La chose écrite est partout

La chose écrite est partout, elle n’est pas création exclusive. L’homme s’est inspiré des rythmes pour en faire cette trace du vivant qui lui est intelligible, qui synthétise l’expérience dans cette forme haute.  La forme n’est pas formule, l’écriture est rendue au divers, simples bâtonnets et boucles comptables dont la simplicité permet de rendre compte aussi rapidement que possible toutes les manifestations de ce qui parvient jusqu’à nous. Le monde fait des événements, des descriptions des phénomènes, de suites mathématiques des statistiques des récurrences des comptes et des inventions, ce qui est écrit et chiffré est une projection du réel comme un entonnoir par où rentre l’agissant comme une projection sur grand écran dont l’ensemble semble un tableau une accumulation de régimes binaires ou mots sans résonances qui ne font que répéter la même histoire, rendent compte à l’infini. Dans cette plongée en soi d’un vertige mathématique et démesure littéraire le monde n’arrête pas de se voir reflété en lire. Pourtant l’humain est  présent et cette tentative de rendre tout semblable entre les lignes d’un agenda ou  calendrier, lignes de codes et retour à la ligne sans fin d’un journal, d’une liste qui se déplie, aucun caractère qui ne serait pas de titre, plus gros que le précédent alors que certains englobent tout jusqu’à cacher dans la liste l’énergie à cru et qui seule peut être remonte à la surface c’est ce qui est lu.

Código digital de un programa con el mundo como fondo
Esta es una imagen editada con un programa de diseño. Algunos componentes de este montaje están cedidos cortesía de la NASA y pueden encontrarse en http://visibleearth.nasa.gov/

Il n’y a plus les pages du livre qui frottent comme des symboles qui se fichent directement à notre entendement. les yeux piquent comme une seringue, des manifestations chiffrées ou lettrée déplorent l’absence du scribe ou du lecteur accroupi , il y a une injection directe de l’information au cerveau sur le message chiffré du monde, les neurones en sont pleins, sans que le corps en tant qu’entité corporelle et non statistique ne participent, jusqu’à ce que la révolte gronde, les particules de l’immense torrent du monde se poussent agglomérant autour d’elles un dessin comme une forme dont nous sommes conscient, sensibles aux échos, même si nous n’en sentons le pouls, n’en voyons que la queue, la masse, le détail, la répercussion, l’image à la tv, le plan général répété jusque dans nos vies, structures que nous répétons dans notre travail mais pire dans la cellule que nous laissons au plus proche de l’intime. Alors d’une main de maitre le calligraphe vient opposer ce qui n’est pas chiffrable qui est une poésie, une philosophie, un trait, symbole étrange profond, somme de tous nos cauchemars, répétés à l’envie comme formule partielle, forme calligraphique, graphitique, géographique, dessin primitif d’un humain stylisé qui fait peur, dont le sens nous est devenu très lointain et primitif, la sommes des coins de ce monde. Il se nourrit de nous, il se nourrit du monde. C’est pourquoi le calligraphe en a fait le dessin symbolique à l’encre par dessus le papier journal rempli des éléments anodins et traumatisant de notre monde programmé que nous ne savons plus transcrire. C’est pourquoi le calcul du génome est inexact et sa poésie problématique.

 

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Treme (3)

je ne sais pas, je parle comme on élèverait la voix, non à toi comme dans une conversation mais comme dans une conversation vers le monde ou poussé par celui-ci, ou Dieu ou quelque chose en moi qui m’échappe, non comme un monologue mais une conversation, une forme de style qui tenterait de reproduire le monde dans le non dit de la phrase, le phrasé celui-la étant une évidence partagée, l’adresse alors n’est pas tant dans ce qui se dit que dans ce qui se véhicule, souvent à l’insu mais qui est le véritable moteur, les mots alors sont importants. Ils prennent la forme de la bouche et des bras, ils en ont l’odeur.

Le poète, le chanteur, le guerrier serait alors un brodeur et il a à cœur de poursuivre l’onde qu’il sent pousser et qui le noie sous la poussée le désir, parler c’est réinventer sous toute ses formes ce qu’il ressent, sans expliciter, le débarrasse de ses scories, de toutes allusions précises, pourrait  faire paraitre le monde neuf sauf qu’il en est  la pointe, comme un vent qui souffle, le guerrier est la lance du souffle et il en est la pointe, il incarne l’esprit  s’il n’est pas un vandale. Chamoiseau appelle le guerrier de l’imaginaire, le papillon vieux est un sage de l’imaginaire, tout se résume à une veille de l’imaginaire ou n’est qu’une avant-garde du monde réel, solide et puissant et que je respire. Il envoie ses messages comme un visage ou un fleur clame une arborescence. L’ellipse car le corps est contenu en silence et tout doit être célébré.

Des jeunes costumés paradent à la suite des "indians" dans une scène de "Trreme"
Des jeunes costumés paradent à la suite des « indians » dans une scène de « Trreme »

Ce qui demeure dans la musique lorsque j’entends la trompette et parle à bout de bouche,  si précise qu’il n’est plus besoin de  préciser,  il suffit de se porter à bout de bras, tous les jours recommençant et ramenant au bord des lèvre les mots qui sont le premier fil et puis coudre, rapiécer à partir de cette même pièce, obsédé à ramener toujours ce même premier départ. C’est une antienne, les jours partent de ce premier moment du réveil et des intestins, de la plante des pieds qui veut toujours créer du nouveau toujours avec sa voix qui se ramène à quelques procédés et une envie toujours intacte qui se découvre.

back to Treme (2)

Quand les choses ne sont pas arrêtées par les limites rassurantes de la fiction, mais qu’il n’y a pas de berges pas même celles d’une chanson
https://youtu.be/tG8DNwUjw1Y

l’après Katrina, parler ou se rassembler revêt une signification désespérée et magnifique, on en vient aux mains, intimidation, respect, on rejoue la vie du jour, scande aux limites de la la ville qui pulse et les mots sont une gêne, l’émotionnel plus que jamais déborde et il suffit de regarder, sentir, ouvrir les oreilles et les costumes comme les déguisements dont la nature se pare , le monde indien est magnifié, sublimé et on pense aux oiseaux, poissons tropicaux organismes microscopiques, eux ont aussi font oublier qu’il y a un intestin et que les finalités sont de manger,  se reproduire, se fondre dans l’énergie électrique de la ville rejouant l’homme dans la ville, affleurent la pression énorme et la confrontation destructive créent de l’énergie qui se révèle lors du mardi gras. l’homme est chargé de tout ses venins quand il va parader, poussé à bout. S’additionnent à la catastrophe, à la folie des jours et la violence de ne pas parvenir à en parler. On en rit, on scande, prend une photo, pris dans la suite de ces humains de la nouvelle Orléans. Du moins c’est ce que j’en perçoit et ne s’agit il que d’un jeu très sérieux qui puise ses racines dans la vitalité et la célébration.

Et pourtant rien a changé de cette folie disruptive, cela a lien la nuit ou dans l’humidité, il faut se parer et laisser aller la parole qui scande, souvent d’un quotidien complètement en rupture, d’où la voix aigre et impatiente, la faim mais le rire et la soif de vivre, les personnages de Treme le disent bien assez, les choses sont bien plus crues et c’est comme cela qu’elle apparaissent, sans graisse, sans distance dans la nuit qui l’inverse du jour et sans cambouis

A écouter quelque chose continue à se jouer sous les masques de cet intemporel, on y négocie sa place dans le monde, armé de reconnaissance qui comme en Afrique est affirmée à la limite de la rupture et reprise en choeur, dans la longueur. Il y a de la provocation, de la revendication et de l’affirmation dans ces parades d’une nuit, et c’est pourquoi là à la Nouvelle Orléans plutot qu’ailleurs sur le territoire américain, envasé dans la semblance et la reproduction à l’infini d’un même shéma sans différenciation ni espoir, les villes de l’Est et d’ailleurs, je pense qu’elle prend une autre forme, quasi fondamentale plutôt qu’incidentale, comme celles du rap et des autres formes urbaines actuelle ou se perpétuent quand même ces tendances à la volonté de reconnaissance et de place dans la communauté, semblables à l’inscription dans des mouvements noirs tels que le Harlem renaissance et la Blaxploitation , ici la fusion entre le monde noir et amérindien avec c celui de la civilisation créole s’opère dans les détours et les renversements qui ne concourent pas vraiment à la formation d’une identité créole recomposée mais s’inspire en miroir pour formuler une réponse qui renvoie chacun à un imaginaire, à un ailleurs, à autre chose qu’au rapport de force quotidien. Y a t’il le temps d’un soir une issue à cette frustration et la misère, et même si la violence érupte,  les flots de la ville qui partagent les quartiers semble tout réunir dans un jazz ancestral, fondamentalement différent ,du moins la encore c’est ce que je perçois.

Mais il est intéressant de se reporter à l’histoire de cette pratique particulière qui dénote à la Nouvelle Orléans, de quoi s’agit il ? Une vidéo en retrace l’histoire.

 

Grands fauves, alouettes sereines

Pour moi la littérature ce n’est pas me tenir dans l’antichambre pleine de monde et plonger dans le babil mais bien plutôt me mettre à la fenêtre et être attentif aux bruits du monde qui couvent sous le brouhaha et ce glacis de l’antichambre. Ouvrir la fenêtre ou l’entrouvrir car il fait froid et il faut pénétrer dans l’intérieur des hommes, ce sas où il se dit tant de chose, qui est le clapet ou le maxillaire quand la mâchoire s’actionne et laisse échapper des filets de mots, l’odeur du dernier souffle et les souvenirs du grand air, les tensions de la lune et les moments du crissement sous la plume, rage douce qui réveille les morts. Il y a les images mais surtout ce courant d’air que fait le cerveau quand il lance ces balles, suivre la trajectoire des ailes qui va plus vite que le style, sans qu’il soit question de pensée, d’abstrait ou de vies à peines refroidies, d’analyses sociologique, de médical ou des grands fracas des paroles de tous les jour, attisées par la violence et la courte vue de devoir vivre, sans recul. Car après ce moment les livres s’endorment où sont consignées les histoires, le grand ronflement de l’auteur, le livre pour échapper au temps s’est clos et n’a pas su resté ouvert, en suspens et plus rapide que les jours.
J’entends par contre les accroches qui sifflent, les voix des thébaines qui si elles ont été lâché avec suffisamment de force ont la décision du cameraman quand tombe le mot  « action! » .

 

 Je repose le livre. Je suis noyé par des mots qui tournent en boucle. Sur eux mêmes, où la page où l’histoire. L’histoire qui est dans le livre et qui est trop loin, comme séparée de la vraie histoire, pas même encore mis en bouche et pendante, indécise, colérique et jouissive, au bout des mots de l’auteur qui vibre. L’autre, l’auteur qui est avant tout penseur et poète (Glissant) a beau ne pas être très clair, ils lâche les mots à bout de bras, les a lesté du passé et de l’avenir, les mots lâchés comme des fauves avec leur charge de dynamique, ouvrir le livre c’est s’exposer car ils sont prêt à mordre et ne sont pas bridés. Ce qui revient à dire qu’ils ont quitté leur condition de mots ils sont explosifs, chacun opposé . C’est un aspect des choses car les éléments du livre sont une accélération. Le livre possède sa propre vie et enflamme ce qu’il touche.

J’écoute la voix de Jolie Holland. Elle me dit la même chose, c’est peut être dans la voix, ou le chant, où l’accent systématiquement tordu ou c’est dans ce qu’elle ouvre, jamais certaine du présent et de ce qui se joue, il lui faut donc ouvrir, comme avec un ouvre-boite et à grand renfort d’énergie. J’ouvre une de mes voix préférée d’aujourd’hui, celle d’Ananda Devi (Pagli par exemple) sa voix, que l’on l’entends et que l’on sent comme une main, des doigts, un regard puissant, ouvre le livre comme une adresse, la voix te pose une question elle ouvre en toi un chemin, elle n’a rien d’impersonnel ni de stylistique, l’apparente poésie n’est que le contour du dessin que les mots empruntent pour aller jusqu’en toi. Sans aucune hésitation ni  prétexte , elle n’en a pas besoin, elle ouvre, inlassablement elle parle comme un tire bouchon en toi.

Cette réflexion n’a rien  d’abstrait , elle m’est venue après ou pendant que je rangeais la bibliothèque me demandant quels livres j’allais faire disparaitre. la plupart des livres racontaient une histoire terminée et fermée en boucle, une histoire bien cerclée sur le temps, un style prenant mais clos sur la narration, sans parallélisme et juxtaposition de deux ou plusieurs temps, caractères ,etc. Il fallait rentrer dans l’histoire pour y etre happé. L’histoire n’a t’elle d’autre existence qu’à l’intérieur d’elle même, pour elle-même et ne peut ‘on vivre à coté, en même temps ou malgré, comme quasiment en dehors.  Les longs poèmes-chemins d’Israel Eliraz ont cette qualité  et bien sûr les scénarios que nous propose David Simon dans the wire et treme , dont je n’ai pas fini d’explorer la magie, cette justement absence de finalité apparente qui est une qualité de ce qui ne peut finir. Comme refusant le confort intellectuel d’une chose se satisfaisant de soi et qui ne soit pas ouverte sur l’infini, ce qui bien sur est le cas, car tout, même formé, défini est malgré lui ouvert et sujet à l’infini, ce qui rend les choses difficiles si l’on veut ne pas s’éloigner de ce sentier, comme tomber sur le bas coté comme d’une falaise. Il faut être raisonnable, c’est celui de Tristram. Je veux dire qu’il faut être fou ou plutot constamment remettre la donne sur la table rien n’est jamais joué, tout continue sauf si l’on sort du jeu. On s’en sent bien mieux et la fausse prétention tombe.

Ne pas être affaire de style, ne pas se refermer sur soi ou le récit,  l’éloignement c’est peut être aussi ce suspens que j’ai recherché dans l’art, ancien ou moderne du Japon, dans cet inaccompli, boucle qui rejailli sur un vide à conquérir, arpenter, clamer car il y a de la promenade et de la feuille qui refuse de se clore dans cette vision de la poésie et du texte ouvert sur le geste de l’en soi qui s’affirme pour ou sans s’emparer. Si la fascination pour l’improvisation, le jazz dont les valeurs sont la vie elle même comme en danse le geste qui suspend l’existence, lui intime de se manifester. Le propos tenu doit fatalement en finir avec lui même pour se survivre, et je pense à la très belle réflexion de L sur la nécessité d’accoucher de ce que l’on porte, le porter déjà, et le passer ensuite comme un présent et s’en sortir grandi, sans que cela  soit contradictoire. On ne peut perpétuellement être gestation et ouvert sur l’inaccompli, de grandes joies s’ensuivent et il y faut une suite, ce rythme, celui des jours et des nuits. La page est constituée de points, de retours à la ligne mais quelque chose refuse de céder et revient continuellement sur le tapis, qu’est ce que c’est ?
Dans Treme, l’écrivain Creighton « Cray » Bernette enrage de ne pouvoir écrire avec la force de ses allocutions sur You tube, mais le livre est autre chose et l’écrivain est ancré sur l’idée que finalement la littérature demande cette maturation, que l’acte d’écrire revêt une importance que l’immédiateté n’a pas car il reste, qu’il y faut une distance (celle de presque un siècle et c’est l’inondation de 1927 qu’il veut décrire), peut t’il malgré lui être moderne et dans son temps en le couchant sur le papier. C’est avec raison et désespoir qu’il parle à ses étudiants de « the awakening » de Kate Chopin , où justement les péripéties et la succession d’épreuves n’ont d’autre finalité que de  rapprocher de l’éveil. C’est ce se passe dans toutes les histoires que ces  New-Orléanais vivent devant nous, la vie est chauffée à blanc et désespérée par la catastrophe, n’ayant rien à perdre, ils s’inventent, inventent, exige de la vie qu’elle se manifeste, comme dans le jazz et le vaudou, sans qu’il y ait d’issue ni de réponse que celle apportée à l’instant dans sa folie, dans sa bataille et sa détermination à remonter le courant.

Alors le livre doit il être clos comme témoignant d’un recul propice à l’observation et à la connaissance ou doit il être laissé dans le vif quitte à ne jamais guérir, l’accouchement doit il être perpétuel (bien sûr que non, yes , of Course L ) mais comme dans l’éveil, les phases d’accouchements successifs de l’être dans ou face au monde ne rapprochent ils pas d’une issue où ils seront comme entrenoués dans le passage. Le livre peut il se faire l’écho de ce trajet sans le fermer. Je pense à Dante, à l’Odyssée, à Ulysses de Joyce qui nient cette mise à distance et marchent au pas de ce recommencement.  Comment  s’emparer de ce perpétuum mobile, en refusant de céder face à l’écrit, qui est une autre tentative de muselage et de prise de distance. Par le truchement de la nuit, le jour ne s’ouvre que sur le jour, l’homme sur l’homme et toute prise de distance falsifie quelque chose de vif. J’aime Tristram Shandy pour cela. Et le livre quand on le reprend se met à aboyer. Reste ouvert sur soi-même perdu autour des autres sans nécessité de comprendre mais acharné à continuer.

 Treme

Atlas d’un homme inquiet

atlas« Atlas d’un homme inquiet » de Christoph Ransmayr. Le grand écrivain autrichien nous livre un bijou de livre. A la façon d’un atlas des grands voyageurs mais aussi d’une biographie en kaléidoscope, voila 70 petites histoires qui nous racontent les lieux du monde.

C’est l’histoire d’un auteur en soixante dix histoires, d’un voyageur en soixante dix lieux, de l’Antarctique à la nouvelle Zélande, une escale à l’ile de Pâques, un long moment en compagnie d’un ornithologue sur la muraille de chine, mais aussi l’Amazonie, les forêts de Sumatra, l’Autriche natale. L’écrivain, qui fut aussi ethnologue, s’arrête sur chaque lieu, chaque rencontre, il regarde et raconte, nous livre un certain état du monde, ces récits de la Terre où nous vivons font de ce livre un grand livre, couronné en 2015 par le Prix Jean Monnet de littérature européenne et le Prix du meilleur livre étranger – Catégorie « essais ». Retrouvez cette très bonne critique du magazine l’express [ici ]

Christoph Ransmayr  renoue avec la grande tradition du romantisme allemand et écrit sur les rapports de l’homme et de la nature. Entièrement tourné sur le monde, il passe le plus clair de son temps en voyage.C’est cette ouverture qui fait la richesse de son œuvre.

Pour aller plus loin :

Voir la  fiche auteur sur babélio.
l’univers de Christof Ransmayr

 

Et au dessous rugissait le volcan

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, poésie, Présence africaine)

Brèche ouverte, le surréalisme en Europe, plonger et s’initier à la glaise, strates de soi, pour Césaire  ignorer un mot c’est accepter de ne pas se connaître, redécouverte de soi dans les marges des empires qui ne sont pas l’empire, comme en Tchécoslovaquie et l’éclosion du mouvement Dada, la Grande Guerre aura tiré un trait sur le grand rêve que l’on se faisait de sa grandeur, ame, intelligence, profondeuer, elle aura ramené l’homme à la bête qui blessé tente de se redécouvrir. La civilisation naissante de masse, qui est une marchandisation extrême, le jeu à la marchande auquel jouent les pouvoir s’échangeant la menu monnaie de la vie humaine, soudainement les âmes et les cœurs sont projeté dans la grande interrogation d’être et prennent le contrepied, énorme vague de romantisme concret, vertige des profondeurs, ils cherchent un sens , accumulent et déconstruisent. A Vienne Freud et ses suivants permettent de se ressaisir des pièces d’un puzzle qui n’avait jamais été sciemment découpé, le social vivait ordonné sous le toit de l’acceptation, maison commune qui était devenue celle d’un vautour qui soudainement avait levé un voile; il était un ogre, Saturne au grand banquet. Les enfants sont perdus, ils fuient, dans la clairière au milieu d’une foret d’angoisse, de démesure, c’est un défi de désordre et de bacchanale compensatoire, qu’est-ce donc que l’homme moderne, l’accouchement dans les cieux le sperme de l’occident à la conquête quasi spatiale dans l’utérus démesuré de l’imagination.    Vienne , Paris, propagé dans les capitales  de l’Europe, plus tard au foisonnement nouveau du monde hurlant, New York et Berlin,  les déboussolés, jetés sur les routes et ne reconnaissant pas les calmes d’une campagne, émulsion jetée sur des rues sans nom , connaissent l’exil ou plutot le désirent, inventent ce nouveau brassage.

Mais, franges de l’Europe, les marges contiennent aussi  les colonies nouvelles des  métropoles, non-lieux vides, hors-lieux où l’ignare règne d’un main de maitre ne connaissant rien, ils ne reconnaissent rien et s’illusionnent, loin du charnier en jachère de ce beau mot que fut jadis Europe. Jachère, terreau, des grands révoltés de l’imaginaire portent encore en eux la grande civilisation, africaine, malgache, algérienne, certains ont été projeté dans la mosaïque inhumaine de l’esclavage et de la dépersonnalisation, ces deux voies vont se rencontrer, fructifier au contact l’un de l’autre apprenant de chacun et couvant sous les grandes fesses de l’occident qui opère sa mutation, la vérité elle aussi naissante de leur transformation. L’ordre ancien est mort ou étouffé, l’acculturation fait son œuvre, le grand pet du monde trouvera les voies créative pour reprendre la trace et l’invention magnifique d’une retrouvaille de l’être. Le tout-monde se faisait mentalement  en poésie aussi, comme un plan projet de ce que l’on pouvait percevoir du grand chambardement.

En chaque être humain, soumis à la folie d’une  dépersonnalisation, des individu  parviennent à s’extraire du grand collectif, l’âme, la psyché est sous le feu de la psychanalyse dont la grande médiation de l’expression, écrite ou orale, picturale ou culturelle se chargeait de faire table rase et était une grande projection de cette étendue formidable de la modernité et de ce qu’elle pouvait sous-entendre. A l’intérieur de ce  bouillonnement interne au monde occidental, par ailleurs en proie à une violence des  cataclysmes et à l’expansion coloniale, le surréalisme fait rage : il conteste, travaille à la refondation de l’imaginaire moderne, cherche à comprendre le lien qui agit les êtres et les choses, mosaïque sans sens du kaléidoscope et fait appel dans son exercice à des recours de l’âme qu’il appelle primitifs : le rêve, la divination, le fétichisme, le fondement animiste de l’être et de la société. La rencontre avec les dessous de l’empire ou il reconnait les propres siens, sous-vêtements cachés sous un habit noir et terne, faisant oublié le corps et la parole tue par le télex et le code grandiloquent.

sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,

réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines, aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves les profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
ceux ci qui ne se reconnaissaient plus y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier, brut des masques et plongée transversales, le mythe moderne en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité, car si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’égarement insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, oralité de nouveau magique de nouveau vivante et retrouvée libre au sein de la langue invocatoire, ferrée de rite redevenue parole ployante au vent de la trace de l’être

Certains poètes s’y consacrent.

Senghor, Césaire,  je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible pressentiment, obscur inséparable de mon être, au monde l’exil, détachement sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…) voila ce que dit la notice du livre ,

L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

voila quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel, chercheur au silence coital de la parole dans la chair de la parole, sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, esprit mutin, enveloppement entier dans cette soie qu’est le « lamba » et butin que clame la force irréductible du vrai qui ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

rabemananjara

C’est entre les seins que jute le kaki,  une voyelle est tombée de l’arbre, de la raie  la feuille plane dans la poussière et la caravane passe, cela ne fait guère de sens et pourtant la trace avance de manière si soudaine que

souvent l’envie des mots arrive et se déchaine avec l’arrivée d’un seul, d’une image, d’une sensation , d’une pensée,

l’important c’est l’ébullition, mais parfois les mots qui arrivent à l’improviste se heurtent, cette généalogie peut ne pas présenter d’intérêt mais elle éclaire sur la psychologie du quotidien, indique aussi et c’est important que les mots ne sont pas placés là par gout de l’effet et de l’envie d’écrire quelque chose de joli

l’entourloupe est complète et les vendeurs à la criée des feuilles volantes font des poèmes cirés vernis, des récit de toute la crasse qui stagne et se mêle à la tienne pendant qu’au creux du bois dans la clairière monte un cri d’oiseau ou un bêlement de chèvre, l’assurance que quelque chose s’est réveillé

mais ça la grosse meringue montée en neige

non !

le cœur humain se fie au bouchon

Ce qui est intéressant c’est  la pèche à la ligne, d’attendre que le bouchon soit agité par quelque chose de tangible, de vrai, poisson ou vieille chaussure, paquet d’algue ou est-ce’ un cadavre jeté là il y a longtemps , on ne sait pas ce qu’il y a dessous, mais on ne sait que si peu ce qui se passe que ce soit en dessus ou en dessous, ou où que ce soit

ce qui remonte nous permet de nous étoffer, de nous tenir droit, de nous retrouver, c’est donc un peu un rite qui re-raconte une vieille histoire le mot surgit,  krik krak ou sirandane kopek, n’importe quel mot, une couleur, une phrase, un modelé de la hanche ou un tissus, un regard qui frôle, ce claquement sur la peau réveille ce qui d’habitude dort dans la chaleur et le froid, reste dans les zones de l’arrière-vie sans se montrer et  laisse aller les vivants vaquer à leur illusions, aux corvées et aux arrangement pour assurer le vivre mais krik et krak et apparaît le mot

pendant que gratte le crin les cordes du violon

mais on sait bien que recouvert par nos hâtes insipides auxquelles nous ne croyons pas    , nos vies à la traîne,  ne sont que les restes de ce qui est bien vivant mais qu’il faut réveiller à chaque fois, nos êtres, une couche de poussière, convenances cris attentats recouvrent une rivière magique, en nous courent  sans qu’on y prête attention, toutes sortes d’élans, lumières d’histoires et vagues d’émotions et au dela même, comme la mer immense ou le ciel sans forme, l’être humain qui ne demande qu’à se déplier et sortir de l’armoire, pourquoi des armoires si ce n’est pour faire croire au carrés alors que c’est de musiques que nos os hantent, qui le soir s’évadent des turpitudes, enflent et d’un cri apaisant nous relie au plus haut sens de l’esprit qui dans le le corps s’incarne et s’enflamme

et c’est pour cela que nous attendons le mots, ou d’être prêt à s’en saisir, le déclic, ce peut être n’importe quoi, deux mains qui claquent et c’est l’histoire qui se déroule dans les plis des lèvres enfin libérées et le corps qui mime, la main qui s’agite, le pinceau, le tambour ou la caresse

se met à parler et se remémore ce qu’il ne sait pas encore,

car finalement cette cérémonie cèle le pacte de joie, le  vivre vivant circule entre deux peaux, resplendit dans le feu et les yeux percent et fait se perler la bouche qui intarissable et l’œil malin n’en finit pas de dire enfin ce que c’est que

de faire enfin taire le silence

mais l’homme sait qu’il lui faut retourner quelque chose en lui, sans trop savoir quoi et il fait appel à un mot,  une fibrille,  zébrage, brisée, murmure, fourbis, tout ce dire qui s’accumule, un claquement de langue

et la vie sait que sans danger elle peut se dérouler,

douce

frénétique

vraie,

enfin sur le bout de la langue et au rythme des hanches

le réel libéré l’auditoire répond heureux de l’heure de la joie, choeur, choros ou répons, écho indispensable à la parole

c’est sur eux que sont braqués les yeux à travers celui qui parle, défile et coud le fil

mais les fauteurs de troubles, les prétentieux,  les envieux et ceux qui croient au destin suprême de l’ordonnancement rationnel des mots,  à la sémantique des couleurs, ceux-la prennent ombrage et claquent tout seul la porte, disparaissent entre les murs et se tapissent sous les tables, tournent à toutes vitesse les pages des livres à la recherche du verbe sacré par lequel tout à commencé, qui régit le souffle de toute chose et ne prête pas attention au courant d’air qui déchire les feuillets, mélangent les lettres de l’alphabet recréant une langue d’avant qui te ressemble

bien sur il y a un ordonnancement mais s’il ne se recommande pas de l’invisible il n’est guère crédible, s’il émane d’une bienséance, poète de la fierté tu parles une langue comme une cravate toutes rentrée en boule dans la bouche, gesticulation attentive il veut s’assurer que la soirée soit bien le prolongement du monde de la journée,

mais ça ne nous intéresse pas ;

l’homme fatigué de la journée qu’il n’a pas convié se fie à ce mot hasardeux qui le libérera du miroir que lui tend le monde, il regarde vaguement inquiet, secoue ses os et crie krik krak ou un truc comme ça jusqu’à ce que les os et la chair vieille tombent par terre et il voit l’histoire s’élancer et comme un gosse il s’en amuse, est terrifié ou se réjouit, content d’avoir encore un fois vaincu le monde enclume que le jour lui tendait et que l’on donnait vainqueur à 100 contre un ,

lui a été visité par le mot et le grand voyage à commencé

il a vu ce mur pluvieux qui porte les traces de la pluie et des coups de butoir du soleil

il a vu le graph du zèbre

il a vu la fille et le popotin magique,  les lèvres qui lui promettent, croit il, les plus belles bouchées et s’en ai régalé d’avance

il a été traversé par un mot et s’est souvenu d’un poème , aujourd’hui, ça été les deux en même temps et il a plongé, il a fait la chasse aux virgules et les a mis dans un sac et un moment,  il a su que c’est là que se cache sa vie ou dans les grands moments de rire ou quand il partage avec tous quand  il se jette à l’eau et que la grande marée l’emporte,

il s’est vu qui  chantent tous ensemble convoquant à l’aide du mot qui leur promet que cela recommencera et que ça n’a jamais cessé et ne cessera pas.

l’inspire et le respire

Les vents de l'inspire

assis sur le banc à l’ombre, car la chaleur étouffe, car l’activité est incessante, les gens se poussent dans une frénésie que je vois comme telle mais qu’ils appellent à eux, se rassemblant et s’agglutinant pour encore augmenter la vitesse jusqu’à n’en plus tenir, on est sans voix

Yuki Tawada, photographie

le tournis

j’ai le tournis

il me faut m’arrêter et construire un espace, un socle hors de toute causalité qui me permette de regarder à l’abris du tourbillon, pour peut être écrire, une calligraphie déstabilise la répétition ou simplement laisser aller l’esprit, comme une échappée

écrire, là, se serait pouvoir poser les mots

les mots ont besoin de cet espace pour ouvrir à une dimension qui leur est propre ce qui jusque là se pousse

ils obéissent à leur pulsion de pensée car c’est le seul ordre qu’ils entrevoient ou que peut être ils ne s’entrevoient plus sans cet ordre, nécessaire dans cette résurgence…

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IKKO NARAHARA

La photographie japonaise, faut il parler d’image? Lorsque je regarde une photographie japonaise, qu’est ce que je vois ? Qu’est ce que je vois en plus de voir, où le photographe m’emmène t’il , bien sûr, réfléchir sur l’image nous entrainerait bien loin, et puis il faut rester ouvert à la surprise et l’étonnement, il y- a d’ailleurs de cela, et puis il y a là où je vais, ce que je touche, la matière et la texture, le grain du papier, le noir, le blanc, les gris, la narration et la sensation, au delà bien sûr de l’effet d’exotisme.  L’encre et le pinceau, a t’il eu une influence sur le photographe, l’ombre et la lumière, comment voir, acceptons le voyage.

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 IKKO NARAHARA, né en 1931 dans la Préfecture de Fukuoka, fit ses début vers la fin des années cinquante où il fut Cofondateur de l’agence photographique VIVO avec Shomei Tomatsu, Eikoh Hosoe, Kikuji Kawada, et d’autres.

Il s’est particulièrement intéressé à des personnes en situation d’isolement ou d’enfermement (prisons, enceintes comme celles des monastères des gares, cages d’escalier qui finalement révèlent bien une certaine modernité. Il tenta de créer un « documentaire personnel » et aspira à révéler « un processus qui mette à nu la forme intérieure par la peinture exacte de l’environnement extérieur » selon ces propres mots. En équilibre d’après Priska Pasquer entre description et abstraction et et objectivité et narration personnelle. Elle parle à son sujet de picture essays , ce qui illustre bien le caractère abstrait et narratif que ces photos revêtent, dépassant largement le simple documentaire. Et ceci même si l’aspect documentaire sociologique d’un monde en mutation, celui du Japon d’après guerre face à des défis de taille, l’industrie, le nucléaire, ancre son œuvre.
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Le photographe fut intéressé par l’occident et sa philosophie, comme le furent beaucoup d’artistes japonais du siècle, sans doute anxieux de se rapprocher de ce qui faisait l’époque et avides de comprendre, d’apprendre, cette philosophie qui imprègne la modernité dont l’occident était un moteur dans les années soixante. Mais cet éloignement, ces séjours à l’étranger et surtout son retour au Japon lui furent bénéfique, retour par une conscience aigu de la particularité japonaise, décalée ou enrichie par un regard renouvelé, comme le fut celui de Soseki en son temps. Comme il le dira lui même au cours d’un voyage dans l’Ouest américain, le japonais ne sait plus très bien si le monde où il voyage est encore la terre ou autre chose. Peut on prendre ces propos comme métaphore d’un temps où l’homme doit faire le grand écart pour s’y retrouver. Le photographe est les deux pieds dans son temps mais tente peut être de l’annihiler (le résoudre ?) en un non temps ?
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Le temps y semble arrêté, l’espace se resserrer sur les personnages, délimités ou fondu par l’ombre, le clair obscur, le blanc. La photographie est un tout à l’écoute de vies qui se résument.
Peut être cette perception du temps si japonaise, zen et épuré, est celle d’un temps sans temps. Cette fiction d’un temps arrêté est en tout cas centrale et son travail aux États-Unis dans les années soixante dix exprime cet suspension dans la photographie. Que révèle cette obsession ou cette conscience aigu de quelque chose d’arrêté dans l’image ? Qu’en est il de ce regard et que libère t’il ? Peut on y voir ce vide dont parlent les peintres chinois et qui préexiste à toute image, celle-ci advenant dans ce curieux espace sans fin, matérialisé et pourtant sans consistance, autre que de son regard, fatigue de l’œil ou de l’esprit, étendue nécessaire ? S’agit il comme le dit Priska Pasquer d’une disparition du temps dans un espace mystique ? l’espace joue ici avec ses flous et ces clairs obscur un rôle déterminant comme une enveloppe de la chair des vies. Les prolongeant, les faisant sienne, ou inversement.
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Univers poétique et surréaliste, contours humains qui s’estompent ou se fondent, se transforment en un autre espace, comme ce damier de la ville ou l’homme est une pièce, regard perdu qui interroge. Présence qui interroge, univers démesuré. A regarder les œuvres d’Ikko Naharara, une sentiment étrange que la question plastique renvoie à une posture de l’existant qui traverse l’espace et se positionne.  Qu’est ce que le regard perçoit et ne perçoit pas, qu’elle en est la traduction en termes picturaux, l’abstraction dont il est question est interrogatif. Cette sensation de questionnement par la photographie est rendue plus forte par le décalage, position entre deux mondes qui révèle par les éléments qui font l’image mais aussi par le grain et la matière, une incertitude existentielle.
imageDe son aveu même, le photographe fait des photos qui ont été coupées en forme circulaire. Il les fait pour retranscrire le centre du cercle rond de l’image projetée par l’objectif :

« Ce que vous voyez dans le viseur d’un appareil photo est seulement – excepté les objectifs circulaires de fisheye – le secteur pointu et carré qui a été coupé du centre du cercle rond de l’image projeté par l’objectif de l’appareil photo. De même, toute l’image que nous voyons avec nos yeux est également projetée comme cercle. Le centre est brusquement au foyer, alors que la périphérie plus indistincte que notre vision, a le travail de percevoir l’espace et le mouvement visuel dans lui. Quand on pousse l’obturateur d’un appareil photo, il me semble probable qu’on emploie son propre corps pour reconstituer la perception périphérique latente entourant le secteur limité dans le viseur. Et c’est à ça que les photographes se réfèrent en tant que « sens spatial ». »

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Selected Publications:
Where Time Has Stopped. Tokyo 1967
Espana Grand Tarde. Japan 1969
Japanesque. Tokyo 1970
Celebration of Life. Tokyo 1972
Where Time Has Vanished. Tokyo 1975
Domains (Ôkoku). Tokyo 1978
Venice – Nightscapes. Tokyo 1985
Human Land. Tokyo 1987
Tokyo, the ‘50s. Tokyo 1996
Stateless Land – 1954. Tokyo 2004