lingua franca (ou comment s’en débarrasser)

Sœur sueur sort  – de ta photo à la rivière qui semble rire- tout est traduction – tout est voyage , que l’on accepte de faire

Mais mieux que le voyage et comment voyage t’on , à dos d’âne ou en espadrilles, c’est le moment où l’on s’engage dans la palabre, la parole frictionne des langues et que jaillisse l’étincelle et que naisse le feu que commence le voyage qui compte les voyages, un voyage tissé tissus de relation qui transforme fil à fil face à face et prend son compte à l’expérience,  frontière ou dépassement au déplacement à la transformation née de la fréquentation – comme on dit d’une relation amoureuse qu’elle transforme, le Un faisant long feu dans le couple ou quand s’embrase la fréquentation laisse des incises, traces que laisse incurve le sens que l’on va de soi à sa direction, les rives de son lit, pour reprendre fleuve qui va et méandre d’affluent, piment repose et témoigne infiltration faisant naître des jardins invisibles comme ainsi dans la langue qui agglutine comme le sait l’écrivain qui lit traduit ; se projette dans ce qu’il (a)perçoit s’il aime  ; Gozo encore dans le poème : « écrire pour fabriquer une fenêtre … »

pour peu que l’écrivain se lève, et marche – serre une main fronce les sourcils écoute parle et se mette à traduire puis étonné à écrire, rassemblant non dans un collage mais d’une main sure éblouissant …

Angèle Etoundi Essamba
Angèle Etoundi Essamba

Et si j’en juge par les sonorités que je ressens – la poésie est à ressentir, de même l’écriture est sort, j’entends sortilège de même les arts sont à ressentir, investir, se distillent, s’instillent, fécondant, pollen libre en sédiment une fois alors qu’il n’était que particule en train se déposant faisant socle et bienfaisant à l’air de ce qui ne s’émet pas en frontière de langue mais imprononçable écrire le permet , gazouillis pistils – tout est prétexte à Eros à copulation, le mot choque pourtant le vent et l’air et le sillon vague la terre le transporte dans une contraction expulse ou conserve la graine, contient le mouvement vague encore qui ouvre l’eau qui ouvre la bouche et prononce quand taire se tue, proximité et attouchement, que dire de toi à moi quand l’enlacement est à son comble et que s’oublie deux mentons [nod] deux crochet disent la difficulté d’accoler deux langues trois quatre une foison et pourtant tout se bouscule et l’on en choisit une,  deux lèvres aimeraient bien s’embrasser et s’entasser est-ce déjà fort d’un empilement parler d’une voix une torchère du multiple, voisine, est-ce envisager le raffia que toute vie ramène Le Fil conducteur 3 ,1998/un janussaire, sans jeu de mots deux visages fomentent un mauvais coup, s’associent quand dans l’instant ont entrevus la possibilité de s’augmenter, d’aller hésitant vers le pressentiment, se dissolvent dans l’échancrure de la fibre éclatée un seul visage ce pendant ou s’emportent ou bien est ce dans la rencontre, la mise en relation quelque chose a abouché deux corps qui ne sont pas là mais rappelons nous les mouvements migratoires innombrables marées et pelletées creux une termitière contient beaucoup d’étages de la cabine du découvreur emportant dans ses cales des plants exotiques et semant ou laissant s’échapper ou est-ce les écœurements poches des esclaves la traversés où écrasés sous les roues d’un airplane la négation de la liberté de circuler sans passeport et sans ticket les clandestins sont parqués mais parlent un mot à rencontre un autre quand dans ce grand marché la transaction des corps n’en font qu’un langua-franca des vêtement à l’étal épices sur le potager la cuisine est là pour que l’on touille et saupoudrer finement pilée tombent l’arôme se dégage on perçoit une infinité de sens au journaliste on répond un blabla sans trop de rapport avec l’excitation et la joie des papilles quand le fleuve charrie t’as trouvé repu s’est attouché le hasard – d’un froissement une aile ou une feuille le vent taillade est un mouvement elliptique du doigt par de la voix à peine perceptible et déjà transformé de rire  de pleurer ou de crier avec l’autre tous les dessous les haillons de l’histoire sont alors trempés mais présents, on froisse ou crisse, pinaille bu le sang coule d’être fraternel ou de mourir à la catastrophe de l’autre, l’intouchable n’est que fiction un simple contact à changé la course et surtout sans le savoir quand oscille la chevauché ou la marche le JE complaisant écroule.

Angèle Etoundi Essamba
Angèle Etoundi Essamba
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ce qui nous reste des fureurs de cette nuit (- les sources

« En s’affrontant à la mémoire de ce terrible événement, avec toute la pudeur et la subtilité qui conviennent, Patrice-Flora Praxo vise moins à représenter l’insoutenable qu’à donner à voir et à ressentir le processus de déshumanisation qui affecte la figure humaine dès qu’elle se trouve privée de son essentielle dignité. »

© Galerie Agnès Dutko

à lire le formidable texte d’Edouard Glissant véritable réflexion sur l’histoire et la trace, la densité humaine et la matière de l’existence, secoué une fois de plus par la puissance du penseur poète, peut être dans la concision amené au plus près de sa réflexion qui se canalise dans la griffe des présences humaines sur ce qui nous reste des fureurs de cette nuit

et l’entretien sur potomitan

Oui, c’est un poème d’amour à Mycéa, oui. C’est vrai, c’est vrai! Mais je ne puise pas dans mon affect quotidien pour nourrir ma littérature. En revanche, j’essaye de remonter très loin.

Un des sous-entendus de ce que j’écris, disons de mon œuvre, un des sous-entendus c’est que avant la traite c’est-à-dire dans le pays d’Afrique d’où nous venons il s’est passé quelque chose entre les gens qui ont ensuite été déportés en particulier les Longué et les Béluse et que nous n’arrivons pas à savoir ce que c’était et que c’est cet impossible là qui crée la blessure. L’impossible de savoir ce qui s’est passé là, avant la déportation. L’impossible de revenir jusqu’à l’explication, à la source de l’explication ou l’explication de la source.

Remonter dans cette filiation d’une manière tout à fait tranquille, pas tranquille mais enfin, tout à fait sûr, on sait qu’on vient de là, etc. Je crois pas à ça. Je crois que il est plus beau d’envisager l’infini et l’illimité dans cet avant là, dans cet avant africain, que d’envisager la précision, la certitude, etc.

D’où la réalité même d’aller au delà de ces traces, griffures, zèbrage , fibrilles, biffures, fourbis (et non que je mêle Glissant à Leiris quoique les deux lignes en moi se réverbérent)  d’accéder à l’ avant, , réalité qui fut mais n’est plus, ne nous appartient plus, est demeuré en arrière et nous oblige, à devenir . dans ce devenir s’entremêle l’ incertain, du mélange,

Le trait doit, s’emparer de ce qu’il peut percevoir du passé annihilé, sacrifié, déjeté et de cette trace re naître le trait nouveau, par lequel l’être vieux se fraie un chemin dans la pluie et les griffures du présent qui demeure opaque et mystérieux,

des lianes un lignage mêlé, car accoster est aussi incertain en ce qu’il devient

D’où le tout-monde » , mot seul qui respecte l’insensé de ce qui mêle et démêle dans le respect de la source qui continue à œuvrer en secret ou en silence,  condition de l’appartenance à soi

Mais s’atteindre par delà le gouffre que dessine l’écart, que Glissant et Chamoiseau en conversation nomment la cale et que  fibrilles enserrent et remémorent, deuil mais aussi ferment de renaissance

gif fibrilles qui constituent les parois cellulaires

D’où le mythe qui peut être le point d’ancrage de l’imaginaire auquel maintenir un équilibre possible, l’image, non seulement des traces noyées ou anéanties par l’esclavage mais de ce qui comme un chant peut invoquer  la survie,

Le prolongement mêlé de ces filets des racines s’élançant aux embranchements les plus imprévus rejaillissent non ce qui se rencontre mais ce qui se recompose. Le chant se transformera, s’appuyant sur la figure mythique, de Mycéa à Jémanja, évoquera une figure à partir de laquelle se reconstituer, la figure ramène au mythe ancien (d’où l’on provient) et incorpore des éléments rappelant la réalité actuelle, se mélangeant avec d’autres apports qui sont comme les croisements de la vie, le mythe grandit, change de direction et permet à l’exilé de se retrouver des deux cotés de la rive, en avant et se devançant.

On l’entend dans la langue et la syllabique même de la langue perdue se retrouve dans la langue acquise, créolisation qui est comme la sève recueillie des arbres nouveaux,

Ces si grands arbres qui s’élèvent et agrippent le sol créant un socle et s’augmentant, dérivant dans l’aujourd’hui l’impossible à contenir.

Par ce geste renouer la trace dans un filin des jours, liant les profondeurs aux nœuds de l’expérience, invoquant les feux de l’espérance, il a du en être ainsi dans ces rituels et cérémonies qui permettaient de se renforcer en essence et guérissant de la cale ou du fouet, de la mort inéluctable, lui donnant sens ou tentant.

«Parmi les taureaux un zébu veille il mord
L’odeur d’herbe est bleue il sommeille peut-être
Il fait troupeau de ce qui va paraître.
Il ensemence dans la mangle vérité.»

© Glissant, l’intention poétique

Les expériences multiplient, s’accouplent dans le mythe qui, récit de l’abstraction parvient à attirer le néant de la négation, la mort du fond des cales ou celle de l’esprit, et par là renouveler le miracle d’exister et de la survie,

Survivance et apprivoisement de la terreur, l’impossibilité du retour joint la trace au bord de l’invisible

Expérience ultime (Dachau-)  la trace, survivance béante, lucioles de la négation.

Et vainquant la peur, le mythe fait remonter des fonds l’insondable, nos être mystique, les peaux sont confiées à la matrice, mère de l’indéfini, le vivant suit sa propre marche qui désormais gouverne, ouvert se mêlant et entremêlant, là est l’étonnement des créolisations qui rebondissent, vies, quelque chemin qu’elles prennent, dénoncent l’entrave des refus, mort, blessure, anéantissement, asservissement, viol, meurtre, amour, déchirure, punition, on ne saurait le décrire tant l’être asservi est hors d’atteinte du récit.

Utopia ici

et comme en clin d’œil à Utopia (lui même renvoyant peut être à ce lieu du désert ou Emily Kngwarreye s’empare de la souffrance  en milieu désorienté et répare, où la vie blessée se réinvente, où l’immémorial se mêle à et démêle le présent, l’emmêlant d’ Utopia i-mémoire, à ronger le présent et préparer l’esprit à se survivre en confrontant le socle de la modernité, là où les mégapoles,

célèbrent la vanité comme nouveau genre, modernité insensé des anciennes vanités, où le crane mystique est remplacé par les signes reflet du commercial ambiant, la situation prévaut et  l’aborigène s’empare du concept et l’emplie de sens.

comme un clin d’œil à « la mémoire des esclavages »  dont Édouard Glissant a été un chantre et qui désormais mémoire bien ancrée et défendue, figures blanches sacrifiées dressées vers l’océan, l’eau dont elle parle, l’eau de mort de la traversée que l’inscription dans la langue de la mémoire, c’est le travail de l’opaque poésie, giacométisation comme créolisation, sculpture de l’humain dans la souffrance du bloc pour aborder le siècle comme un nouveau départ, non comme un retour mais une continuation permettant de laisser les fers défaits les corps et l’esprit  devenir moins lourd,

l’opacité gagnée au tremblement se laisse aller à la nécessaire utopie, ailes de papillon joignant les bords d’un présent d’incertitude, Fukushima est peut être le battement d’aile que Bonnard  entrevoyait , ou bien les couleurs sont elles à venir ? le peintre reprend les pinceaux et déterminé à incarner, soudain, les emplit de couleur – mais d’abord le blanc, le blanc comme impossibilité de se servir du noir trop proche, trop connoté, le blanc me renvoie au spectre de hantise,

la couleur démenti par le sourire viendra plus tard

Édouard Glissant – des attracteurs étranges

et comme un clin d’œil cette jeunesse arpente les « traces » écho aux fastes et chaos invoqué par Edouard Glissant, elle insiste sur les traces car on vit sur les traces, traces qui sont empreintes, restes et mémoire de ce qui fut vie, geste et souffrance qui se retrouve dans le quotidien antillais, même enfoui ou revécu sous d’autres formes, comme un recommencement dont il faut guérir,  les peintures de Patrice-Flora Praxo ramène aux lieu des « Abymes » de l’indicible, semblent tisser des liens le long des déchirements que la civilisation occidentales s’est infligé, a infligé à l’autre, à la peau noire pourtant nommée couleur donc puits de vie, des esclavages dont la jeunesse tente de refleurir la part d’elle même laissée là d’où l’on ne revient pas ou mal ,

Édouard glissant dit « Il faudrait une peinture réaliste pour montrer le gouffre… »

la peinture dit ce poids tout comme les livres « tout-monde, « Mahagony » et d’autres ont tenté de le dire.  L’esclavage après un bras de fer avec la bonne conscience blanche est finalement reconnu crime contre l’humanité, la colonisation n’est pas un bienfait qui aurait apporté la connaissance mais une déchirure, l’humanité tente de gué&rir d’une part d’elle même  – les holocaustes, mot poli pour dire le massacre, la peinture reçoit, tout comme la littérature,  (Césaire, Fanon, Glissant ont ramené à la surface ce qui stagnait dans l’âme intranquille, la fracture présence malgré le calme apparent, malgré la surface apparemment joyeuse, la volonté et la poussée tropicale, les chants de biguine ou calypso, zouk qui cachent la cassure mais maintiennent ouverte la force de vie, le bel air qu’ils célèbrent, que je vois dans la vitalité de qui sait l’anéantissement et heureux d’en être revenu, la force tatouée dans les plis de l’âme, qui dit pli dit envers et endroit qui finalement forment un tout vibrant dans le sourire de terre, l’obstination  inscrite profondément dans les rythmes sacrés, rappel du vital que les mains et les pieds revenant d’Afrique célèbrent, gwoka, samba, condamblé,  les échos semblent vouloir disperser l’entassement, la négation d »être quand la mort est préférable quand René Depestre dit que le zombi, image de mort vivant hante la condition.

© photo Patrice-Flora Praxo

Mais l’œil ne cligne plus et le peintre comme le poète pour résister au crime quand Celan dans la langue du crime finit et relance la poésie et que le peintre Zoran Music dessine les traits d’un voile jeté par les camps sur la mort ; la peintre antillaise les rejoint, supporte le poids pour traverser le gouffre, se libérer et se révéler en vie, colorée de nouveau, couleur que je trouve de la plus belle peau.

une pensée me vient, que loin d’éclipser la force tragique du tableau, la beauté rayonnante conquise sur la souffrance vient se superposer à la hantise et donne une direction nouvelle qui veut … être ? quoiqu’elle vienne de là, et malgré le poids, elle n’y est déjà plus et a rejoint le présent de celle qui en ce moment même est et  vie.

c’est réparer la souffrance toujours présente, même indistinctement chez les jeunes générations qui n’ont pas connu l’esclavage, mais comme dans « humus » de Fabienne Kanor, qu’elle évoque comme une figure importante du panorama créole, qui a cessé d’être créole pour être de ce temps, revivant la meurtrissure du passé voulant peut être rallier le lieux et les êtres d’avant avant que d’être là où les différences n’ont plus cours et que seuls demeurent les lieux où l’on se trouve , qui ne sont qu’à vivre, assurément pas intrus, en espérant que d’autres n’en entament pas la conquête,

il n’est d’autre solution que le Tout-monde et les traces des corps sur le tableau entasse un surplus à vivre, grave le support des arrachement qui sanglants encore affirment qu’il n’y a plus de là ni  de quand ni de lieu ;  le eux de chacun se résume à eux de ceux qui sortent de ses traces, humains dont les vies brisées giclent du mélange pigmentaire que la toile recueille , que l’on trace sur le sable et que le vent emporte chargé d’énergie de ceux qui tentent,

en attendant la jeunesse s’en empare, réactualise la mémoire et la tisse aux fibres les plus communes de la vie contemporaine, cinéma ou photographie, d’aujourd’hui le temps plonge ou chevauche le récit des ancêtres, trou béant et déchirure faite à l’humanité et que Glissant convoque dans son intuition et que l’on voit rêver assis sur le rivage à sa résolution, qu’il voudrait voir vivre et sortir de la brume, il y faut du réalisme pour franchir le gouffre .

elle dirait mettre sur pause, car le définitif est du domaine du sacré, preuve que ceux qui ont précédés ne sont pas loin,  pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le siècle et tout ce qu’il recouvre de l’éphémère en ligne de mire, du présent que l’on veut vivre que le parcours de Patrice-Flora Praxo est important, elle nous ramène le siècle comme une trace venue de loin.

© photo Patrice-Flora Praxo

à lire l’article et interview de Patrice-Flora Praxo sur www.fxgpariscaraibe.com et le catalogue sur calaméo

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Et en hommage à Édouard Glissant, Agnès b.

 Utopia en lien cette touchante vidéo, loin des conférences figées mais teintée d’amitié, l’homme Glissant nous parle, enfants que nous sommes et croyant être les maîtres

Edouard Glissant chez Agnès b., news du tout-monde

La pensée du tremblement, c’est une pensée où on peut perdre du temps à chercher, … qui nous permet d’être en contact avec le monde et les peuples …

Utopia , quand les mots nous manquent, où est-ce le monde ? qui nous manque ce qui nous manque , nous , manque , Utupie ! on ne peut que l’imaginer et ce que cela produirait, comment le monde nous serait plus proche et serait le tout-monde

C’est peut être aussi et nous n’en avons pas le droit , que nous manquons au monde ; et nous avons le devoir d’imaginer comment y parvenir, liberté ?

Au delà des systèmes il faut trouver par soi-même, car les civilisation occidentales ne nous y mènent pas ou nous font retourner à une pensée unique,  pensée de système, alors qu’il la faudrait multiple, relationnelle  plutôt que pensée un instinct, une intuition du monde que la pensée de système ne nous procure pas

L’humanité, la reconnaitre,  nous sauve de la domination, nous aide par l’imagination à rejoindre l’autre en se  trouvant soi-même tel peut être que jamais l’identité close ne nous l’avait permis.

l’ici qui marche dans l’ailleurs

Mais pourquoi raisonner uniquement en terme de territoire, d’identité de corps, vassalité et communauté ?

quid de l’esprit comme des courants qui ne sont pas que marins ou mammifères, s’inscrivent dans une mathématique, aussi surement que le soleil brille les aléas aimantent les affinités et gravitent, les pôles de nos circulations intérieures sont en mouvance, attirés les uns vers les autres selon des itinéraires qui doivent rester secret, rivés aux affinités déployant des attractions

loin en apparence, les corps ne cessent de s’alimenter l’un l’autre, de se bécoter en aller retours, le grand vide est un champs magnétique où les dérives en veulent aux rives, imperceptiblement se fondent dans un même esprit même si immobile en apparence, un fil à linge qui au jour semble relier les maisons comme les voix des commérages de la rue et ce de rues en rues descendant vers le port mélange de la lessive à la nuit et au large les voiles des navires

mouvement en forme de fleur, aquarelle de Lamber Sav 1997

Edouard Glissant : un champs d’îles, la terre inquiète, est-ce cela qu’il à voulu dire ? les êtres sur la terre sont en constant soucis de correspondance, déplacement hors de la place dans le mouvement et le temps, de façon récurrente ou par accident pour susciter la fécondation

ainsi fait le vent ou la grand marée sous le repiquage de la lune

dans les trajets en dessous tout bouge et se rejoint, se déplace dans quel soucis, déposer les oeufs là à des milliers de lieues plutot que sur place bénéficie t’il à la grande circulation,

photo Vasil Qesari , Lisboa

ils échangent l’esprit comme ils mêlent les salives, le mouvement aide à l’éclosion et la posture statique ne fait que tromper l’incompatible pendant que la vitesse joint les bouts

et patchwork, les proximités sont trajets de bouts en bouts

des iles que nous sommes tous ou quelques uns, coques de noix naviguant de là en là où le monde ne va pas ? le monde des masses continentales est percé des veines qui irriguent et créent des voies établissant là aussi un réseau de correspondances, et on voit de îles couver un continent, maillage des chaumières circonvenir à une forteresse

sailing away (photo inconnu)

le monde n’est pas ce qu’il parait, si solide ou liquide et dans ces états des correspondances, attractions, répulsions, émulsion, révulsion et si on y parle toutes les langues, si le filet entre les mailles touche à l’émotion, les bouches s’abouchent et sexe de femme en fleur éclosent, dans les yeux le fluide courant qui zèbre l’univers

un socle de terre traversé des mille faisceaux est comparable à l’archipel et , l’esprit en pluie fines gouttes scintillant d’arc en ciel porte et préjuge des transports, la matière en mouvement

bouillonnant  des alliances.

seul dans le flot en même temps que tous


constamment il est fait référence au choeur, le plus qu’un, la famille, qui symbolise le groupe, l’ethnie, l’appartenance

l’un cesse d’être un pour se retrouvé augmenté d’une parenté charpentée, d’une ascendance, fut elle en rhyzome, fut elle mythique ou choisie, fut elle une charge asphyxiante

confusion aussi

ou bien est t’on pris dans une toile immense, d’où l’être aveuglé tente de se sortir, de prouver qu’il existe bel et bien malgré le monde qui comme une obsession le maintient enserré dans l’infiniment multiple, coercitif et constitutif

vain de se penser hors des trajets et des rejets, pour accéder à l’un, vers l’indéfini,

pourtant le chœur ne cesse de répéter la même phrase qui inlassablement gonfle, se détache de l’ensemble et revient au point de départ suivant en cela les rythmes primordiaux, association du vivant, analogies et rites pour que renaisse la phrase

la vie est un effort pour que les lignes se surajoutent, continuation de la précédente,

stoppons là,

pour que le point ne s’en sorte pas

tout seul

imaginons un point tout seul

observons le

.

même à la ramener au un tant cherché qui inclue tous les uns qui de fait ne sont plus un

or on a pour habitude de penser qu’il est préférable de se recréer dans un ensemble où se refléter, se relier, se recréer, sur d’autres bases

qu’elles soient reconnues comme telles, on peut parler d’affinité,

ou pas, ce sont alors meurtrissures et attachements subis,

perditions

acceptation

et danser pour rappeler à soi le beau corps

échapper au néant, si cela est possible, résorbé dans la relation, duelle, charnelle, parentelle, ventouse de l’être au monde, même parasite, asservissement, accouplement, accouchement, illusion de la continuation et cela même si elle semble impossible.

l’homme seul crie à l’abandon mais le cri se perd

mais le chant est beau car le chant est oubli en même temps que remémoration, c’est pour cela qu’il est bon de chanter

portant à ébullition l’utopie qui permet  de se réinventer au monde par la participation

mot clé qui permet d’inventer une inscription dans l’inaccompli,
car même sans peuple, même dans une cohue on ne peut imaginer un homme sans peuple, et dans les cas où l’homme est sevré, rompu de ses racines, rejeté au néant, il retombe inévitablement le cul sur ses fesses, aïe ça fait mal, et peut être même sur un congénère comme cela arrive si souvent, en tout cas sur le sol et une pierre, preuve irréfutable de sa constitution dans le réel, qu’il en aperçoive le bout ou non, et ce dès le début de son existence, isolé, l’homme ne l’est pas et un regard à ces pieds suffit à l’en convaincre

les noyés sont nombreux, peuples invisibles, même si l’homme d’exil est un homme sans peuple

il peut aussi se vouer à l’idée d’exil et ne jamais trouver prise

mais le prétexte de la rupture, de la cassure,  si elle induit une errance et l’acceptation d’une perte de repère, ramène forcément l’homme désorienté à la conduite des flots, des courants pour reprendre l’image, à une réorientation dans les flux du monde, redonner un ordre à la succession incohérente des points et des lignes, à plat tomber dans cet angle est se laisser pousser, prélude à une reconstruction plutôt qu’à une noyade, quoique vivre soit se sauver indéfiniment d’un naufrage et ce en se sauvant, s »inventer

seul dans le flot et en même temps que tous.

portant comme un flamboiement témoignage même à la marge de sa parenté.

universel ?


en rebond à l’article de Gérard Larnac sur Poétaille que je cite :

L’Universalisme est sous le coup d’une double naissance : expansion globalisante du même à l’exclusion d’un tout autre qu’il s’agit systématiquement de nier, et dans ce cas totalitarisme au sens strict du terme ; trame unique de toutes les diversités assemblées, dans l’écoute, le respect et le partage – et l’invention d’une table commune.

La pensée de Glissant condamne l’universalisme comme un héritage des pensées globalisantes, qui, soit à l’aube de l’occident et de quelques autres civilisations à racine unique, impériales et totalisantes, soit à l’époque de notre « Renaissance » et c’est ce qui a permis à la science telle que nous la connaissons de pouvoir prendre le contrôle, elle pouvait avoir raison et je pense à Galilée mais ce n’est finalement qu’un regard qui, pour pouvoir penser le monde à besoin de s’en saisir comme d’un objet fini ou du moins « défini », il en résulte que l’univers obéit aux mêmes règles communes à tous. Valables pour tous , or en fait la pensée du monde est en accord avec la façon que l’on a de le vivre, y a t’il une vérité ou est ce question de point de vue, de vie .

Les secousses politiques et pratiques de cette pensée sont impérialistes. les grands empires occidentaux ont la main mise sur les mondes, pluriels, et c’est cette diversité qui rend la vie si étonnante, la conquête se fait aussi par l’emprise sur des systèmes de pensée comment les peuples pensent ils ?  les peuples pensent, leur vie sur terre et il émane une tentative d’élucidation, une hypothèse qui fonde la vie qui sera civilisation, l’occident en se lançant dans les mondes brise ces élans car même dans le cas d’une tentative de compréhension il y a préhension, la pensée de l’autre est asservie,  détruite pour être assimilée.  Les fondements de ces pensées ne sont pas compris, la diversité non relationnelle commence à faire des dégâts.

Edouard Glissant

Car  l’univers entier apparaît il de la même manière à tous ou est il dépendant d’une vision? d’une hypothèse à vivre , voyons nous tous que ce que nous voyons ? les différences ne sont elles pas au coeur même de l’être humain et de sa présence, et l’interpréter, n ‘est ce pas déja un début, non seulement de trahison mais de destruction. Il m’a toujours semblé impossible d’aller vers ces autres peuples en ayant ma propre proposition, définition, langue et habitudes,  et , c’est s’imposer soi à l’autre, anthropophagie et non pas anthropologie, l’ethnologie est condamnée. Seule la poésie et ce qu’elle suppose, l’intention poétique de Glissant mais aussi intuition, par laquelle on réussi à s’imprégner, à se prendre à l’autre, l’écoute, l’attention, et même comme le fait ressortir Ségalen, la présence de l’étranger, de soi dans l’autre lieu fait déjà basculer le monde, lire Nicolas Bouvier c’est s’en convaincre , mais alors ?

Il serait intéressant de se pencher sur l’histoire de la notion d’universalisme, de sa présence dans l’histoire, des temps anciens aux notres, il faudrait être philosophe, ou historien : l’idée que nous procédons tous d’une ligne unique et donc que nous pouvons être ramenés au même est combattu par Edouard Glissant .

Le penseur de la créolité en sent bien les dangers, et surtout l’inanité, car si sa pensée mène à la créolité, idée fabuleuse mais pragmatique, car à un point de l’histoire, il n’est pas de retour possible et surtout JE suis le produit de la diversité, dès lors comment me penser en dehors de notions d’ordre « rhyzomique » ou relationnel, et non comme le fait l’occident en en appelant à l’universel et à la pensée unique, idée qui le renvoie surtout à lui-même mais qui est désespérée, elle ne résiste pas au fait et aux conséquences du monde d’aujourd’hui.

La pensée créole est de tous les créoles (superbe article de Maxette Olson à lire ici ou sur potomitan  ) mais se pense dans un temps, les conditions de son avènement, et un lieu, qui peut être multiple ou étendu, ce point du lieu qui articule la pensée de Glissant est un point délicat, des auteurs comme le réunionnais Carpanin Marimoutou étendent le concept de créolité à l’outre-caraïbe et même s’il se sent plus proche de Glissant que des autres penseurs créoles, semble indiquer qu’il y a un développement possible, même nécessaire. C’est la définition même de la créolité de Glissant que d’échapper à ce qui le restreint puisqu’il est le contraire et est en devenir de vivre, la vie en mouvement, se construisant elle même et donc échappant.

Zoran MUSIC serie bizantina

Nous souffrons de strabisme, et nous pensons que chacun est plongé dans le même monde par les mêmes yeux que nous,les choses se ramenant à ce que nous croyons être, de manière scientifique ou aveugle, d’elles. Le monde en est rétréci, les poètes et les artistes, nous montrent que l’apparence que prend la diversité, pour ne pas la réduire, pourrait être un chemin vers la vérité plutot que comme nous le croyons une fantaisie. Des peintures rupestres du Tassili aux toiles de Roberto matta,  des sculptures de Chillida aux dessins de Zoran Music,  tous les voyages où les mots mènent, que ce soient en philosophie, en poésie ou autours d’un feu, au hasard de la marche, voyons nous un divertissement ou nous engouffrons nous par une porte vers ….  quoi au juste, l’humain, quelque forme qu’il ait, semblable et si terriblement unique. Avec l’intention poétique et ces oeuvres opaques, que l’ont pourrait appeler des metaromans, Glissant entame une réponse qui ne finira pas. mais qu’il sonde.

Mais la créolité vient après la lutte pour la négritude, Césaire, décrié, a quand même écrit « le cahier d’un retour au pays natal » qui est l’écrit de tous les retours, de toutes les reconnaissances, de la connaissance et de la différence. Abderrahmane Sissoko dans son film « un jour sur terre »,  ponctue son film , de l’écho du texte de césaire et du « discours », l’-An-deux-mille qu’est ce que cette notion a de commun avec un petit village du Mali, ou l’occident n’est présent que comme une blague, celle du téléphone, et nous dit clairement que ce que nous nommons le monde n’est pas le monde, et qu’il n’est même pas désiré.
Le cahier a ceci de surréaliste, je vois le surréalisme avant tout comme une reconquête de l’intériorité sur le monde extérieur, comme la recherche effrénée de la vérité dans les méandre du cerveau, de notre être véritable qui est à creuser plutot que le monde autours sauf à le penser pour s’en libérer, car sous-entendu, dehors la vérité humaine a déserté. Je pense que c’est pour cela, et parce que le temps était venu, que les reconquêtes des  identités bafouées par les colonisations ont pu se faire. Césaire a lâché les chiens. La pensée de la créolité si elle est obligé de penser l’Europe se pense avant tout au dela d’elle. Elle est une reconquête de soi. Tous les cahiers sont ici chez eux pourvus qu’ils s’ouvrent et s’écrivent, toutes les pages se tournent, l’homme noir se redécouvre, s’accepte, dans la souffrance, dans le regard sacrifié et estropié. Et s’accepter, entamer la reconquête dans la modernité.
Mais on ne peut voiler la face du monde. la guerre d’Europe jette un immense filet sur le monde ou l’homme blanc est présent, et les échos retentissent de Paris à Sao Paulo, de Madrid à Lima, de Budapest à New-York, la pensée issue de la guerre  vient jeter son ombre dans les mondes qui prennent conscience de leurs marges, elles sont partout, des non-lieux aux centres des villes, de la folie aux espaces hybrides où les pensées ont fusionné, dans les rues et les complexes industriels où la vie n’a plus rien de simple, en l’homme du commun se découvrant et en se découvrant est projeté  dans un siècle nouveau.

La prise de conscience est énorme et la diversité est indubitable, le monde ne se pensera pas sans elle, l’universalité devra être revue, les centres glissent vers les marges et occupe l’espace mental pendant que progresse la gangrène dans les villes et partout où la logique industrielle, post-industrielle et futuriste rejoint la forêt et le hululement des chouettes. Dès lors que comprendre, qui sommes nous au delà des brumes du conventionnel.

L’universalité insiste comme aveuglée, nous ne renonçons pas facilement au rêve d’antan, celui de la caravelle et du concorde, alors même que pousse la mère (terre mère) le déchirement dans les douleurs de l’enfantement, cet être hybride aux milles visages dont un seul contient tous les autres, qu’il n’est plus possible de penser en dehors de ces systèmes, mais l’être humain, le visage, le corps, le crime, l’effort, je pense à Salgado à ce réel impossible, que l’on nomme tout-monde et qui repeuple la tour de Babel, reconquise, et aussitôt détruite, de fait, dans la relation mère que nous annonçait le panthéon vodun, la ville et la mine de nouveau jette à bas les fondations possibles. Ou est-ce que nous ne savons pas voir et regardons nous de façon torve, sans se soumettre à l’évidence.
Infinité des possibilités, prédites et dissoutes ce que nous en voyons et sème le doute, au contraire, la libération de devoir se limiter à une vision factice.

Sans sortir de là, mais tu (l’autre) est sur la même ligne, recrée de la cendre, de la minute égarée, de la blessure et la souffrance, le monde est à naître et cela sans fin et perdu de vue, repousse à coté, incompréhensible, chaos-monde, alors il suffirait d’écouter sans ce projeter dans le discours mais faire la place aux bruissements des langues, aux imaginaires, au tremblement, signe de la fragilité et de l’instabilité de toute réalité, que nous sommes sommé d’écouter. mais qui inintelligible, fuit.

On recourt facilement, croyant bien faire, à l’idée d’universalité, philosophiquement l’idée est séduisante mais elle est aussi suspecte parce que si elle semble combattre l’obscurantisme et l’isolationisme, autres plaies de notre époque et de toutes celles qui nous ont précédées, l’idée en même temps s’acharne à nier la différence, et imposer, sans qu’il y semble, une autre pensée, celle là unique, terriblement pauvre, elle fut annoncée, encore et encore et le monde moderne accouche comme d’un mort né encore et encore à chaque naissance tué, dans l’oeuf. Comme le rappelle deleuze, si la philosophie ne se mêle plus de penser les concepts, la fonction en reviendra aux publicitaires et aux politiques et la quel monde quand nos mondes seront livré à la bêtise ! (à écouter plus loin sur ce blog)

Le tout-monde réclame à la fois le bruissement de tous en tous mais réclame le lieu, irrésistiblement collectif, de façon inattendue, le divers, le dévalement de la vie que la pensée enfin reconnait, mais peut être la reconnait elle déjà dans la modernité car la pensée moderne est si complexe que je n’y risquerait un oeil que par l’entrebâillement, encore n’y verrais-je rien ou un souffle capable de nourrir mon intuition.  La géographie, toute chose est située, mais je n’en suis pas sur, et le tout-monde n’est il pas aussi dans l’espace,  la notion de lieu comme essentiel au tout-monde, se situer même de façon contradictoire, le temps ne l’a peut être pas attendu, n’est-ce pas ce que pointe David Lewis dans sa pluralité des mondes ? Mais je ne saurai m’avancer . sables mouvants et il me suffit d’être.

Peinture ruestre du tassili, sefar

suspecte aussi tout de même par la grande difficulté/ ou l’impossibilité de comprendre la complexité qui nous est interdite, celle de la pensée aborigène par exemple, des mondes du Tassili ou des esprits de la forêt,  bantoue, amazone ou cubaine, native ou créole,  ou est-ce d’accepter les termes mêmes par lesquels les hommes se signifient / se pensent et établissent leur existence jusque dans le dit et le non-dit de l’autre  (que l’on trouve dan le geste rwanda par exemple, la Palestine de Jousse, le « qu’elle était vierge ma forêt  de Matta mais aussi de tant d’autres)

L’universalité battue en brèche, tous les uni_ du monde s’entendent au pluriel. Pour ma part , il m’a toujours semblé que la compréhension entre les différences ne pouvaient pas se faire d’emblée ( par perspiration mais aussi initiation, immersion, traduction, comparaison, hybridation, « révélation » (je pense à la réaction de malaurie face aux mondes inuit) mais généralement il est besoin d’une passerelle , ainsi l’Afrique que l’occident contemple, le pont qui le fait accèder à l’Afrique, mais l’Afrique de la rencontre, qui n’est plus l’Afrique des origines, que l’on a forcé à ressembler suffisamment à l’occident pour que le dialogue, ou le constat puisse s’envisager, l’Islam a fait de même, est-ce qu’elle a déja commencé à se perdre ou est ce qu’elle est rentré en relation et a commencé de se préparer à l’échange, entre ses deux idées, mais aussi l’hybridation créole dont nous nous obstinons à ne pas prendre en compte la fabuleuse avancée, car ces mondes sont de tous les mondes, dans la souffrance de tous les temps mais aussi dans l’aujour’hui quand hier rejoint les ombres et laisse la fascination d’être en vie, prendre le dessus, même dans les situations supposément les pires, l’être humain se révèle à renaitre, vivre quoiqu’il en coûte, puisque vivre il n’est rien d’autre et la souffrance et la négation ont été vaincu, je pense la plus grande richesse du monde créole dans ce sourire, ce rire, qui obstinément avance,
Et la question, les indiens de l’Amazone devaient ils être changés, les mondes étaient ils si différent que l’on ne pouvait pas entendre ou suffisait il d’écouter ?

Il y aurait besoin de transformation pour accéder à l’autre et communiquer, je suis perplexe et bien sur la vie est dans la transformation. (relire Coomaraswami et l’Inde ne nous l’a t’elle pas promis? )

or l’écoute et l’acceptation entière est nécessaire , car sinon l’autre sera t’il encore l’autre et ne sera t' »il pas amoindri, sombrant avec l’idée de différence, de diversité et d’entente.

L’ idée que suggère Ségalen (relayé par Clifford) est une idée de voyageur, eux ont su se glisser dans les étonnements et en faire une force, se vouant sans se renier à s’augmenter constamment, donnant tout son sens au voyage qui est de traverser l’alterité sans qu’il n’y ait de but, mais, chacun nous le dira, on en sort transformé, augmenté de connaissance, un soi qui n’est plus tout à fait le même qu’au départ, ayant traversé et imprégné tous les points du trajet, l’homme a eu l’intuition du tout-monde dans la rencontre, dans le lien le laissant en devant de lui, quand il y parvient.
Je relis « ébène », « le voyage avec Hérodote » de Kapuscinski tout entier dans ce qui pourrait arriver et qui arrive, et je me demande si le rapport à la différence qui devait être si criante, ou était elle ressentie comme moindre, parce que moins ancré dans sa propre différence et dans l’idée, à la bien penser, de l’universalité qui est un leurre si elle repose sur une constante, sur un rapport à une normalité fixe, à une norme quand règne le divers,  l’imprévisible et l’inacceptable, je me prends à me demander si cela a toujours été vrai ou s’il a toujours fallut user des passerelles et des moyens véhiculaires. Il y faut peut être seulement un carnet (gris) ou un claquement de langue qui amusée tente de reproduire en riant les sons. Tout alors parait proche. Même s’il n’est jamais à atteindre, cela en fait il un  lointain ou est on entre deux eaux. finalement heureux et sujet du destin.

Deux idées me viennent, l’antiquité ne faisait pas référence à la couleur comme critère et  certaines régions comme celle de  l’ancien Niger qui, selon Hampate Bâ, étaient des zones de partage du territoire ou chaque ethnie se répartissaient les fonctions, les lieux et les divinités, ainsi les Bozos étaient les maîtres du fleuve,  les bambaras les forgerons et les peuples, vision idyllique mais est elle sans fondement, vivaient un espace partagé.  En était il partout ainsi ? le Rwanda et les régions des grands lacs vivaient ils suivant ce mode, comment un pays comme le Cameroun et ses quelques deux cent langues parvient il à ne pas s’incendier en guerre tribales, quel est le miracle de cet équilibre ?

et surtout qu’en est il de nos villes et de nos mondes qui s’enchevêtrent formant un monde dissemblable toujours au bord de la rupture ?

Comment se sortir d’un tel étranglement, qui va croissant et ne connait plus de limites ?

mots à plat-monde

les mots en  file avec retours à la ligne pour un perroquet ne sera que caquetage ou la souris qui rongera le livre ignorera l’alchimie à l’œuvre , comme autant de points composant une ligne

mais l’homme les a placé là dans l’espace d’une page, en toute hâte ou patiemment il a tracé les lettres sur le blanc de la feuille ou il les a gravé,

dans le poids de son geste il les a choisi ou ils se sont imposés à lui, les mots s’ils se perdent dans les phrases ont un son bien distinct, ils aspirent au souffle de la bouche, mais dans quelle envolée

on ne peut pas parler de mots, seul l’ignorant le fait et prend le livre pour un chaos, masse informe, comme langue, dense et opaque, tout un maillage fait sens sortis de l’indistinct ou le rejoignant, le mot est une part du monde

rappelant  ce  paso doble où Miquel Barcelo et Josef Nadj, pas de deux ces deux disants se vautrant dans la glaise pour en extraire des formes, les détruisant, les malaxant et les jetant avec force extrayant de l’argile celui dont est fait l’âme humaine contre le mur abstrait de la représentation, de la psyché humaine, mur que l’on voit fixe dans les tableaux et qui est mouvant, qui nous échappe dans le signe et qui s’élance en question dans le mot, le poème ou le texte, alors qu’il est choisi, messager de l’homme

et disantcolere1c

ces pattes de mouches où  l’on voit que le mots comme le geste est dans le monde, est surgissant,  évènement la grande matérialité spirituelle dans le temps

mais c’est pourtant dans l’opacité que cela se joue

dans l’espace de l’écrit et bientôt de la bouche,

cataclysme dans l’espace organisé de la vie humaine

le mot se trouve être un mouvement de la main, bave de l’esprit et énonçant par des mouvements de bouche ce mouvement intime qui comme une vague du monde va à l’homme, ou que le monde impulse à l’homme l’homme étant monde et le mots la trace de cette écume du temps dans lequel l’homme se meut,

le mot mouvement se réfère à la marche des planètes, crêtes des chatouillements des molécules, du tour incessant de ce qui travaille en nous même qui sommes monde et que l’esprit anime

d’où le mot

où la suite de mot la phrase, musique organisée comme les muscles pulsent  l’organisation systémique du corps, humain dans le sens où on le nomme ainsi,

parlant c’est ce qui est sur

On retient qu’à un moment de l’existant l’homme se charge du sens et le décharge en mot, geste, musique, couleur, qu’il reçoit du monde et dont il participe

dit autrement le mot écrit, est un raccourci de l’homme et de la Présence, Suite de l’être, comme crachat d’ocre, façonnant la main qui est l’esprit dans les contours, le mots posé est devenu statique, mouvance dansante en particules en attente de la bouche qui de nouveau le propulsera , non comme élément de la culture et certitude mais comme énergie rendue à l’énergie, plus vaste et incalculable, sans que les contours soient bien possible à cerner,

pouls car si le mot est choix et en tant que forme correspond à ce que l’homme peut dire , son étonnement, de sa révolte et l’affirmant, le son de nouveau livré à l’expression humaine  prendra le chemin de l’opacité, ayant pourtant un sens vivant qui est résonnance.

C’est ce que Maria Bethania, lâchant dans l’univers et l’esprit vif  les mots que Pessoa permet de sentir de façon éclatante, si ce n’est claire

les mots que l’ont croyait anodins ou inoffensifs, qui  au moins avaient résonné de manière intime, chargeant de sens la lecture des signes, dans cette nuit abstraite de l’intellect

Maria Bethania les rend à tout l’insoupçonné d’une quasi violence, passion comparable à la lave des volcans, à l’incantation du vivant au vivant qu’un grand disant à retiré de la fournaise, c’est à dire de sa vie même, et lecteur nous comprenons que ces mots sont les météorites de l’âme humaine

Pessoa – Alvaro de campos, « passagem das horas » / Maria bethania

* Marie Etienne me rappelle l’article d’ABdM (au bords des mondes) d’I PB, citant Renaud Barbaras d’où elle extrait les lignes suivantes consacrées à Merleau Ponty et au langage :

Que la pensée ne soit pas intérieure est une chose qui mérite l’attention : elle est dans le langage et dans le monde. Parce que précisément le langage est un moment du monde. On a pris l’habitude d’opposer le langage et le monde, les beaux parleurs et ceux qui agissent, les poètes et les hommes d’action, la contemplation et l’action, et ce sont là devenus des lieux communs de notre représentation binaire et brutale du monde, mais on oublie que le langage ne s’oppose pas au monde, qu’il fait partie du monde dans lequel nous sommes. Il y a une dimension libératrice dans cette fluidité que met en place Merleau-Ponty, dans la mesure où une telle conception fait céder les frontières et les oppositions de la représentation qu’on a du monde.

rire l’exil d’ici

Tout-monde contre exil

ou bien

porte t’on l’exil en soi

ou bien

porte t’on le tout-monde en soi ?
Malgré l’exil, malgré la fraction du monde en trois malgré le monde et malgré soi

rire l’exil d’ici et quand la vague frappe plus fort qu’un crash à Hyde Park est une antidote à l’exil

Qui défie d’exil d’être au monde ne répand pas d’exil s’il ne se retourne pas et réinvente ce qu’il a laissé qui l’a tué, abandonné et que meurtri il a du quitté comme une meurtrière dans la tour éperonner l’alezan et à travers champs peut être d’iles et de malédictions jeter aux corbeaux si le tout-monde en soi porte à bout de bras malgré l’âme qui plonge et braille en ressac

Le monde enveloppe et ce poignard d’être d’un lieu à rebours ou à reculons ne vaut pas que l’on se terre même si cime-terre danse Mame luck plus fort qu’un dervish qu’un dare devil et qu’erre

puisque à t’entendre même dans les caves et dans les villes

l’on accepte d’être de tous les mondes ou d’un tout Monde qui signifie qu’il n’est plus besoin de retour ni de marche arrière et encore moins

de panne sèche

même en plein désert la rain forest et les villes fut elle São Paulo abrite bien dans un pot de fleur un hibiscus prélude à l’après midi d’un faune,

bacille de la forêt d’émeraude

et chant des pygmées dans ce concert de klaxon

quand on écoute stomp le coup de balai se confond avec la pluie et les poubelles rugissent si fort

sacré baile funk je veux bien baile funk toute la nuit au rythme de ballet stomp et grommeler en ouvrant ma coquille un air

en quadrille

de conque et montrer ma binette

qui deux par deux

baile le funk

Alors quoi la nostalgie cette douceur de l’âme est de tous les départ et ne se trouve qu’à l’arrivée quand touche terre terre les douceurs alizés emportent la tristesse et à Lyon les bouchons quand à Carcassonne et à Francfort même le wurst chou krouté est poêlé

alors quoi il n’est plus besoin de se sentir des relents d’accents et d’épicer la tambouille

Peut on vraiment, est ce vrai exploser au nom d’Allah les sanctuaires des saints de Tombouctou touareg du désert ou Bouddhas d’Afghanistan les signes de nos traces sont elles envolées effrités et rien ne fait il plus de différence quand on acquiesce au monde

il serait le monde et on serait à lui , on se donnerait sans compter et on ne se retournerait pas car devant les voiles du sexe nourrissent les seins et l’esprit saint tout d’un même tenant et la boussole n’est qu’affective

Angèle etoundi Essamba

« tu étais bien parti mais tu commences à dire n’importe quoi ! me dit il , le perroquet du haut de son perchoir a tout vu et me le répète mot à mot

que veux tu donc dire ?

Ne comprends tu pas ?

l’être au monde est il et cela suppose t’il qu’il n’est besoin de lieu d’ou l’on parle car de fait « on parle » c’est donc que l’on parle et donc d’un lieu

d’un lieu mais pas du lieu ,

ah y a t’il le lieu , plutot qu’un lieu, le lieu de l’aimantation, un pole à soi d’ou l’on revient et qui nous manque

qui nous meurtri et nous rappelle les chansons la langue qui douce mère nous tisse et que l’on chérit même dans la violence ,

faut il faire ce deuil là et ira t’on dans les cimetières retrouver les traces perdues ou le soir sur la falaise jeter les yeux dans la mer

ce lieu qui est en moi ne m’appartient déja plus

c’est je pense le lieu de la souffrance et le lieu du rire et du jacasse vaut mille fois plus pourvu qu’en son estomac la nasse mêle tous les poissons du monde

monde dont je suis ».

Et que d’exil la tristesse comme les baleines viennent s’échouer , déesses de terre dans l’ile rompant la promesse et l’alliance des grands fonds, un enfant s’accroche à la mer et scelle le pacte.

Mais sans être seul dire

Et tram dans la ville indigeste le tube ingère

ils souhaiteraient que l’esprit mature que ne croissent plus les arbres ni les mains ne se touchent

que la carte soit feuille de route, les hautes pointes leur ont appris à penser la seule tracée tangible, leur courant le seul au mépris de ceux qui circulent. La machine à broyer, jusqu’au cœur de l’entendement, ignore l’inaudible, qui entre les fils barbelés laisse échapper des vides desquels poussent des désirs, pendent des fibres de laine qui dans le mécanisme détraque les rouages, hommes et femmes, bêtes et matières organiques, tout semble ficelé dans un même ensemble que eux contrôlent puisqu’ils le pensent. s’ils n’y avait la couleurs et les mains qui se touche victoire sur l’apparente de docilité réduite au silence quand gronde le tonnerre que l’on prend pour le canon

Angèle Etoundi Essamba, Symbiose

C’est pour cela que l’on peut écrire faussement que le monde est une enclume, que l’homme rentré chez lui se délaisse et invoque d’un jeu de mot le réel, entre quatre murs, saints ou au poids de l’imaginaire l’homme pense à s’évader mais seul, dans la cuve bout les fibres du parchemin

dans le silence de nouveau les corps se croisent, se reconnaissent, encore les regards saluent bien loin du coin de l’œil la pétulance, une irradiation cette attraction et dans le lit de ce non dit s’opère les vieilles alliances et sans que rien ne soit dit,

on entend les éclats de rire et le reste des peaux qui se touchent, les voix sans que rien ne se dise, sons sans que soit convié le sens, à l’orée de la colère muée en retrouvailles pour que l’indispensable circule, rétablisse les courants d’homme à homme de femme à femme dans la violence et le rêve.

 

Dans la transe ouverte soit la Sibérie la prose du transsibérien, comme un rêve ou un rappel

un chien hurle, message à l’invisible

 

Les vies comme nerfs à vif comme des virgules qui loin de réenchanter le souffle, ponctuent, ponctionnent la dynamique, comme une carte statique qui jamais ne gagnera sur les blancs, les code-barres se déplacent, les hommes se poussent et brouillent les cartes, en vie seulement,

c’est ce qui les trouble,

Angèle Etoundi Essamba, mains

dans les dissonances les harmonies sécrètent à l’insu l’ordre nécessaire, l’énergie s’ingénie, le début d’une victoire sur l’inconscience quand en dessous le vivant continue de sourdre,

on dit que dans le temps du carnaval ou après les ombres se réunissent dans les cimetières, mais que sait-on des cimetières sinon qu’ils réunissent, et que l’esprit tente de réintroduire la joie, la langue occulte sur la langue pointe sans que l’on puisse la déchiffrer, le vivant aurait il besoin des morts et les rappelle t’elle? rejouer la farce, l’histoire à rebours qui fut mystère, tribunal et que la tombe témoigne

les bateaux autours de l’ile vont au loin à la recherche du poisson maintenant qu’il nait plus de poisson, que les traces encore présentes mènent à ce qui fut et écho de ce qui avant menait à l’eau et au-delà

Partout où le regard porte les hommes se rassemblent, ils émettent en commun ce qu’ils savent du monde, fumet qui dans la langue et le toucher se forment, quand arrachés les arbres brûlent et laissent l’or à vif et dans la plaie l’ancienne mémoire des transformations affleure la stérilité et que les mains attouchent, se forme la grande chaîne des ressemblances, tremblement de l’affinité, dans le toucher le savoir de la souffrance et le lien raffermi

La parole se partage et bout à bout tisse la trame indispensable

© Erykah Badu performing in Washington, DC. Filmed by Interact,Inc. for blackpgs.com video series

modestie

D’où vient que le mot modestie résonne dans ma tête depuis le réveil ? La lecture d’un texte sur « flânerie quotidienne » déborde largement ce seul thème mais a ignitié cet écho, la modestie, qu’est ce et suis-je modeste ? au réveil il me semble que des confusions sont possible et je tente de réfléchir à ce que cela implique ; Est ce de ne pas se situer au dessus de la mêlée et d’être sur un même plan que les autres, j’y distingue un contenu social, le social qui intègre, et ce n’est guère une qualité mais un état ou une capacité car on peut ne pas se sentir intégré ou au sens propre situé »sur la même longueur d’onde » que d’autres ni en accord avec les lignes directrices, fondatrices de notre être social,
Mais la modestie ce peut être « rester à sa place » et n’en pas convoiter d’autre. alors même que l’on ne se sent pas intégré

Car on peut sentir l’envie de développer d’autres lignes, quelles qu’elles soient, on serait dans le cadre du non-conformisme et de la recherche de sa spécificité, qui si elle n’atteint pas la divagation ou l’erreur et la prétention, mot clé, peut quand même permettre la modestie. Ou bien non ? la modestie a t’elle à voir avec le social ?

J’avoue que l’idée de la nécessité de se refléter dans une communauté, au sens propre, et comme dirait Edouard Glissant, d’établir relation, me semble un aspect essentiel de la condition humaine et que le monde moderne ne favorise pas, au contraire. Le bien être social me semble essentiel et pour cela il faut qu’il puisse y avoir reconnaissance, intégration de l’individu à plus grand que soi car c’est un fait l’individu est partie de ce que l’on peut appeler l’univers, donc quelque part qui le dépasse et l’englobe. La reconnaissance de ce fait est un premier pas vers la modestie, si cette piste de sens se révèle juste.

© izAci

Mais cela ne suffit pas, et cela ressort assez du texte lu hier soir.  Nombre de gens se réclamant ou fonctionnant en accord avec le corps social, parfois même le tordant, sont en profond désaccord avec cette idée et absolument immodestes, prétentieux, asocial etc. J’ouvre les yeux et je vois toutes les tares humaines que la société accueille et même suscite, il n’y a qu’a lire les grands fabulistes et pamphlétaires, d’Esope à La Fontaire, de Voltaire jusqu’aux fables et caricatures populaires. Les bassesses et faux-semblants pour parvenir à survivre ou s’enrichir dans le monde n’ont rien à voir avec la modestie, un exemple de survie sociale, ce livre d’Amadou Hampate Bâ « Wangrin » rejoignant « Leuk » le lièvre des contes peuls et ouest-africains.

Le social ne génère pas la modestie, pas forcément.

Néanmoins le sujet me semble lié et l’appartenance, la connaissance et l’acceptation de sa place, du niveau et de la qualité de ce que son existence peut générer à l’intérieur de l’acceptable et de l’accepté.

Les candomblés du Brésil qui m’intéressent en ce moment et que décrit Roger Bastide, me semblent passionnant à ce sujet, l’individu souvent en servitude parvient à retrouver une estime personnelle et sociale ainsi qu’un lien à l’identité, celui de l’Afrique matricielle dont il est privé et qu’il convient de convier et rétablir pour permettre une acceptation des conditions de vie,  d’une identité en conflit avec les conditions sociales imposées (le Brésil portugais) et l’on voit que ces phénomènes se sont créolisés et perdurent aujourd’hui encore, en effet les créoles et même les portugais brésilianisés ont du se transformer d’une certaine façon pour s’adapter à un environnement typiquement non-européen, les maitres étaient eux aussi en rupture culturelle.  L’homme brésilien est d’ailleurs dit « cordial » , qu’est ce que ce terme recoupe ?  On est loin de la modestie, mais ce que Glissant apelle la relation est il un aspect nécessaire à la modestie, ou celle -ci est elle toute autre ?  Un certain type de solidarité ou de reconnaissance mutuelle me semble favoriser une humanité simple et généreuse, est-ce utopie, que reflète le petit peuple cher à Jorge Amado (la boutique aux miracle par exemple) et que favorise ce partage irrévérencieux, souvent.

Est-ce une manière d’être au monde ?  Tant de gens « faisant » le modeste sur un point ne le sont pas du tout sur un autre ou selon un autre angle de vue.  La modestie serait elle aussi une façon de faire accepter sa place et sa voie alors même que les qualités humaines déployées sont inverses ? Peut il y avoir un être modeste total ou ne peut il être que partial ? y a t’il une philosophie ou une sagesse de la modestie qui serait, soit savoir-vivre, soit attitude mûrement réfléchie d’équilibre, un tao en quelque sorte ?

La manière d’être de la femme, flamme et séduction mais qui ne se résume pas à cela, est elle modeste ? Un auteur africain parlait de la navrante immodestie de la femme qui rompt l’ordre et attise le désordre, l’idée est elle défendable ?

L’être humain n’est il pas un condensé des deux ? nécessité d’être situé dans le mouvement de ce qui l’englobe (au niveau humain et universel, religieux ou intellectuel) et la tentation (nécessaire ? ) de se valoriser, d’être honoré, de briller, bref de tenir sa place dans le monde, car s’il est vrai que le monde est monde l’Homme demeure homme et existe en tant que tel sur ce niveau individuel aussi, du moins dans nos société, et n’est-ce pas que nous avons perdu ce sens de la prédominance de l »‘appartenance qui rend la modestie nécessaire.  Son identité, la valorisation de soi et sa capacité à créer et à revendiquer sa place détermine sa condition d’homme. L’être humain dans ce sens se doit de transgresser tant en respectant non pas l’ordre mais plutôt l’état des choses tant en y participant, est ce cela , aussi, d’être modeste? à chacun sa façon de l’être, ou bien tout au moins n’est ce pas en contradiction avec la sagesse de l’être et de la folie de ne pas l’être.

Ce que je cherche à dire là, c’est qu’être modeste n’est pas forcément en contradiction avec le développement de soi, la recherche utopique ou idéale qui nous pousserait vers un inconnu, vers un non encore atteint, dans la mesure de la mesure, si l’on peut dire, c’est à dire d’un cadre acceptable. La poussée en avant D’Aguirre, dans ce sens, est une rupture de l’ordre, mental aussi et ne peut qu’échouer, il me semble ; La modestie serait une qualité sociale qui permettrait de maintenir un cadre sain mais d’épanouissement. L’exemple de la Chine confucianiste et Taoïste est elle une forme de modestie ? Existe il un idéal humaniste de l’être modeste et qu’implique t’il ?

A ce point, comme on dit et l’heure s’approchant de rejoindre le rang des travailleurs modestes, je sèche et reprendrais, ou pas , plus tard ….

Fiona Foley, Vénus
ill. : Fiona Foley, Vénus