photos qui pourraient être peintures, personnes et pans de vie éclairés par la présence, les fonds qui sont ceux des ciels et des mers, du tumultes ou du flou des apparitions, la projection de ces être, le cadre qui les dépassent et les englobent

l’art du photographe, sensibilité,

Derrière chaque prise une parfaite connaissance de ce qu’il photographie, qui laissé à ce que nous reconnaissons pour tel, par l’infime retenu de ceux qui n’ont plus d’existence conservent l’essentiel dans leurs yeux

et l’oppose

cela ne tient à rien

et est tout

est-ce cela ?

Que le monde par la petite fenêtre de l’œil s’ouvre à la dimension lourde du réel dans ce qu’il a de plus impalpable et pourtant immédiatement sensible, la présence

l’image est tellement chargée des vies et de la pensée qui transpire qu’elle est comme une porte qui s’ouvre

Michael Riley Telphia 1990

chargée comme un grand livre, une carte du monde ou le décodage du génome les signes sur la routes ou les symboles de l’ancêtre transformé dans les formes anodines du monde d’aujourd’hui, les rides de la chaine jetée au large

ce qui est vu rassemble toutes les formes tensions qui sous-tendent l’homme et le monde, la sensibilité, mot simple pour dire toute la vie intérieure, la psyché qui va toucher au sens

intime

Michael Riley, Delores 1990

Où tout est dit inaudible de l’expérience de l’homme, de la connaissance et de sa respiration

tout des généalogies, des territoires, des deuils et des naissances et ce dans une simple image qui semble de tous les jour mais magnifiée de signification

quotidien transcrit

les termes du monde

qu’est-ce qui est dit

l’homme et la photo

Michael Riley, mwaterflyblown

répond comme la vie dans l’œil les muscles qui bruissent la tension des univers, c’est parce que la tension de l’homme au monde à l’homme est forte, parce que quand l’homme voit il y voit un monde fort des résonances qui se répercutent en lui jusqu’à la nature même des choses, se perd dans le temps, court et arpente les rides qui sont l’affection et la souffrance

la conscience et le rebond dans le geste

un clic.

Points casse des lignes

Bel canto

l’impossibilité de tracer d’un trait ferme

zoran-music, 1964

des points casse des lignes rompues ne donnent pas la mesure de l’ensemble

 

l’harmonie désaccordée à l’oeil

 

sans qu’il y ait qui pèse ou délimite

les point sont allusifs

à l’espace et au moi qui le sous-tend

l’ombrage de l’oeil pourrait embrasser

qui l’évite

 

projection des possibilité, points lignes et ombres

couleurs confondues

 

esquissent

interrogent plus qu’elle ne parviennent à formuler une réponse qui se tienne

de toute façon fausse

Zoran Music, colline dalmate

A penny for your thoughts

Zoran Music, paysage dalmate-1965

Face à ces couleurs qui épongent les vies sur la vie, je veille, et irradient le papier vierge, absorbent le carbone 14 et je me demande ce qui transparait là,

ce n’est pas mon habitude mais je regarde la peinture par en dessous et je cligne

me demandant qu’elle vie à fait se rejoindre ces points et la douceur du liant comme une peau

a penny for your thoughts ! mais c’est une tout autre histoire

sans doute

que me racontent ces traces que l’homme, il doit y avoir une

Zoran Music, alfabeto alpino

femme la dessous, ou un train, peut être un bateau , un pinceau des naseaux ou n’est ce qu’une marche à

l’horizon de soi, à n’en pas savoir ou n’en plus pouvoir,

mais je garde en haut du front l’intrigue et dans cette douceur alpine je suis sûr d’apercevoir les brunes d’une Venise ou de Trieste, sans doute Venise qui se voile et se de voile qui est un jupon, et une peau bleue sous les fards de la montagne je suis prêt à en jurer, le visage de la femme je l’ai vu dans un tableau aux Offizzi, good clue, cette caresse du ciel sur ses seins, cela en vaut une autre et surement que ça c’est passé ainsi et peut être dans un train ou dans cette appartement ocre, toutes les robes de l’Adriatique se frotte à mon regard alpin, au delà de la fatigue et vers le bout de ce que l’œil a peint

là je les ai perdu de vue quand

Tout tend à s’ordonner, le regard que les autres t’assènent, t’intime une distance comme si tu leur faisais peur, ils disent qu’il faut de la distance et de l’épure, et ils tiennent à l’histoire plus que moi je (ne) m’en soucie, que quelqu’un te regarde ou regarde ton dessin, lise tes mots et l’ordre contenancé comme on dit décontenancer se met en place comme un murmure doux qui ne dérangera pas le sommeil mais surtout n’atteindra pas à la réalité, c’est pourtant de réalité qu’il parlent, ces évidences de la raison sont un pré texte et semble maintenir le réel qui vient à nous, spectateurs et déjà spectre, du monde quand c’est le texte que l’on attend comme un lever de rideau, applaudir ne le fera pas venir, il faut plutôt huer, j’ose le dire

c’est d’ailleurs d’oser qu’il s’agit (et non de proposition de coordination)

exprès

pas par effet de style mais parce que je suis sûr qu’il y a des tâches aux vies,

qu’elles en ont besoin même , ce n’est qu’une affaire de tâche et on ne pourra jamais tirer les rideaux qui sont retombés des cintres ou de la falaise, et la femme que l’on attend à travers la peinture s’est recouchée, dans un clair-obscur d’ennui qui en dit long

Vasil Qesari, la femme que l’on attend

ce n’est pas mon habitude, je côtoie les peintures sans qu’il y ait besoin d’explication, je vois mal la main et le visage du peintre, qui photographié dans son atelier ou concentré, a l’air idiot, pas à son affaire, déplacé,

il ne se voit qu’en peinture

il aime se prendre au piège

s’il se peint alors c’est autre chose, il rejoint la peinture et devient large, aussi large que le paysage, il s’y entend à s’y fondre, on ne le voit plus, son être rejoint le coup de sang au plus profond de nous et sans qu’il y paraisse, à l’insu,

Mural of Jane Bown’s portrait of Samuel Beckett on a wall in Notting Hill

pourtant, une peinture te regarde toujours, mais c’est le monde qui te regarde, ou l’œil, on ne sait pas bien ce qui te regarde quand tu regardes une peinture

je sais que mes contemporains submergés dans un réel sans fondement et anonyme, à la limite de l’inexistence et de l’omniprésence, sont anxieux qu’on oublie pas qu’ils furent là, car ils n’y sont plus, chiures de mouches

l’omniprésence de l’inexistant forcément angoisse

Beckett ouvrirait la porte de la limite et Malone sourirait sans dents,plus réel que nous ne sommes, il se tapie dans les ombres de terre brûlée, dirait tous les visages contiennent toutes les histoires, il n’y a pas de distinction, c’est les mots et la tourbe qui plongent dans les yeux, il ne peut pas s’agir de vie, il ne peut s’agir que d’une lueur, seule trace que laisse dans les mots, s’ils survivent, le décollage des rétines qui te mène à l’histoire,

la tourbe des mots

on ne saurait qu’y lire.

alors on les lit pas, on lit pas

on se laisse lire

on laisse les mots devenir le monde et perdre l’histoire, comique d’un coup, le fil est devenu pelote et on se pelote, mauvais jeu de mot mais il en fallait un, qui dise bien que devient toute les histoires sans qu’il n’y en ait une qui tiennent debout, ça on le sait, ou le savait et pourquoi prétendre , attendre, de Perreira à Godot, une qui puisse se signaler,

on a reconnu la voix qui parle de et par toute les voix et donc n’est plus une seule voix mais la prête à d’autres ou se sont d’autres qui la prennent et se sont eux qui importent

c’est l »énergie du sens et le lien, en anglais Bond,

pas James mais Edward, mais qu’importe

trois dialogue n’apportent pas à la peinture

les histoires mais dans l’histoire en creux.

Les hommes dans l’homme

Zoran, dans les marges de l’Europe, le voyage hors des camps ,

quand le retrait de l’humanité tue

que l’on ne retient que cela

 

près des cotes de l' »Adriatique rattrapé par la meute le meurtre le social constitué en histoire

zoran Music (…)

meute l’enferme le réduit à au ppcm humain,

autant dire peu ,

un chiffre, un flux, peu de chair sur les os et l’essentiel pour survivre

autant dire rien mais c’est déjà beaucoup

on voudrait que l’histoire et l’homme se réduise à ça

un tas d’os de chair sans vie

qu’elle est le contraire de vie            celle qu’on ôte

violemment à la façon des sans- homme et  une négation

comme dit on le contraire d’un homme * si c’est un homme,

barbelé dans l’œil

 

Zoran Music

même en meute

Mais peut on réduire l’homme

ce peu de chair sur les os,  à ça

on voudrait que ce le soit, on voudrait que les oripeaux sur la peau résume la peau à l’histoire,

du troupeau

comment peut on vivre après l’histoire ?

 

On voudrait ne se rappeler que de ça, et comme en psychanalyse ramener la vie aux trace de la meute

 

Zoran Music, paysage dalmate

 

Mais l’homme est homme

la Dalmatie et l’Istrie assurent que le monde refleurit

quelle différence ce dessin d’un paysage dalmate ou l’œil retient  plus que la masse l’amoncellement

 

Les végétaux qui composent ce bouquet sur lequel marcher ,

antidote

échappée

 

preuve sans doute que l’homme peut échapper à l’anéantissement

 

zoran music , jardins eau forte et aquatinte sur rives

 

On imagine que l’homme recompose le chemin, dans ce peu

pour échapper à la force de la négation ‘

et voir

 

renoncer à ne voir que la mort dans la vie,

le soleil ?

et l’esprit au repos

 

est ce mettre un pas devant l’autre

et sur le papier

peindre les traces,

 

qui ne sont sans doute que le peu qu’il peut peindre,

regarder le monde dans les yeux

et voir

 

Zoran MUSIC ,Jardins, Eau-forte et aquatinte sur Rives

 

Ces points dénombrent le monde sans qu' »il y ait de membres,

ce calcul laisse la place au hasard je pense que c’est du laissé vide ce qu’il n’a pas voulu remplir

pour laisser une chance à la vie

 

et aux mouches

papillons de l’ombre

et voir

 

Zoran Music , été en istrie

le voir étant là la liberté de de nouveau s’immiscer dans l’espace et dire

dans l’espace intercaler sa voix pour prouver la vie

l’antidote

est de voir quand de nouveau on peut

car l’homme est avant tout peintre

il faudra bien que l’on le voit comme tel

 

 

s’inscrivant dans le mouvement

une tristesse ou mélancolie

l’histoire

 

Zoran Music, motif dalmate

 

L’histoire qu’est ce à l’aune du monde,

 

qu’est ce même si comme le dit Walter Benjamin « L’humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre. »

 

Il demeure que l’homme s’échappant et meurtri du poids de l’histoire et non du monde et qui semble congénital et comme Hélène à Troie pas si loin de loin

et on affirme que l’on ne peut s’éloigner de ces traces que furent ces grands brûlis des cités des chemins commerciaux et des sentiers des guerres

des camps et des bûchers

les lieux sont les mêmes

 

Zoran Music , paysage

 

Comme celui qui a clamer la prédominance de la vie

et l’échec de l’histoire

ou donc nous mènent les traits du monde,

 

les points

sur la surface

enfin

et la vie de l’homme

laissé en paix

et libre

évadé

au singulier,

 

et sans ce pluriel incontrôlable

l’homme peintre s’en va

ou tente

de prendre les chemins de reconnaissance du monde

 

dans cet homme qui fut le peintre j’ai vu ce désir de revenir à cela même qui a permis de demeurer l’homme

sans un mot de trop,

 

Sans que l’homme de l’histoire ne consente.

 

Zoran Music–motif vegetal hommage a caspar

être soi ? dans la cage gémir

oui mais se dire que l’on écrit comme l’on respire, illusion,

si le chemin passe par la fiction, si l’on désire emprunter le pont vers les apparences, faire face au miroir et tenter de voir ce qu’il peut bien réverbérer

et si l’on accepte ce qui pourra bien s’y monter

l’artifice,

se retrouver soudainement dans ce moment où surpris, quelque chose vient surprendre (dans un déchirement soudain tout au calme) et laisse passer quelque chose de vrai, surpris est surpris

de ce que j’entends des écrivains la langue est dans les livres, lisse à force de tourner les pages et de retourner la phrase, certains la tordent à fleur de peau

la langue lisse

l’écrit qui se différencie de l’oral et plus grand qu’elle la parole, qu’est ce ?

et le moi social, celui qui sert habituellement à s’adresser à soi-même, construit que nous sommes des représentations de l’un à l’autre et de soi parmi les autres et  entre tous, mais le moi social, le moi générationnel, le moi convenu, celui de l’écrivain par exemple, s’adressant à nous comme en livre ou enfermé dans sa tour,

on peut ne pas s’y reconnaître, et c’est mon cas

Mon amour, mon affection pour Pessoa est la pointe de l’iceberg. Dans l’iceberg, il y a énormément de monde. D’ailleurs, je vous répondrai avec une phrase de Pessoa. Quand on lui a demandé ce qui l’influençait, il a répondu :  » Tout. Tout m’influence.  » Moi, je dirais la même chose. Je ne crois pas aux écrivains qui ne sont influencés par rien. J’ai beaucoup d’écrivains dans ma malle ; des écrivains qui ont une grande influence sur mon écriture, sur ma vision du monde.

Antonio Tabucchi

et quelqu’une de reprendre :

Qui écrit, écrit avec le stylo mais surtout avec son coeur. Qui écrit sans étre influencé par ses sentiments, n’est pas un écriteur, c’est seulement quelqu’un qui reconte une histoire, où un fait, mais sans âme… En toutes les interviews, Tabucchi était toujours lui mème, dévoilé, mème quand cela pourrait lui porter tort.

et ce coeur, en qui il faut avoir une si grande confiance, où se cache t’il, surtout qu’il n’apparaisse pas, qu’il reste tapi dans l’ombre de soi, guidant même la plus maladroite des phrases ou la plus savante qui tout à coup brille, du coeur voulant dire du centre de nos intelligences et sensations, sentiments et perplexités, désirs et intentions, refoulements et défoulements, surgit quelque chose magnétique de soi et pôle sur le trajet de nos tentatives, est certitude dans la mouvance

mais derrière ce masque énigmatique plus vrai que nature, quelque chose qui s’obstine et refuse de céder, le core de ce qui est à sauver et s’y emploie

à nu, un grand courage ou une inconscience ou un gout d’être libre ou de se connaitre, défiance envers les entraves, chaque mot en cache.

il suffit d’être soi, poli par le temps et ne craignant plus que de ne pas.

encre 2 Jean capdeville

alors constamment se surprendre et poser des pièges sur sa route, changer d’itinéraire à chaque fois , différentes facettes et des vivres sur le porte-bagage, est ce l’imaginaire qui ravitaille ?  mais l’imaginaire est il garantie d’authenticité, de voix, ou bien seulement une faille par où se glisse le monde, par les yeux, les oreilles et l’intelligence.

c’est à n’y plus rien comprendre, j’y comprends que sauf à écrire spontanément, l’écrire nous projette en devant de nous, n’est jamais à égale distance ni surpris au repos ou à pied d’oeuvre dans le moment, ce serait se projeter, à partir d’un moment d’équilibre où le geste déséquilibre et ce serait cela, l’écriture, cet effort de reconnaître l’intériorité et de lui donner forme

Emmanuel Tugny :

Le moyen pour la parole d’être insensible à l’indocilité de ses formes ? comprendrait-on que la parole soit insensible à l’indocilité de ses formes ?

Comprendrait on que le ciel ne soit pas reconnaissant à ses formes de féconder la terre, nos contes, tous les êtres ?

Ainsi nous viennent des saisons.

Il y au monde des formes de la parole. Le monde est forme de la parole. La mer, le ciel, ni la terre ne se donnent sans formes. Et ces formes sont des enfants petits sur lesquel  ils se penchent ou ne se penchent point.

(Emmanuel Tugny, Après la terre, Léo Scheer)

et même si j’ai longtemps cru le contraire et que l’on pouvait remonter le monde à la source de la parole, sans qu’elle soit même parole, suivant en cela un peu Maldiney parlant de Tal Coat, mais peut on imaginer quelque chose qui se dise quasiment sans mot, ou un ton de couleur capable à lui seul d’ impulser le sentiment de vie, suggérer la couleur, imprégner du monde, sentiment ou expérience, je l’ai longtemps cherché et je crois que les zens aussi

mais est ce possible, cette retenue ? on cherche  alors à devancer la chose elle même, bien au avant de son expression, Sean Scully dans sa série « Art horizon » m’a fait penser cela , les accidents comme des colères solaires de la peinture, indistinctes nous ramène à l’avant peinture et nous font rêver à son essence, à l’avant-geste et à son évènement, car une fois la forme engagée …

mais bien que cela soit tentant, ne nous dis rien de nous ou alors de façon abstraite, contenant les possibles et bien avant l’énonciation qui peut être est trajet, et nous ramène à notre en-avant, en-arrière, geste qui dans quelque direction qu’il aille, surgit de soi, si tant est qu’une telle chose existe mais alors que recherche t’on ? la rencontre avec l’univers ? le point de l’intersection d’où l’on parle?

mais dans l’instant où l’on émet que peut on révéler de soi , si ce n’est soi, pour ainsi dire, dans la soute à bagage

c’est un filet tendu entre tous les Soi qui se puissent imaginer, une malle à soi ou les moments qui sont les pointes de la surface, préexistent à l’expression et ne peuvent s’en distinguer, fondamentalement , on parlerait d’une teinte audible, expressions, tentatives, formes, qui elles, demeurent le fil tendu de l’existence là où tout peut se passer, dans l’aventure de soi dans le monde, en écho et n’y prenant pas garde, attentif seulement à ce qui le sous-tend, le monde et soi,

mais le soi doit il apparaître,  le plus grand que soi si l’on arrive à dépasser, soit de manière conventionnelle, à délibérément se placer sur un plan ou rien de personnel n’apparaît, ignorant le soi et pensant qu’il est dangereux, mal venu ou à la japonaise inconvenant, rien au soi, tout est maîtrise et attentif au cadre, rien que le cadre ne faisant déborder que quelques beautés entrevues, la richesse humaine se résorbe et parvient en force vers l’intérieur qui reconnait la puissance à l’oeuvre dans l’humanité, universelle sans particularisme, un social qui ne serait pas voué à la recherche des forme mais de la forme,

une sorte de mystique ou de conventionnel ennuyeux suivant que sans doute la personnalité et l’individualité parvienne à nourrir cet apparemment conventionnel, il y a de la mystique, si l’homme nourrit de toute sa force et de sa puissance

exit Confucius

mais écrire n’est-ce pas tenter à l’universel, loin des préoccupations des méandres ou des folies de l’Ego, mais cette servitude au social ou à l’absolu demande l’irréverrence, sans elle, l’esprit, le social, l’intention, ne révèlent rien de ce qui est fondamental et si fragile

qui peut être une posture, une attitude et une philosophie, une modestie,  l’orient pourrait nous l’apprendre, à force de pratique,  la forme se dégage de sa gangue, le moi effilé, permet cet équilibre où la forme ne se pense plus, étant au delà, universalité englobante de la civilisation que l’individualité toute puissante en ces contrées et ne se délitant pas en contemplations pusillanimes nécessite au contraire un individu fort,  Jean Yves Loude le rappelle et nous nous trompons en pensant que tradition signifie écrasement de la personalité car cela signifierait sa fin, au contraire la sagesse exige de l’homme une participation puissante à son projet

écrire dans le sillage et m’entraînant avec elle ? ou me laissant là où j’en étais ? Il faut nager et rester dans le courant

pourtant d’Orient, les plus grands furent les « excentriques »

Susie Ibarra, percussioniste de jazz

ce qui nous reste des fureurs de cette nuit (- les sources

« En s’affrontant à la mémoire de ce terrible événement, avec toute la pudeur et la subtilité qui conviennent, Patrice-Flora Praxo vise moins à représenter l’insoutenable qu’à donner à voir et à ressentir le processus de déshumanisation qui affecte la figure humaine dès qu’elle se trouve privée de son essentielle dignité. »

© Galerie Agnès Dutko

à lire le formidable texte d’Edouard Glissant véritable réflexion sur l’histoire et la trace, la densité humaine et la matière de l’existence, secoué une fois de plus par la puissance du penseur poète, peut être dans la concision amené au plus près de sa réflexion qui se canalise dans la griffe des présences humaines sur ce qui nous reste des fureurs de cette nuit

et l’entretien sur potomitan

Oui, c’est un poème d’amour à Mycéa, oui. C’est vrai, c’est vrai! Mais je ne puise pas dans mon affect quotidien pour nourrir ma littérature. En revanche, j’essaye de remonter très loin.

Un des sous-entendus de ce que j’écris, disons de mon œuvre, un des sous-entendus c’est que avant la traite c’est-à-dire dans le pays d’Afrique d’où nous venons il s’est passé quelque chose entre les gens qui ont ensuite été déportés en particulier les Longué et les Béluse et que nous n’arrivons pas à savoir ce que c’était et que c’est cet impossible là qui crée la blessure. L’impossible de savoir ce qui s’est passé là, avant la déportation. L’impossible de revenir jusqu’à l’explication, à la source de l’explication ou l’explication de la source.

Remonter dans cette filiation d’une manière tout à fait tranquille, pas tranquille mais enfin, tout à fait sûr, on sait qu’on vient de là, etc. Je crois pas à ça. Je crois que il est plus beau d’envisager l’infini et l’illimité dans cet avant là, dans cet avant africain, que d’envisager la précision, la certitude, etc.

D’où la réalité même d’aller au delà de ces traces, griffures, zèbrage , fibrilles, biffures, fourbis (et non que je mêle Glissant à Leiris quoique les deux lignes en moi se réverbérent)  d’accéder à l’ avant, , réalité qui fut mais n’est plus, ne nous appartient plus, est demeuré en arrière et nous oblige, à devenir . dans ce devenir s’entremêle l’ incertain, du mélange,

Le trait doit, s’emparer de ce qu’il peut percevoir du passé annihilé, sacrifié, déjeté et de cette trace re naître le trait nouveau, par lequel l’être vieux se fraie un chemin dans la pluie et les griffures du présent qui demeure opaque et mystérieux,

des lianes un lignage mêlé, car accoster est aussi incertain en ce qu’il devient

D’où le tout-monde » , mot seul qui respecte l’insensé de ce qui mêle et démêle dans le respect de la source qui continue à œuvrer en secret ou en silence,  condition de l’appartenance à soi

Mais s’atteindre par delà le gouffre que dessine l’écart, que Glissant et Chamoiseau en conversation nomment la cale et que  fibrilles enserrent et remémorent, deuil mais aussi ferment de renaissance

gif fibrilles qui constituent les parois cellulaires

D’où le mythe qui peut être le point d’ancrage de l’imaginaire auquel maintenir un équilibre possible, l’image, non seulement des traces noyées ou anéanties par l’esclavage mais de ce qui comme un chant peut invoquer  la survie,

Le prolongement mêlé de ces filets des racines s’élançant aux embranchements les plus imprévus rejaillissent non ce qui se rencontre mais ce qui se recompose. Le chant se transformera, s’appuyant sur la figure mythique, de Mycéa à Jémanja, évoquera une figure à partir de laquelle se reconstituer, la figure ramène au mythe ancien (d’où l’on provient) et incorpore des éléments rappelant la réalité actuelle, se mélangeant avec d’autres apports qui sont comme les croisements de la vie, le mythe grandit, change de direction et permet à l’exilé de se retrouver des deux cotés de la rive, en avant et se devançant.

On l’entend dans la langue et la syllabique même de la langue perdue se retrouve dans la langue acquise, créolisation qui est comme la sève recueillie des arbres nouveaux,

Ces si grands arbres qui s’élèvent et agrippent le sol créant un socle et s’augmentant, dérivant dans l’aujourd’hui l’impossible à contenir.

Par ce geste renouer la trace dans un filin des jours, liant les profondeurs aux nœuds de l’expérience, invoquant les feux de l’espérance, il a du en être ainsi dans ces rituels et cérémonies qui permettaient de se renforcer en essence et guérissant de la cale ou du fouet, de la mort inéluctable, lui donnant sens ou tentant.

«Parmi les taureaux un zébu veille il mord
L’odeur d’herbe est bleue il sommeille peut-être
Il fait troupeau de ce qui va paraître.
Il ensemence dans la mangle vérité.»

© Glissant, l’intention poétique

Les expériences multiplient, s’accouplent dans le mythe qui, récit de l’abstraction parvient à attirer le néant de la négation, la mort du fond des cales ou celle de l’esprit, et par là renouveler le miracle d’exister et de la survie,

Survivance et apprivoisement de la terreur, l’impossibilité du retour joint la trace au bord de l’invisible

Expérience ultime (Dachau-)  la trace, survivance béante, lucioles de la négation.

Et vainquant la peur, le mythe fait remonter des fonds l’insondable, nos être mystique, les peaux sont confiées à la matrice, mère de l’indéfini, le vivant suit sa propre marche qui désormais gouverne, ouvert se mêlant et entremêlant, là est l’étonnement des créolisations qui rebondissent, vies, quelque chemin qu’elles prennent, dénoncent l’entrave des refus, mort, blessure, anéantissement, asservissement, viol, meurtre, amour, déchirure, punition, on ne saurait le décrire tant l’être asservi est hors d’atteinte du récit.