le chemin vers le monde

Maintenant, quand on embarque dans cette poésie, on part pour un voyage, voyage dont on ne sait si il s’arrêtera, car pourquoi arrêter la vie qui coule et que l’on retrouve jusque dans les feuilles et sur les pointes des doigts ; voyage en beauté, vrai la poésie coule, pas à pas, goutte à goutte, tous les mots du monde, on aurait beau les décortiquer et les faire sécher au bout d’une branche, on n’en tirerai pas le jus de la poésie qui est bien plus complexe, l’on entend la voix et ce qui s’insinue entre nous deux, dit il , le nord et moi, ma voix qui se trouve résonner avec le pays .

C’est grâce à la norditude que je parvins à trouver l’expression de l’amalgame ressenti si intensément entre mon âme et l’âme du monde.  Aurai-je écris si je n’avais pas été ébloui par la nordicité ? Oui, mais peut être que tout aurait été gribouillage. Lorsque je ne tente pas d’exprimer l’espace où les pierres, les plantes, les bêtes et les humains  ne font qu’Un, j’ai le sentiment que je ne peux que balbutier.

Et puis on pousse une porte pour que le voyage commence, le voyage de tous les voyages, au contact du monde, imprégné des chemins, il y a cette matière et puis cet esprit, il devient évident que les mots ne sont que la surface des choses, les mots de la poésie, cette forme de lecture où il est vain de souligner, d’écrire dans la marge, de tenter des raccourcis.

Il n’y a pas plus de raccourcis que de survols, les hoquets ne sont que la pulsation du vide qui environne être avec soi le peintre chinois ne prone pas une mesure, se penche sur le vertige qui est  en soi, le reconnaît et dévoile la broussaille pour respirer, inspirer, tenter de contenir le suspend, il le fait sans succès, n’en a qu’une petite idée, il faudra revenir demain.

Être à la nature, lien pour relire, se réimprègner, retenter l’escalade. Un mystère, comme le pas de l’épris d’aventure, marche, ouvert sur l’ouverture, excité du mystère, du taillis et des étoiles, du dindon mythique qui s’en vole.

41LpGVkjMdLJe suis parti enthousiaste de ce souffle car j’ai senti que rien n’était gratuit, que seul de rendre grâce au bonheur d’être immergé dans la nature, nature au présent, nature du pas, de la voix, joie sans doute de la voix qui peut dire, articuler, couler sous la langue.

et dire le formidable bonheur et le reste, le sens du risque et la beauté, l’insondable mystère concret là dans le pas et les odeurs, palpable sous la langue, dans le rythme et la couleur, on dirait sans recherche, les mots ne sont pas en mire ni la poésie, ce qu’elle pourrait être au tout petit matin de l’aube quand l’arpenteur s’en va.

C’est de toucher cette harmonie avec le monde je marche et je m’enfonce dans le pays. Car je m’enfonce, il vaut mieux dire « JE » à partir de maintenant car mettre à distance ne convient pas, le JE claque et soumet au présent, et la présence qui s’étoffe, s’approfondit à chaque ruée de la touffeur, l’être là où ça s’enfonce, en soi et le mystère.  Et la vie qui vibre et les mots retenus comme ceux de la vie, la seule valeur, pas en soi, mais dans ce qu’ils réverbèrent de l’être touchant du monde, de l’épaisseur.

Par quels secrets, quels chemins l’accrocher, cette poésie qui s’est révélée en même temps que ce révélait ce lien avec le nord et que l’écriture soudain s’est vu essentielle claire et si simple , si simple que cette élongation de l’arbre, épinette ou sapin qui sur le blanc ou le ciel déchiquette le sens, la poésie est là , dans l’épinette, dans la neige ou bien le ciel, dans le rythme bien simple, à déchiffrer la biologie et la physique quantique , à l’œuvre dans le paysage, dans la poussée du bois, en même temps que cette chose si importance bat dans le cœur de l’homme qui rejoint, reconnait il ? aime il ? il touche au plus ancien de lui cette corde sensible, archet qui dégringole des flots de torrents et des étendues d’être,

tout cela dans les poèmes, et un éclaircissement qui va progressivement au fur que l’homme s’augmente se révèle dans une excitation au cœur  des muscles et de l’âme qui arquent. Car dans les mots, à cheval, ou les portant, c’est le voyage lui même qui à chaque fois que la bouche les articule, avec la simplicité d’un homme qui parle , d’un homme qui marche, sans effet, observe ce qui est beau mais finalement n’a que le mystère d’être là quand on y pense, pas de grandiloquence autre que celle reliée au souffle. les mots comme la pureté de l’endroit, me semblent un traineau.

Marcher en beauté

68.WIB_cover_final_copyLe soir installé sur ma chaise longue, mitraillé par les moustiques et sous l’ombre de mes arbres je lis Le livre de Jean Desy. Il y a une fraternité entre cet écrivain et moi, du moins je la perçois. Ce n’est pas uniquement que sa vie l’a mis très tôt en contact avec la vie de la nature qui est devenu pour lui la beauté. Plusieurs réflexions me viennent de façon naturelle car de nombreux fils viennent croiser les siens. « To walk in beauty », cet « vision » ancienne navajo, entre conception sacrée et manière de vivre, complexe mais inscrite dans la simplicité, la beauté qui est si importante pour lui m’y ramène, la simplicité et l’imprégnation dans la nature, qu’elle soit humaine, animale ou universelle semble l’entrainer toujours à un essentiel de vivre, le cœur et les muscle comme pollen. Sans qu’il soit besoin de l’inscrire dans un poème, la vie étant poème, la source comme je la vois et de laquelle le poème irrigue.

La source, pour lui est plutôt un lac, une étendue sans forme particulière, vaste la vie est là où l’homme vient se retrouver, s’abreuver. Je force ce qu’il dit. A le lire on a plutôt l’impression que l’être humain vivant au même rythme que la nature, trouve sa plénitude, par son corps quand ses muscles lui permettent de s’immerger dans le vivre où l’esprit, l’envie de l’enfance et la poésie, ce sens plus grand que tout qui est peut être l’amour. Ce qui constitue la nature, l’environnement pour lui de la forêt, on y trouve des essences végétales, arbres, mousses, plantes et la terre, les roches, la neige qu’ils recouvre et les animaux , ce règne du vivant animal perceptible ou imperceptible en mouvement constant et course pour la vie. On imagine que la nature ne s’arrête pas à  ce qu’il peut croiser mais, vivant à proximité des inuits et des indiens, du moins il les croise parfois, la nature est en profonde résonance avec l’être lui même; là plus besoin de définition et les manifestations suffisent à s’en faire une idée mais c’est de cet indéfinissable qu’il parle lorsqu’il y est plongé et qu’il ressent une si grande joie, Je n’en doute pas.

Que l’homme soit une part de cette nature est la raison pour laquelle il s’y sent si bien, trouve sa raison d’être en y étant immergé. Pas de distance sentimentale ou romantique, la nature est un être vivant et la forêt ne se laisse bien appréhender que si l’on dépasse l’humanité vécue comme culture. Ressentir la nature, aller au plus profond de ce qu’elle peut avoir de cru, permet de rentrer en contact avec l’animal et d’être  à l’écoute de la forêt, du lac ou du chemin . Ce n’est pas une rêverie solitaire mais un compagnonnage du monde … La nature et la beauté essentielle sont liés à l’esprit, l’homme trouve un souffle infiniment plus fort que lui et jean Desy cite Bashô

Suivre la nature, retourner à la nature

Bashô a une vision du vivant qui n’est pas complaisante et j’aime ses poèmes où en quelques mots, la complémentarité et l’apparente contradiction des termes nous projettent sans violence vers un chemin de compréhension. Pour le canadien nomade, médecin et poète, j’imagine que la nature est tout sauf un écrin.  Le maître zen inlassablement remettait l’existence paisible en question pour rechercher la vérité sur les chemins, dans de véritables voyages qui le lançait sur la route du précaire, sans rien d’autre que des souliers pour l’y porter. Le poème  agissant comme un exercice spirituel sur soi même aussi bien que sur la forme,  les mots conduire à ce que le poète à aperçu. N’est ce pas un peu la définition de la vie nomade où Jean Desy se reconnait et où l’esprit illumine, à la façon d’une étoile ou d’une étincelle. L’esprit ne se laisse pas capturer mais est là dans la furie de la course. Des pages merveilleuses viennent confirmer cet accord

Ce qui importe, c’est que le sentiment d’amour ne disparaisse pas sous le fatras de mots. Si vous aviez l’impression, par exemple que qu ces mots allaient servir à plus d’amour, vous cesseriez d’écrire. Car créer pour proclamer avec cynisme le non-sens de l’univers ne vaut pas la tige à peine éclose d’un tussilage au printemps.

L’âme a besoin des couleurs de l’émerveillement pour courir l’espace. Sans l’émerveillement qui sous-tend tout acte poétique, il pourrait n’y avoir que de magnifiques actes dérisoires. Alors devant l’absurdité du monde, il faudrait apprendre à rire de la condition humaine, à rire du non-sens comme à rire de soi-même. Rire pour ne pas mourir en état de parfaite indignité…

C’est alors que vous ressentez le mieux l’amour du monde, grâce aux êtres qui respirent au rythme des montagnes et de leur rondeur magnifiées par des lunes si brillantes qu’on doit plisser les yeux pour ne pas être ébloui.

la cabane

Vivant – Humain  et bien sur vivre.

Ce sont ces mots que je griffonne sur la marge « du fond de ma cabane », le livre de Jean Desy que  je lis. il y parle de cette puissance et de cette fougue à vivre qui confine à la détermination. Du moins la décision intérieure de donner à cette pulsion de vie, au plus fort de la forêt, de la maladie ou de la mort, face à ce qu’il appelle le combat contre l’inacceptable. Histoire de choix car  la raison d’être de la cabane, ce petit abris entre le vaste monde et l’étriqué de notre civilisation, a à voir avec ce choix de vivre libre.

Jean Desy
Jean Desy

C’est en endroit intermédiaire qui est déjà une décision de vie, résistance à l’encontre de cette vie qu’il a été si difficile de vivre sans se perdre, mais tempérée par le désir d’aller vers, la fougue de l’homme en marche se sent dans tous les mots et les méandres de la pensée qui élargit le monde, respectueuse des limites contenues dans la nature et le corps. Équilibre permis par la connaissance de la forêt, connaissance de soi même, l’homme s’en abreuve, en accord avec le concret et le vécu du quotidien,  donne forme à une spiritualité ancrée dans les gestes nécessaires. Vie vécue dans la beauté pour répondre à nos besoins et nos impératifs, et rien que ceux la.

Et les grandes phrases se perdent, la poésie n’est que là où elle apparait, inscrite dans les calepins quand vient l’appel. Les animaux appellent dans la forêt. Ceux qui ont compris que l’existence se vit dans le même temps que la nature, se respire en elle comme un coureur aime sentir l’air couler dans la gorge, acquièrent ce tempo qui permet de déborder de soi vers plus vaste que soi.  Question de rythme et de climat car le défenseur du nord sait bien qu’au Nord le monde est tellement prégnant que l’on ne peut s’y soustraire. Les erreurs ne sont pas permise et l’homme comprend vite que pour vivre en accord, il faudrait faire partie d’elle. Il respire et ne perd pas le fil, qui le relie. Devient son envie.

La poésie. Plutôt que de laisser perdre les mots sur le papier, s’en emplir et laisser cette source au fond de soi ; s’il faut l’écrire alors écrire sur les feuillets. La poésie comme un journal où il est tenu compte des enthousiasmes et des traces de l’existence. Jusque là rien que de très simple. Et c’est heureux. C’est de se sentir vivre au contact de la nature, vie partagée, à son rythme ou rythme partagé, aucun des deux n’en impose à l’autre. L’abstraction?  Même si et quand la pensée s’en mêle, on ne retient que le fil qui est comme toucher la glace ou la sève d’un arbre, le sang d’un animal.

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L’être court, relève le défi, se confronte à la neige, au froid et à tout le reste, ayant décidé qu’il lui fallait voir clair , et donc s’extraire de la nasse, je devrais dire vase, pour vivre. Il a fallut faire coïncider la vie avec cette grande exigence. Pas forcément de rébellion mais d’incompatibilité et donc se rapprocher de ce qui  compte. On sent la même dérive dans l’écriture qui est simple puisqu’elle suit son cours, embarcation de l’homme qu’elle porte, qu’importe la métaphore, elle est affutée et ajustée. Ce qui importe ce n’est pas le style mais que la lente réponse à la respiration, halètement ou souffle, soit porté par cette existence et se reflète.  Parce que qui a été empêtré dans les couloirs des grandes villes et a réussi à s’en sortir, sait qu’il ne faut plus risquer de perdre, au contraire vivre et provoquer la vie, nomade pour n’être qu’avec elle dans le mouvement, mais c’est un autre sujet. La conscience d’être entièrement soi-même  donne puissance à cet équilibre et écrire en fait partie.

Cet itinéraire est poétique, mais semble savoir qu’il faut s’en tenir au réel, à ces choses du concret et à ce corps qu’il faut laisser filer comme les chiens du traineau. Écriture d’homme que les sensations n’égarent pas car il reste vigilant, même quand il se laisse aller à sa joie quand il exulte de la nature et de la sève en lui. La vie ramenée à son essentiel d’homme se lit dans le regard. Est ce son caractère ? je ne sais pas, je ne le connais que par ses livres. Je sais que j’aime sa façon d’écrire parce qu’elle est simple et assurée mais aussi parce qu’elle ne prend pas les chemins de la prétention, au sens de la supposée importance mais aussi de ceux de la fiction. Cette narration fictive ou tout serait comme si, pas uniquement une histoire comme un conte mais une prétendue réalité qui n’en est pas une, on prend soin de souligner le « comme si » voulant dire sans doute que la vie est ailleurs et qu’il ne faut pas prendre ces racontars au sérieux, ou qu’est ce ? Pourquoi user de cette fiction, cette vie vrai prétendue fausse ou l’inverse.  Ces débordements du fictif m’exaspèrent , non à cause de l’imaginaire , j’en raffole, mais de la volonté de faire croire que ce qui écrit n’existe pas et qu’il ne faut pas y croire. Au contraire le conteur sait nous entrainer et nous fait rêver ; le poète nous faire sentir qu’il s’agit bien de ça, même tout semble montrer le contraire. Le ce serait ne même à rien.  un exercice de style pour nous maintenir « at bay » ? Mais quand je vois l’homme ouvrir la bouche et parler, raconter, je sens l’humain témoigne de cet appel et de cette connaissance, je sens l’écho et je l’écoute, essentiel ce qu’il rapporte et conserve avec lui, jusque dans son écriture qui est prudente,et sûre. Bientôt il m’emmène dans ses rencontres avec l’ours, frôler les épinettes, je vois sa cabane ou je l’imagine.

Je ne prétends pas parler du livre de Jean Desy, je m’en fait simplement l’écho pour prolonger la lecture. Je voudrai conserver ce calme et ce sens d’une plénitude fragile, en accord avec cette écoute de la vie,

L’harmonie est une eau de lac, alors que le moindre œil de truitelle, l a moindre mâchoire d’achigan, le plus fin rostre de touladi viennent à la surface, alors que les poissons ont envie de moucherons ou d’éphémères.

surement que les éphémères ne sont que des insectes, mais je me dis que nous autres, poissons ou hommes, nous avons besoin d’éphémère car l’on est sur de rien d’autre.

Le sage et l’ivre

La musique, il est question de musique, d’art en général, la tentation est grande d’en appeler aux vertiges. la musique sublime.
la peinture ne vaut que par cette quintessence du monde, ce chant du pinceau, et la poésie de même. Nous sommes à la pointe de la civilisation, nous sommes au pîquant de l’expérience humaine, être artiste c’est en arriver là, presque ou il n’y a plus d’humain, les indiens des Andes disent que les musiciens, pour trouver la musique s’en vont à la frontière des mondes, là où la faille permet d’en ramener ce que personne dans notre monde n’a jamais entendu et n’entendra jamais, et d’en revenir indemne, c’est à dire pouvoir le faire entendre aux hommes, ne pas s’y trouver piégé, est ce un rapport à la folie, la musique est elle cet entredeux ? faut il aller au seuil de la brisure et maintenir cet équilibre,

Une conversation, ou plutôt des échanges où l’extrême exigence de l’un  semblait mettre en doute les gouts de l’autre, où l’extraordinaire érudition de l’un semblait sans appel,

…cela faisait longtemps que dans d’autres lieux certains se paraient des apparats du sublime et je pensais que ce n’était que des oripeaux, propre à faire croire aux mots vertigineux, il était question de poésie.

Or je pensais que c’était un grand fleuve, or je pensais que c’était le vent, que c’était  la mer ou le sourire déhanché d’une femme, je souriais à la joie, je m’étreignais dans la mélancolie pensant y voir ce qui m’étreignait, je pensais vouloir dire, mais par dessus tout je voulais me sentir vivre, ivre

je me disais que ce devait être là qu’elle se cachait, la poésie, en habits de fête ou sans, presque nue, ou complètement nue

pas à poil, nue

je me mis à penser qu’il existe un lien très fort entre la joie d’exister, d’origine plutôt populaire et une tentation du sublime,
les deux peuvent coexister, et même se renforcer l’un l’autre de manière à être musique, totalement musique ,

la joie te faisait entamer un chant et la poésie te saisissait, les accents atteignaient au plus profond quand ils  y atteignaient, et les gens se mettaient à danser, ils tombaient amoureux,
sans  prévenir, raides les yeux écarquillés, le corps aux aboies ne comprenant  plus, habité par une chanson qui soudainement disait tout, farfouillait tout au fond des sentiments les plus intimes, cois, déballait au grand jour qui s’envolait au vent, abracadabrant, c’était une gigue,

Mais alors  les couleurs ont tout envahis, les rues les cœurs les bras qui tournent et les yeux qui deviennent rivière, la mer qui devient jambes et le sexe qui déclame comme un bouc, tout, la vérité qui brame et  beugle et ment,

j’en étais là de mes pensées,

Bach, qui fait monter les danses populaires aux cieux qui en retombent comme Icare chez Breughel, Bartok, qui après les vagabonds russes refonde la musique de l’âme hongroise dans l’arrière-temps des mélodies des rythmes  terriens, celles que chantent nos vieux en riant parce qu’ils leur rappellent leurs amours et que la souffrance s’épanche, n’est plus souffrance mais mots du fleuve, rame que l’on pousse en uhuhant et kodaly, bien sur, et beaucoup d’autre ,
mon Stravinski, celui du chant du rossignol et de l’oiseau de feu
Vivaldi ! la joie d’exister !
facile ? peut être bien mais  je me demande même s’il peut y avoir de l’art sans cela …
mais l’idéal s’arrose à l’humain
explicitement ,

cela revient à s’interroger sur l’existence sur terre sans en exclure l’idéal, taper des pieds nus, la poudre rouge et les herbes jaunies, les bourrelets qui m’attirent, la coiffe qui te fait reine,

la débraille

mais l’idéal sans la joie d’exister, la joie ou la tristesse,  coller frapper des deux pieds ce rythme pour fermer les volets à la tristesse, immense, remuée dans l’absence, fondamentale, définitive,

l’art n’existe pas, nous le portons en nous et pointons incrédule du doigt quand nous le voyons et nous nous disons parce que nous le savons que toutes les émotions sont permise,

Bosch nous tend un miroir, nous ne quittons pas nos rictus et nos délires, nos corps difformes et nos moments de grâce vont en triptyque, Henri me le rappelle, lui qui rit de son anéantissement et va à l’accolade sur les chemins, vers l’oublié qu’il  veut commémorer,

remémorer

Elles, les plus belles s’enracinent dans nos chairs et chantent et dansent, se montrent des fesses et une bouche parle de la beauté, inégalable, il est toujours question de l’exploit, de la hauteur, même à ras de sol

la gravité s’en est allé ou elle se cache,
la gravité sans,
l’inconscient projette vers la faute mais ce faisant dicte un sens, des mots dérivent

« much ado about nothing », non ce n’est pas cela, la le baromètre humain fait des sienne, on ferme les yeux, on y est presque,
la lecture d’un texte de Dario Fo sur Héloïse et Abélard m’y ramène,
dans les canaux de Venise la pourriture flotte et s’appuie sur des airs de fête, une partition millénaire coiffée en pliure de couvre-chef, à la dérive, lettre morte, chiffrée, annotée, sans son de la veille

D’Irlande en Hongrie la fièvre des danses s’en prend au divin, la poésie s’enroule en chevelure et, en boucles raides sales ou étincelante réconcilie,

Le chant de la terre s’élève comme en errance

Qu’est ce que la musique sans le plaisir et le grincheux noyé dans sa bière voit sa femme aller guincher

Temps qui gouffre

Le temps et l’autre

et ne peut arrêter le mouvement
à se réinventer
au lieu de se détruire

mais c’est ce qui est à l’ordre du jour

le passé allonge son ombre pendant que le present nous brule d’un feu peut être irréversible …

le futur ouvert, s’il faut dire si le passé est grand fermé
à moins de flotter dans le présent
bénéfique

et ouvrir une autre ère du temps, une autre dimenssion du temps, sans reference

passé-futur-présent

ni ouvert
ni fermé

tourbillonnant dans l’immobilité

le temps est fou si nous voulons le chevaucher

à un autre  temps , répond un autre rythme,  du poème , qui n’est même plus un poème, ce temps là englobe beaucoup plus

les mots y trouve une résonance autre,

inspire

les mots y trouvent une résonance autre , parfois ils s’arrêtent et ne franchissent pas , ils restent sur le bord , ravine, ils y ont mené, désignent vaguement ,

ils ont perdu la prétention et laissent l’ se déployer sans qu’ils y participent,

eux y mènent, ne sont que les coup du bâton sur le roc,
ou le rauque du rire , l’aiguë de la voix,

pelage ventre pluie

dans la danse, ligne  une convocation, entre,  le temps , dont nous ne pouvons nous éloigner appelle

sur ce versant dépouillé se peut apercevoir, ce , la, les mots entament , au seuil sous l’astre rire

énigmatique

significatif

inaccessible

pourtant les mots y mènent

Hon'ami Koetsu Tawaraya Sotatsu vers 1600
Hon’ami Koetsu Tawaraya Sotatsu vers 1600

et  la terre ne nous appartient plus, ils ne nous y font plus de place, ni devant ni derrière, il nous faut creuser à mi-hauteur, coincé ailleurs entre le thorax et la plante, du fond du jardin en ricanant,

alors oui , et pourtant si ! ,

mes incantations défenestrantes me font boule de feu et zèbre l’espace d’ ouest en est et du sud en nord embrassant mes amis (brasse) et mes amantes (braise) trop peu si peu au passage grinçant de mes vents, mes nuages de fumées soupirent à l’aise de mille lieux, ma langue, que je parle souterraine est irriguée de milliers d’autres langues circonflexes et je cligne des deux yeux à les écouter irriguer mon sang, slalomant entre les ferrailles électrisées des pylones qu’ils ont voulu plus fort que le temps, les fausses montagnes de béton,

ils se sont cru incontournables

et vois comme j’ai le dos tourné, vois comme je parle aux ancêtres et aux à-naître; aux rivières et aux écorces de feuilles, aux vents qui chatouillent les marées,
vois comme je suis l’oiseau et file à travers les balles me cachant dans les nuages, et les bisons comme les ours font la sarabande se tiennent les côtes et n’en peuvent plus de rire , se frottent dans la neige et imitent les lézards,

la bonne blague de leur monde en berne

je suis du pays du sourire blanc noué dans un pleur.

Le peintre

Le peintre sillonne le paysage, il aime à parcourir l’étendue, du regard, de son pas, il marche et l’œil divague comme un océan incertain, couleurs, matières en mouvement , informes car la marche immerge dans une sensation vaste, seule la perception qu’il en a le porte, le prolonge,

Dans cette élongation de l’espace qu’est le pas, pensées et rêves envahissent le regard,

Il ne s’est pas arrêté, il hume dans l’énergie du cheminement, la vitalité englobe tous les temps et l’effort physique prélude à la vision, il se sent vivre, plus tard il y repensera, à la manière des peintres chinois qui rentrés chez eux livrent le voyage à l’encre au papier.

Là, il se rempli de l’odeur du monde, salue les fourmis, les coques et les cosses, les élucubration des branches d’eucalyptus au vent bleu, il s’amuse des glissades dans le graviers du chemin et repense aux lieux du monde qu’il a connu, lieux de glace, minéraux et ruisseaux, douceur et incandescence, qui l’habitent mieux que d’y être, la Tasmanie ; ce qu’il aime quand il arpente,

Il s’arrête au tronc d’arbre, son préféré, l’eucalyptus, il soupire car ici il n’y a pas de koalas, des écureuil souvent dans les pins, il chasse ses pensées et déballe sa boite d’aquarelle, des pinceaux, un peu d’encre, quelques bambous taillés, des feuilles à même l’herbe, il aime l’herbe, les racines qui empêchent le confort, et le rendent plus réceptif, le réel plus près du rêve, il y voit ce grand mouvement du dos de l’écorce, il y perçoit la peau, ces échancrures d’une mue, il y danse ces longues tiges et les feuillages s’ébouriffent, les fleurs ou les fruits fécondent l’outremer,

Il se met à tracer le geste que son œil perçoit, l’encre gratte cet élancement de vie, il y insuffle la couleur qui l’envahit, il ne cherche pas à reproduire , non, il parle à l’arbre, il lui dit pourquoi il l’aime, il pourrait le caresser, qui de lui ou de l’arbre est dans le geste, surtout ne pas oublier, le temps, le vent et la poussière surgissent en même temps que le dessin,

Il dit, deux lignes surgissent du sol et illuminent, l’arbre, le bleu, le rire du feuillage, frémissement colibri, rêve koala même s’il sait que … mais c’est dans le rire de l’arbre.

Il peint par série, quatre, six, plus peut être quand il s’acharne, de feuille en feuille un voyage sur ses genoux, porte, ces yeux sont des pieds, il rit de ces mots, c’est avec les pieds que les yeux voient.

Il aime ces moments, il pense à Diane pour qui le paysage se lit comme un livre, les abos ont un chant qui est comme une ligne de son à fleur de terre à travers la roche, le pays et la chaleur, est-ce si différent de peindre, la feuille reçoit les confidences anciennes et l’aide à retrouver le chemin comme un chant.

Serait-ce que les traces de couleur et les lignes forment une carte du visible ? L’arbre lui-même est-il un itinéraire de la lumière ? La terre se laisse-t-elle respirer ?

L’œil marche mieux que deux jambes et cherche à s’emplir de la vie vue et la nature en chemin comme un lièvre qui détale.

rives

Jaabi

peinture de Jaabi

http://www.myspace.com/jaabster

antipodes, pas des chénopodes … non l’ami de l’ile Leleuva s’entretient du monde avec son kingfisher et son troupeau de snakes , tortugas etc ….. il est venu dire bonjour, il peint la nature et se laisse traverser par les énergies de la terre, du ciel, de la mer, des animaux,des humains, ses frères,dans le respect et et une sorte d’ascèse généreuse, simplement , je crois parce qu’il désire être en accord avec la vie , le monde et son moi profond qui lui dicte la poésie, « l’artistre », car c’est un mode de pensée , de vie , d’exister,

fisher.jpg

il suffit de le rencontrer pour que cela devienne évident , une sorte de joie pleine, chanter, peindre, être là, dans le respect et le partage, à l’image de cette tradition des îles du pacifique, où le kava,  cette boisson de paix, passe de main en main , est bue, offerte en partage et scelle la fraternité des hommes ; j’ai été tout de suite fervent de cette boisson qui réunit dans les choses de la terre les plus simples, une racine pilée, de l’eau et surtout la ferveur que l’homme met à « communier » cet accord fondamental auquel il faut revenir sans cesse pour que la concorde subsiste.

La même chose est présente dans sa peinture; le tapa, sur lequel il peint est une fabrication traditionnelle des fijis, une sorte de papier  à base d’écorce et feuilles fabriqué par les femmes, sa texture est un rappel à la terre et aux fruits qu’elle porte , un pinceau fruit tombé d’un arbre lui sert à transmettre au tapa des lignes-couleurs trace des pigments récoltés, ramassés plutôt , une peau de la terre de son ile, ou d’une des îles voisines, car comme le rappelle Le Clézio dans « raga » le pacifique est le continent de l’eau, on y voyage donc beaucoup, en pirogue, par voie d’eau ; la rencontre est essentielle même si la solitude ilienne à écouter le souffle et le rythme de l’eau , de la terre, de la forêt et des animaux , les voisins

si simple ,

invisible peace , photo de Jaabi

tellement simple que l’on ne sait plus le faire, quelques berger de mes montagnes, d’autres encore, ailleurs  ; Il peint , il se laisse traverser par ce grand souffle de la nature , à l’écoute de la simplicité d’être, du dépouillement et d’une vérité, d’une sagesse aussi, la parcimonie est préférable à l’excès, étouffoir de la spontanéité, de la parole dans ce qu’elle à de sacré, l’Europe quand il y vient, est trop loin de ce calme et il nous l’apporte , avec une chanson et quelques fruits , quelques accords de sa guitare qui suffisent à la sérénité ;

il fait partie de cette grande communauté d’artistes, d’hommes, habitants de l’océan , peuples de l’eau dirait edouard Glissant, défenseur de cette créativité qui s’en tient à la beauté témoin de la vie,

De l’eau à la grande terre , l’Afrique, et je pense au sénégal , pays que le grand historien Raoul Lonis , son père, à célébré et rejoint à l’université de Dakar, et l’on pense à tous les Hampaté, Sotigui, Djibril Diop Mambety, Ken Bugul, tannella Boni et théodore l’ami, qui de Dakar au cap ont maintenus la langue pour que l’afrique reste symbole et lieu ou l’espace accorde l’homme comme me le disait un sénégalais, il y a peu, étonné d’en trouver si peu chez nous , ce pourrait être  l’Australie, la noire, la rouge et profonde que même les blancs de là-bas ne savent éviter, même à vouloir la détruire, la nier …

Mais son regard ne tombe jamais dans la récrimination mais se contente de l’affirmation d’une vérité autre, et je pense au mahatma Ghandi, le vivre avec sagesse et simplicité comme ce personnage du griot joué par sotigui kouyaté, sourd à la vérité imposée parce qu’il veut que la sienne existe et se dise, survive et vive .

J’y vois tout cela nimbé d’une paix incarné dans le geste de la terre sur le tapa , volontairement retenu et libéré de l’apparence des choses pour en laisser surgir l’essence, le sentiment c’est à dire l’accord ,

Tel est cette ‘vibe’ qui me par vient et que je partage dans ce lieu de vacarme que sont nos villes où le silence a peine à pousser ,

il rit, il deviendra baobab ….

il est  le frère…

peinture de jaabi

et sans oublier mes copains des terres , les koalas ! mais c’est une autre histoire ….