le chemin vers le monde

Maintenant, quand on embarque dans cette poésie, on part pour un voyage, voyage dont on ne sait si il s’arrêtera, car pourquoi arrêter la vie qui coule et que l’on retrouve jusque dans les feuilles et sur les pointes des doigts ; voyage en beauté, vrai la poésie coule, pas à pas, goutte à goutte, tous les mots du monde, on aurait beau les décortiquer et les faire sécher au bout d’une branche, on n’en tirerai pas le jus de la poésie qui est bien plus complexe, l’on entend la voix et ce qui s’insinue entre nous deux, dit il , le nord et moi, ma voix qui se trouve résonner avec le pays .

C’est grâce à la norditude que je parvins à trouver l’expression de l’amalgame ressenti si intensément entre mon âme et l’âme du monde.  Aurai-je écris si je n’avais pas été ébloui par la nordicité ? Oui, mais peut être que tout aurait été gribouillage. Lorsque je ne tente pas d’exprimer l’espace où les pierres, les plantes, les bêtes et les humains  ne font qu’Un, j’ai le sentiment que je ne peux que balbutier.

Et puis on pousse une porte pour que le voyage commence, le voyage de tous les voyages, au contact du monde, imprégné des chemins, il y a cette matière et puis cet esprit, il devient évident que les mots ne sont que la surface des choses, les mots de la poésie, cette forme de lecture où il est vain de souligner, d’écrire dans la marge, de tenter des raccourcis.

Il n’y a pas plus de raccourcis que de survols, les hoquets ne sont que la pulsation du vide qui environne être avec soi le peintre chinois ne prone pas une mesure, se penche sur le vertige qui est  en soi, le reconnaît et dévoile la broussaille pour respirer, inspirer, tenter de contenir le suspend, il le fait sans succès, n’en a qu’une petite idée, il faudra revenir demain.

Être à la nature, lien pour relire, se réimprègner, retenter l’escalade. Un mystère, comme le pas de l’épris d’aventure, marche, ouvert sur l’ouverture, excité du mystère, du taillis et des étoiles, du dindon mythique qui s’en vole.

41LpGVkjMdLJe suis parti enthousiaste de ce souffle car j’ai senti que rien n’était gratuit, que seul de rendre grâce au bonheur d’être immergé dans la nature, nature au présent, nature du pas, de la voix, joie sans doute de la voix qui peut dire, articuler, couler sous la langue.

et dire le formidable bonheur et le reste, le sens du risque et la beauté, l’insondable mystère concret là dans le pas et les odeurs, palpable sous la langue, dans le rythme et la couleur, on dirait sans recherche, les mots ne sont pas en mire ni la poésie, ce qu’elle pourrait être au tout petit matin de l’aube quand l’arpenteur s’en va.

C’est de toucher cette harmonie avec le monde je marche et je m’enfonce dans le pays. Car je m’enfonce, il vaut mieux dire « JE » à partir de maintenant car mettre à distance ne convient pas, le JE claque et soumet au présent, et la présence qui s’étoffe, s’approfondit à chaque ruée de la touffeur, l’être là où ça s’enfonce, en soi et le mystère.  Et la vie qui vibre et les mots retenus comme ceux de la vie, la seule valeur, pas en soi, mais dans ce qu’ils réverbèrent de l’être touchant du monde, de l’épaisseur.

Par quels secrets, quels chemins l’accrocher, cette poésie qui s’est révélée en même temps que ce révélait ce lien avec le nord et que l’écriture soudain s’est vu essentielle claire et si simple , si simple que cette élongation de l’arbre, épinette ou sapin qui sur le blanc ou le ciel déchiquette le sens, la poésie est là , dans l’épinette, dans la neige ou bien le ciel, dans le rythme bien simple, à déchiffrer la biologie et la physique quantique , à l’œuvre dans le paysage, dans la poussée du bois, en même temps que cette chose si importance bat dans le cœur de l’homme qui rejoint, reconnait il ? aime il ? il touche au plus ancien de lui cette corde sensible, archet qui dégringole des flots de torrents et des étendues d’être,

tout cela dans les poèmes, et un éclaircissement qui va progressivement au fur que l’homme s’augmente se révèle dans une excitation au cœur  des muscles et de l’âme qui arquent. Car dans les mots, à cheval, ou les portant, c’est le voyage lui même qui à chaque fois que la bouche les articule, avec la simplicité d’un homme qui parle , d’un homme qui marche, sans effet, observe ce qui est beau mais finalement n’a que le mystère d’être là quand on y pense, pas de grandiloquence autre que celle reliée au souffle. les mots comme la pureté de l’endroit, me semblent un traineau.

la cabane

Vivant – Humain  et bien sur vivre.

Ce sont ces mots que je griffonne sur la marge « du fond de ma cabane », le livre de Jean Desy que  je lis. il y parle de cette puissance et de cette fougue à vivre qui confine à la détermination. Du moins la décision intérieure de donner à cette pulsion de vie, au plus fort de la forêt, de la maladie ou de la mort, face à ce qu’il appelle le combat contre l’inacceptable. Histoire de choix car  la raison d’être de la cabane, ce petit abris entre le vaste monde et l’étriqué de notre civilisation, a à voir avec ce choix de vivre libre.

Jean Desy
Jean Desy

C’est en endroit intermédiaire qui est déjà une décision de vie, résistance à l’encontre de cette vie qu’il a été si difficile de vivre sans se perdre, mais tempérée par le désir d’aller vers, la fougue de l’homme en marche se sent dans tous les mots et les méandres de la pensée qui élargit le monde, respectueuse des limites contenues dans la nature et le corps. Équilibre permis par la connaissance de la forêt, connaissance de soi même, l’homme s’en abreuve, en accord avec le concret et le vécu du quotidien,  donne forme à une spiritualité ancrée dans les gestes nécessaires. Vie vécue dans la beauté pour répondre à nos besoins et nos impératifs, et rien que ceux la.

Et les grandes phrases se perdent, la poésie n’est que là où elle apparait, inscrite dans les calepins quand vient l’appel. Les animaux appellent dans la forêt. Ceux qui ont compris que l’existence se vit dans le même temps que la nature, se respire en elle comme un coureur aime sentir l’air couler dans la gorge, acquièrent ce tempo qui permet de déborder de soi vers plus vaste que soi.  Question de rythme et de climat car le défenseur du nord sait bien qu’au Nord le monde est tellement prégnant que l’on ne peut s’y soustraire. Les erreurs ne sont pas permise et l’homme comprend vite que pour vivre en accord, il faudrait faire partie d’elle. Il respire et ne perd pas le fil, qui le relie. Devient son envie.

La poésie. Plutôt que de laisser perdre les mots sur le papier, s’en emplir et laisser cette source au fond de soi ; s’il faut l’écrire alors écrire sur les feuillets. La poésie comme un journal où il est tenu compte des enthousiasmes et des traces de l’existence. Jusque là rien que de très simple. Et c’est heureux. C’est de se sentir vivre au contact de la nature, vie partagée, à son rythme ou rythme partagé, aucun des deux n’en impose à l’autre. L’abstraction?  Même si et quand la pensée s’en mêle, on ne retient que le fil qui est comme toucher la glace ou la sève d’un arbre, le sang d’un animal.

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L’être court, relève le défi, se confronte à la neige, au froid et à tout le reste, ayant décidé qu’il lui fallait voir clair , et donc s’extraire de la nasse, je devrais dire vase, pour vivre. Il a fallut faire coïncider la vie avec cette grande exigence. Pas forcément de rébellion mais d’incompatibilité et donc se rapprocher de ce qui  compte. On sent la même dérive dans l’écriture qui est simple puisqu’elle suit son cours, embarcation de l’homme qu’elle porte, qu’importe la métaphore, elle est affutée et ajustée. Ce qui importe ce n’est pas le style mais que la lente réponse à la respiration, halètement ou souffle, soit porté par cette existence et se reflète.  Parce que qui a été empêtré dans les couloirs des grandes villes et a réussi à s’en sortir, sait qu’il ne faut plus risquer de perdre, au contraire vivre et provoquer la vie, nomade pour n’être qu’avec elle dans le mouvement, mais c’est un autre sujet. La conscience d’être entièrement soi-même  donne puissance à cet équilibre et écrire en fait partie.

Cet itinéraire est poétique, mais semble savoir qu’il faut s’en tenir au réel, à ces choses du concret et à ce corps qu’il faut laisser filer comme les chiens du traineau. Écriture d’homme que les sensations n’égarent pas car il reste vigilant, même quand il se laisse aller à sa joie quand il exulte de la nature et de la sève en lui. La vie ramenée à son essentiel d’homme se lit dans le regard. Est ce son caractère ? je ne sais pas, je ne le connais que par ses livres. Je sais que j’aime sa façon d’écrire parce qu’elle est simple et assurée mais aussi parce qu’elle ne prend pas les chemins de la prétention, au sens de la supposée importance mais aussi de ceux de la fiction. Cette narration fictive ou tout serait comme si, pas uniquement une histoire comme un conte mais une prétendue réalité qui n’en est pas une, on prend soin de souligner le « comme si » voulant dire sans doute que la vie est ailleurs et qu’il ne faut pas prendre ces racontars au sérieux, ou qu’est ce ? Pourquoi user de cette fiction, cette vie vrai prétendue fausse ou l’inverse.  Ces débordements du fictif m’exaspèrent , non à cause de l’imaginaire , j’en raffole, mais de la volonté de faire croire que ce qui écrit n’existe pas et qu’il ne faut pas y croire. Au contraire le conteur sait nous entrainer et nous fait rêver ; le poète nous faire sentir qu’il s’agit bien de ça, même tout semble montrer le contraire. Le ce serait ne même à rien.  un exercice de style pour nous maintenir « at bay » ? Mais quand je vois l’homme ouvrir la bouche et parler, raconter, je sens l’humain témoigne de cet appel et de cette connaissance, je sens l’écho et je l’écoute, essentiel ce qu’il rapporte et conserve avec lui, jusque dans son écriture qui est prudente,et sûre. Bientôt il m’emmène dans ses rencontres avec l’ours, frôler les épinettes, je vois sa cabane ou je l’imagine.

Je ne prétends pas parler du livre de Jean Desy, je m’en fait simplement l’écho pour prolonger la lecture. Je voudrai conserver ce calme et ce sens d’une plénitude fragile, en accord avec cette écoute de la vie,

L’harmonie est une eau de lac, alors que le moindre œil de truitelle, l a moindre mâchoire d’achigan, le plus fin rostre de touladi viennent à la surface, alors que les poissons ont envie de moucherons ou d’éphémères.

surement que les éphémères ne sont que des insectes, mais je me dis que nous autres, poissons ou hommes, nous avons besoin d’éphémère car l’on est sur de rien d’autre.

A penny for your thoughts

Zoran Music, paysage dalmate-1965

Face à ces couleurs qui épongent les vies sur la vie, je veille, et irradient le papier vierge, absorbent le carbone 14 et je me demande ce qui transparait là,

ce n’est pas mon habitude mais je regarde la peinture par en dessous et je cligne

me demandant qu’elle vie à fait se rejoindre ces points et la douceur du liant comme une peau

a penny for your thoughts ! mais c’est une tout autre histoire

sans doute

que me racontent ces traces que l’homme, il doit y avoir une

Zoran Music, alfabeto alpino

femme la dessous, ou un train, peut être un bateau , un pinceau des naseaux ou n’est ce qu’une marche à

l’horizon de soi, à n’en pas savoir ou n’en plus pouvoir,

mais je garde en haut du front l’intrigue et dans cette douceur alpine je suis sûr d’apercevoir les brunes d’une Venise ou de Trieste, sans doute Venise qui se voile et se de voile qui est un jupon, et une peau bleue sous les fards de la montagne je suis prêt à en jurer, le visage de la femme je l’ai vu dans un tableau aux Offizzi, good clue, cette caresse du ciel sur ses seins, cela en vaut une autre et surement que ça c’est passé ainsi et peut être dans un train ou dans cette appartement ocre, toutes les robes de l’Adriatique se frotte à mon regard alpin, au delà de la fatigue et vers le bout de ce que l’œil a peint

là je les ai perdu de vue quand

Tout tend à s’ordonner, le regard que les autres t’assènent, t’intime une distance comme si tu leur faisais peur, ils disent qu’il faut de la distance et de l’épure, et ils tiennent à l’histoire plus que moi je (ne) m’en soucie, que quelqu’un te regarde ou regarde ton dessin, lise tes mots et l’ordre contenancé comme on dit décontenancer se met en place comme un murmure doux qui ne dérangera pas le sommeil mais surtout n’atteindra pas à la réalité, c’est pourtant de réalité qu’il parlent, ces évidences de la raison sont un pré texte et semble maintenir le réel qui vient à nous, spectateurs et déjà spectre, du monde quand c’est le texte que l’on attend comme un lever de rideau, applaudir ne le fera pas venir, il faut plutôt huer, j’ose le dire

c’est d’ailleurs d’oser qu’il s’agit (et non de proposition de coordination)

exprès

pas par effet de style mais parce que je suis sûr qu’il y a des tâches aux vies,

qu’elles en ont besoin même , ce n’est qu’une affaire de tâche et on ne pourra jamais tirer les rideaux qui sont retombés des cintres ou de la falaise, et la femme que l’on attend à travers la peinture s’est recouchée, dans un clair-obscur d’ennui qui en dit long

Vasil Qesari, la femme que l’on attend

ce n’est pas mon habitude, je côtoie les peintures sans qu’il y ait besoin d’explication, je vois mal la main et le visage du peintre, qui photographié dans son atelier ou concentré, a l’air idiot, pas à son affaire, déplacé,

il ne se voit qu’en peinture

il aime se prendre au piège

s’il se peint alors c’est autre chose, il rejoint la peinture et devient large, aussi large que le paysage, il s’y entend à s’y fondre, on ne le voit plus, son être rejoint le coup de sang au plus profond de nous et sans qu’il y paraisse, à l’insu,

Mural of Jane Bown’s portrait of Samuel Beckett on a wall in Notting Hill

pourtant, une peinture te regarde toujours, mais c’est le monde qui te regarde, ou l’œil, on ne sait pas bien ce qui te regarde quand tu regardes une peinture

je sais que mes contemporains submergés dans un réel sans fondement et anonyme, à la limite de l’inexistence et de l’omniprésence, sont anxieux qu’on oublie pas qu’ils furent là, car ils n’y sont plus, chiures de mouches

l’omniprésence de l’inexistant forcément angoisse

Beckett ouvrirait la porte de la limite et Malone sourirait sans dents,plus réel que nous ne sommes, il se tapie dans les ombres de terre brûlée, dirait tous les visages contiennent toutes les histoires, il n’y a pas de distinction, c’est les mots et la tourbe qui plongent dans les yeux, il ne peut pas s’agir de vie, il ne peut s’agir que d’une lueur, seule trace que laisse dans les mots, s’ils survivent, le décollage des rétines qui te mène à l’histoire,

la tourbe des mots

on ne saurait qu’y lire.

alors on les lit pas, on lit pas

on se laisse lire

on laisse les mots devenir le monde et perdre l’histoire, comique d’un coup, le fil est devenu pelote et on se pelote, mauvais jeu de mot mais il en fallait un, qui dise bien que devient toute les histoires sans qu’il n’y en ait une qui tiennent debout, ça on le sait, ou le savait et pourquoi prétendre , attendre, de Perreira à Godot, une qui puisse se signaler,

on a reconnu la voix qui parle de et par toute les voix et donc n’est plus une seule voix mais la prête à d’autres ou se sont d’autres qui la prennent et se sont eux qui importent

c’est l »énergie du sens et le lien, en anglais Bond,

pas James mais Edward, mais qu’importe

trois dialogue n’apportent pas à la peinture

les histoires mais dans l’histoire en creux.

être soi ? dans la cage gémir

oui mais se dire que l’on écrit comme l’on respire, illusion,

si le chemin passe par la fiction, si l’on désire emprunter le pont vers les apparences, faire face au miroir et tenter de voir ce qu’il peut bien réverbérer

et si l’on accepte ce qui pourra bien s’y monter

l’artifice,

se retrouver soudainement dans ce moment où surpris, quelque chose vient surprendre (dans un déchirement soudain tout au calme) et laisse passer quelque chose de vrai, surpris est surpris

de ce que j’entends des écrivains la langue est dans les livres, lisse à force de tourner les pages et de retourner la phrase, certains la tordent à fleur de peau

la langue lisse

l’écrit qui se différencie de l’oral et plus grand qu’elle la parole, qu’est ce ?

et le moi social, celui qui sert habituellement à s’adresser à soi-même, construit que nous sommes des représentations de l’un à l’autre et de soi parmi les autres et  entre tous, mais le moi social, le moi générationnel, le moi convenu, celui de l’écrivain par exemple, s’adressant à nous comme en livre ou enfermé dans sa tour,

on peut ne pas s’y reconnaître, et c’est mon cas

Mon amour, mon affection pour Pessoa est la pointe de l’iceberg. Dans l’iceberg, il y a énormément de monde. D’ailleurs, je vous répondrai avec une phrase de Pessoa. Quand on lui a demandé ce qui l’influençait, il a répondu :  » Tout. Tout m’influence.  » Moi, je dirais la même chose. Je ne crois pas aux écrivains qui ne sont influencés par rien. J’ai beaucoup d’écrivains dans ma malle ; des écrivains qui ont une grande influence sur mon écriture, sur ma vision du monde.

Antonio Tabucchi

et quelqu’une de reprendre :

Qui écrit, écrit avec le stylo mais surtout avec son coeur. Qui écrit sans étre influencé par ses sentiments, n’est pas un écriteur, c’est seulement quelqu’un qui reconte une histoire, où un fait, mais sans âme… En toutes les interviews, Tabucchi était toujours lui mème, dévoilé, mème quand cela pourrait lui porter tort.

et ce coeur, en qui il faut avoir une si grande confiance, où se cache t’il, surtout qu’il n’apparaisse pas, qu’il reste tapi dans l’ombre de soi, guidant même la plus maladroite des phrases ou la plus savante qui tout à coup brille, du coeur voulant dire du centre de nos intelligences et sensations, sentiments et perplexités, désirs et intentions, refoulements et défoulements, surgit quelque chose magnétique de soi et pôle sur le trajet de nos tentatives, est certitude dans la mouvance

mais derrière ce masque énigmatique plus vrai que nature, quelque chose qui s’obstine et refuse de céder, le core de ce qui est à sauver et s’y emploie

à nu, un grand courage ou une inconscience ou un gout d’être libre ou de se connaitre, défiance envers les entraves, chaque mot en cache.

il suffit d’être soi, poli par le temps et ne craignant plus que de ne pas.

encre 2 Jean capdeville

alors constamment se surprendre et poser des pièges sur sa route, changer d’itinéraire à chaque fois , différentes facettes et des vivres sur le porte-bagage, est ce l’imaginaire qui ravitaille ?  mais l’imaginaire est il garantie d’authenticité, de voix, ou bien seulement une faille par où se glisse le monde, par les yeux, les oreilles et l’intelligence.

c’est à n’y plus rien comprendre, j’y comprends que sauf à écrire spontanément, l’écrire nous projette en devant de nous, n’est jamais à égale distance ni surpris au repos ou à pied d’oeuvre dans le moment, ce serait se projeter, à partir d’un moment d’équilibre où le geste déséquilibre et ce serait cela, l’écriture, cet effort de reconnaître l’intériorité et de lui donner forme

Emmanuel Tugny :

Le moyen pour la parole d’être insensible à l’indocilité de ses formes ? comprendrait-on que la parole soit insensible à l’indocilité de ses formes ?

Comprendrait on que le ciel ne soit pas reconnaissant à ses formes de féconder la terre, nos contes, tous les êtres ?

Ainsi nous viennent des saisons.

Il y au monde des formes de la parole. Le monde est forme de la parole. La mer, le ciel, ni la terre ne se donnent sans formes. Et ces formes sont des enfants petits sur lesquel  ils se penchent ou ne se penchent point.

(Emmanuel Tugny, Après la terre, Léo Scheer)

et même si j’ai longtemps cru le contraire et que l’on pouvait remonter le monde à la source de la parole, sans qu’elle soit même parole, suivant en cela un peu Maldiney parlant de Tal Coat, mais peut on imaginer quelque chose qui se dise quasiment sans mot, ou un ton de couleur capable à lui seul d’ impulser le sentiment de vie, suggérer la couleur, imprégner du monde, sentiment ou expérience, je l’ai longtemps cherché et je crois que les zens aussi

mais est ce possible, cette retenue ? on cherche  alors à devancer la chose elle même, bien au avant de son expression, Sean Scully dans sa série « Art horizon » m’a fait penser cela , les accidents comme des colères solaires de la peinture, indistinctes nous ramène à l’avant peinture et nous font rêver à son essence, à l’avant-geste et à son évènement, car une fois la forme engagée …

mais bien que cela soit tentant, ne nous dis rien de nous ou alors de façon abstraite, contenant les possibles et bien avant l’énonciation qui peut être est trajet, et nous ramène à notre en-avant, en-arrière, geste qui dans quelque direction qu’il aille, surgit de soi, si tant est qu’une telle chose existe mais alors que recherche t’on ? la rencontre avec l’univers ? le point de l’intersection d’où l’on parle?

mais dans l’instant où l’on émet que peut on révéler de soi , si ce n’est soi, pour ainsi dire, dans la soute à bagage

c’est un filet tendu entre tous les Soi qui se puissent imaginer, une malle à soi ou les moments qui sont les pointes de la surface, préexistent à l’expression et ne peuvent s’en distinguer, fondamentalement , on parlerait d’une teinte audible, expressions, tentatives, formes, qui elles, demeurent le fil tendu de l’existence là où tout peut se passer, dans l’aventure de soi dans le monde, en écho et n’y prenant pas garde, attentif seulement à ce qui le sous-tend, le monde et soi,

mais le soi doit il apparaître,  le plus grand que soi si l’on arrive à dépasser, soit de manière conventionnelle, à délibérément se placer sur un plan ou rien de personnel n’apparaît, ignorant le soi et pensant qu’il est dangereux, mal venu ou à la japonaise inconvenant, rien au soi, tout est maîtrise et attentif au cadre, rien que le cadre ne faisant déborder que quelques beautés entrevues, la richesse humaine se résorbe et parvient en force vers l’intérieur qui reconnait la puissance à l’oeuvre dans l’humanité, universelle sans particularisme, un social qui ne serait pas voué à la recherche des forme mais de la forme,

une sorte de mystique ou de conventionnel ennuyeux suivant que sans doute la personnalité et l’individualité parvienne à nourrir cet apparemment conventionnel, il y a de la mystique, si l’homme nourrit de toute sa force et de sa puissance

exit Confucius

mais écrire n’est-ce pas tenter à l’universel, loin des préoccupations des méandres ou des folies de l’Ego, mais cette servitude au social ou à l’absolu demande l’irréverrence, sans elle, l’esprit, le social, l’intention, ne révèlent rien de ce qui est fondamental et si fragile

qui peut être une posture, une attitude et une philosophie, une modestie,  l’orient pourrait nous l’apprendre, à force de pratique,  la forme se dégage de sa gangue, le moi effilé, permet cet équilibre où la forme ne se pense plus, étant au delà, universalité englobante de la civilisation que l’individualité toute puissante en ces contrées et ne se délitant pas en contemplations pusillanimes nécessite au contraire un individu fort,  Jean Yves Loude le rappelle et nous nous trompons en pensant que tradition signifie écrasement de la personalité car cela signifierait sa fin, au contraire la sagesse exige de l’homme une participation puissante à son projet

écrire dans le sillage et m’entraînant avec elle ? ou me laissant là où j’en étais ? Il faut nager et rester dans le courant

pourtant d’Orient, les plus grands furent les « excentriques »

Susie Ibarra, percussioniste de jazz

Utopia ici

et comme en clin d’œil à Utopia (lui même renvoyant peut être à ce lieu du désert ou Emily Kngwarreye s’empare de la souffrance  en milieu désorienté et répare, où la vie blessée se réinvente, où l’immémorial se mêle à et démêle le présent, l’emmêlant d’ Utopia i-mémoire, à ronger le présent et préparer l’esprit à se survivre en confrontant le socle de la modernité, là où les mégapoles,

célèbrent la vanité comme nouveau genre, modernité insensé des anciennes vanités, où le crane mystique est remplacé par les signes reflet du commercial ambiant, la situation prévaut et  l’aborigène s’empare du concept et l’emplie de sens.

comme un clin d’œil à « la mémoire des esclavages »  dont Édouard Glissant a été un chantre et qui désormais mémoire bien ancrée et défendue, figures blanches sacrifiées dressées vers l’océan, l’eau dont elle parle, l’eau de mort de la traversée que l’inscription dans la langue de la mémoire, c’est le travail de l’opaque poésie, giacométisation comme créolisation, sculpture de l’humain dans la souffrance du bloc pour aborder le siècle comme un nouveau départ, non comme un retour mais une continuation permettant de laisser les fers défaits les corps et l’esprit  devenir moins lourd,

l’opacité gagnée au tremblement se laisse aller à la nécessaire utopie, ailes de papillon joignant les bords d’un présent d’incertitude, Fukushima est peut être le battement d’aile que Bonnard  entrevoyait , ou bien les couleurs sont elles à venir ? le peintre reprend les pinceaux et déterminé à incarner, soudain, les emplit de couleur – mais d’abord le blanc, le blanc comme impossibilité de se servir du noir trop proche, trop connoté, le blanc me renvoie au spectre de hantise,

la couleur démenti par le sourire viendra plus tard

Édouard Glissant – des attracteurs étranges

et comme un clin d’œil cette jeunesse arpente les « traces » écho aux fastes et chaos invoqué par Edouard Glissant, elle insiste sur les traces car on vit sur les traces, traces qui sont empreintes, restes et mémoire de ce qui fut vie, geste et souffrance qui se retrouve dans le quotidien antillais, même enfoui ou revécu sous d’autres formes, comme un recommencement dont il faut guérir,  les peintures de Patrice-Flora Praxo ramène aux lieu des « Abymes » de l’indicible, semblent tisser des liens le long des déchirements que la civilisation occidentales s’est infligé, a infligé à l’autre, à la peau noire pourtant nommée couleur donc puits de vie, des esclavages dont la jeunesse tente de refleurir la part d’elle même laissée là d’où l’on ne revient pas ou mal ,

Édouard glissant dit « Il faudrait une peinture réaliste pour montrer le gouffre… »

la peinture dit ce poids tout comme les livres « tout-monde, « Mahagony » et d’autres ont tenté de le dire.  L’esclavage après un bras de fer avec la bonne conscience blanche est finalement reconnu crime contre l’humanité, la colonisation n’est pas un bienfait qui aurait apporté la connaissance mais une déchirure, l’humanité tente de gué&rir d’une part d’elle même  – les holocaustes, mot poli pour dire le massacre, la peinture reçoit, tout comme la littérature,  (Césaire, Fanon, Glissant ont ramené à la surface ce qui stagnait dans l’âme intranquille, la fracture présence malgré le calme apparent, malgré la surface apparemment joyeuse, la volonté et la poussée tropicale, les chants de biguine ou calypso, zouk qui cachent la cassure mais maintiennent ouverte la force de vie, le bel air qu’ils célèbrent, que je vois dans la vitalité de qui sait l’anéantissement et heureux d’en être revenu, la force tatouée dans les plis de l’âme, qui dit pli dit envers et endroit qui finalement forment un tout vibrant dans le sourire de terre, l’obstination  inscrite profondément dans les rythmes sacrés, rappel du vital que les mains et les pieds revenant d’Afrique célèbrent, gwoka, samba, condamblé,  les échos semblent vouloir disperser l’entassement, la négation d »être quand la mort est préférable quand René Depestre dit que le zombi, image de mort vivant hante la condition.

© photo Patrice-Flora Praxo

Mais l’œil ne cligne plus et le peintre comme le poète pour résister au crime quand Celan dans la langue du crime finit et relance la poésie et que le peintre Zoran Music dessine les traits d’un voile jeté par les camps sur la mort ; la peintre antillaise les rejoint, supporte le poids pour traverser le gouffre, se libérer et se révéler en vie, colorée de nouveau, couleur que je trouve de la plus belle peau.

une pensée me vient, que loin d’éclipser la force tragique du tableau, la beauté rayonnante conquise sur la souffrance vient se superposer à la hantise et donne une direction nouvelle qui veut … être ? quoiqu’elle vienne de là, et malgré le poids, elle n’y est déjà plus et a rejoint le présent de celle qui en ce moment même est et  vie.

c’est réparer la souffrance toujours présente, même indistinctement chez les jeunes générations qui n’ont pas connu l’esclavage, mais comme dans « humus » de Fabienne Kanor, qu’elle évoque comme une figure importante du panorama créole, qui a cessé d’être créole pour être de ce temps, revivant la meurtrissure du passé voulant peut être rallier le lieux et les êtres d’avant avant que d’être là où les différences n’ont plus cours et que seuls demeurent les lieux où l’on se trouve , qui ne sont qu’à vivre, assurément pas intrus, en espérant que d’autres n’en entament pas la conquête,

il n’est d’autre solution que le Tout-monde et les traces des corps sur le tableau entasse un surplus à vivre, grave le support des arrachement qui sanglants encore affirment qu’il n’y a plus de là ni  de quand ni de lieu ;  le eux de chacun se résume à eux de ceux qui sortent de ses traces, humains dont les vies brisées giclent du mélange pigmentaire que la toile recueille , que l’on trace sur le sable et que le vent emporte chargé d’énergie de ceux qui tentent,

en attendant la jeunesse s’en empare, réactualise la mémoire et la tisse aux fibres les plus communes de la vie contemporaine, cinéma ou photographie, d’aujourd’hui le temps plonge ou chevauche le récit des ancêtres, trou béant et déchirure faite à l’humanité et que Glissant convoque dans son intuition et que l’on voit rêver assis sur le rivage à sa résolution, qu’il voudrait voir vivre et sortir de la brume, il y faut du réalisme pour franchir le gouffre .

elle dirait mettre sur pause, car le définitif est du domaine du sacré, preuve que ceux qui ont précédés ne sont pas loin,  pour toutes ces raisons et pour bien d’autres, le siècle et tout ce qu’il recouvre de l’éphémère en ligne de mire, du présent que l’on veut vivre que le parcours de Patrice-Flora Praxo est important, elle nous ramène le siècle comme une trace venue de loin.

© photo Patrice-Flora Praxo

à lire l’article et interview de Patrice-Flora Praxo sur www.fxgpariscaraibe.com et le catalogue sur calaméo

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Et en hommage à Édouard Glissant, Agnès b.

 Utopia en lien cette touchante vidéo, loin des conférences figées mais teintée d’amitié, l’homme Glissant nous parle, enfants que nous sommes et croyant être les maîtres

Edouard Glissant chez Agnès b., news du tout-monde

La pensée du tremblement, c’est une pensée où on peut perdre du temps à chercher, … qui nous permet d’être en contact avec le monde et les peuples …

Utopia , quand les mots nous manquent, où est-ce le monde ? qui nous manque ce qui nous manque , nous , manque , Utupie ! on ne peut que l’imaginer et ce que cela produirait, comment le monde nous serait plus proche et serait le tout-monde

C’est peut être aussi et nous n’en avons pas le droit , que nous manquons au monde ; et nous avons le devoir d’imaginer comment y parvenir, liberté ?

Au delà des systèmes il faut trouver par soi-même, car les civilisation occidentales ne nous y mènent pas ou nous font retourner à une pensée unique,  pensée de système, alors qu’il la faudrait multiple, relationnelle  plutôt que pensée un instinct, une intuition du monde que la pensée de système ne nous procure pas

L’humanité, la reconnaitre,  nous sauve de la domination, nous aide par l’imagination à rejoindre l’autre en se  trouvant soi-même tel peut être que jamais l’identité close ne nous l’avait permis.

l’ici qui marche dans l’ailleurs

Mais pourquoi raisonner uniquement en terme de territoire, d’identité de corps, vassalité et communauté ?

quid de l’esprit comme des courants qui ne sont pas que marins ou mammifères, s’inscrivent dans une mathématique, aussi surement que le soleil brille les aléas aimantent les affinités et gravitent, les pôles de nos circulations intérieures sont en mouvance, attirés les uns vers les autres selon des itinéraires qui doivent rester secret, rivés aux affinités déployant des attractions

loin en apparence, les corps ne cessent de s’alimenter l’un l’autre, de se bécoter en aller retours, le grand vide est un champs magnétique où les dérives en veulent aux rives, imperceptiblement se fondent dans un même esprit même si immobile en apparence, un fil à linge qui au jour semble relier les maisons comme les voix des commérages de la rue et ce de rues en rues descendant vers le port mélange de la lessive à la nuit et au large les voiles des navires

mouvement en forme de fleur, aquarelle de Lamber Sav 1997

Edouard Glissant : un champs d’îles, la terre inquiète, est-ce cela qu’il à voulu dire ? les êtres sur la terre sont en constant soucis de correspondance, déplacement hors de la place dans le mouvement et le temps, de façon récurrente ou par accident pour susciter la fécondation

ainsi fait le vent ou la grand marée sous le repiquage de la lune

dans les trajets en dessous tout bouge et se rejoint, se déplace dans quel soucis, déposer les oeufs là à des milliers de lieues plutot que sur place bénéficie t’il à la grande circulation,

photo Vasil Qesari , Lisboa

ils échangent l’esprit comme ils mêlent les salives, le mouvement aide à l’éclosion et la posture statique ne fait que tromper l’incompatible pendant que la vitesse joint les bouts

et patchwork, les proximités sont trajets de bouts en bouts

des iles que nous sommes tous ou quelques uns, coques de noix naviguant de là en là où le monde ne va pas ? le monde des masses continentales est percé des veines qui irriguent et créent des voies établissant là aussi un réseau de correspondances, et on voit de îles couver un continent, maillage des chaumières circonvenir à une forteresse

sailing away (photo inconnu)

le monde n’est pas ce qu’il parait, si solide ou liquide et dans ces états des correspondances, attractions, répulsions, émulsion, révulsion et si on y parle toutes les langues, si le filet entre les mailles touche à l’émotion, les bouches s’abouchent et sexe de femme en fleur éclosent, dans les yeux le fluide courant qui zèbre l’univers

un socle de terre traversé des mille faisceaux est comparable à l’archipel et , l’esprit en pluie fines gouttes scintillant d’arc en ciel porte et préjuge des transports, la matière en mouvement

bouillonnant  des alliances.

seul dans le flot en même temps que tous


constamment il est fait référence au choeur, le plus qu’un, la famille, qui symbolise le groupe, l’ethnie, l’appartenance

l’un cesse d’être un pour se retrouvé augmenté d’une parenté charpentée, d’une ascendance, fut elle en rhyzome, fut elle mythique ou choisie, fut elle une charge asphyxiante

confusion aussi

ou bien est t’on pris dans une toile immense, d’où l’être aveuglé tente de se sortir, de prouver qu’il existe bel et bien malgré le monde qui comme une obsession le maintient enserré dans l’infiniment multiple, coercitif et constitutif

vain de se penser hors des trajets et des rejets, pour accéder à l’un, vers l’indéfini,

pourtant le chœur ne cesse de répéter la même phrase qui inlassablement gonfle, se détache de l’ensemble et revient au point de départ suivant en cela les rythmes primordiaux, association du vivant, analogies et rites pour que renaisse la phrase

la vie est un effort pour que les lignes se surajoutent, continuation de la précédente,

stoppons là,

pour que le point ne s’en sorte pas

tout seul

imaginons un point tout seul

observons le

.

même à la ramener au un tant cherché qui inclue tous les uns qui de fait ne sont plus un

or on a pour habitude de penser qu’il est préférable de se recréer dans un ensemble où se refléter, se relier, se recréer, sur d’autres bases

qu’elles soient reconnues comme telles, on peut parler d’affinité,

ou pas, ce sont alors meurtrissures et attachements subis,

perditions

acceptation

et danser pour rappeler à soi le beau corps

échapper au néant, si cela est possible, résorbé dans la relation, duelle, charnelle, parentelle, ventouse de l’être au monde, même parasite, asservissement, accouplement, accouchement, illusion de la continuation et cela même si elle semble impossible.

l’homme seul crie à l’abandon mais le cri se perd

mais le chant est beau car le chant est oubli en même temps que remémoration, c’est pour cela qu’il est bon de chanter

portant à ébullition l’utopie qui permet  de se réinventer au monde par la participation

mot clé qui permet d’inventer une inscription dans l’inaccompli,
car même sans peuple, même dans une cohue on ne peut imaginer un homme sans peuple, et dans les cas où l’homme est sevré, rompu de ses racines, rejeté au néant, il retombe inévitablement le cul sur ses fesses, aïe ça fait mal, et peut être même sur un congénère comme cela arrive si souvent, en tout cas sur le sol et une pierre, preuve irréfutable de sa constitution dans le réel, qu’il en aperçoive le bout ou non, et ce dès le début de son existence, isolé, l’homme ne l’est pas et un regard à ces pieds suffit à l’en convaincre

les noyés sont nombreux, peuples invisibles, même si l’homme d’exil est un homme sans peuple

il peut aussi se vouer à l’idée d’exil et ne jamais trouver prise

mais le prétexte de la rupture, de la cassure,  si elle induit une errance et l’acceptation d’une perte de repère, ramène forcément l’homme désorienté à la conduite des flots, des courants pour reprendre l’image, à une réorientation dans les flux du monde, redonner un ordre à la succession incohérente des points et des lignes, à plat tomber dans cet angle est se laisser pousser, prélude à une reconstruction plutôt qu’à une noyade, quoique vivre soit se sauver indéfiniment d’un naufrage et ce en se sauvant, s »inventer

seul dans le flot et en même temps que tous.

portant comme un flamboiement témoignage même à la marge de sa parenté.

mots à plat-monde

les mots en  file avec retours à la ligne pour un perroquet ne sera que caquetage ou la souris qui rongera le livre ignorera l’alchimie à l’œuvre , comme autant de points composant une ligne

mais l’homme les a placé là dans l’espace d’une page, en toute hâte ou patiemment il a tracé les lettres sur le blanc de la feuille ou il les a gravé,

dans le poids de son geste il les a choisi ou ils se sont imposés à lui, les mots s’ils se perdent dans les phrases ont un son bien distinct, ils aspirent au souffle de la bouche, mais dans quelle envolée

on ne peut pas parler de mots, seul l’ignorant le fait et prend le livre pour un chaos, masse informe, comme langue, dense et opaque, tout un maillage fait sens sortis de l’indistinct ou le rejoignant, le mot est une part du monde

rappelant  ce  paso doble où Miquel Barcelo et Josef Nadj, pas de deux ces deux disants se vautrant dans la glaise pour en extraire des formes, les détruisant, les malaxant et les jetant avec force extrayant de l’argile celui dont est fait l’âme humaine contre le mur abstrait de la représentation, de la psyché humaine, mur que l’on voit fixe dans les tableaux et qui est mouvant, qui nous échappe dans le signe et qui s’élance en question dans le mot, le poème ou le texte, alors qu’il est choisi, messager de l’homme

et disantcolere1c

ces pattes de mouches où  l’on voit que le mots comme le geste est dans le monde, est surgissant,  évènement la grande matérialité spirituelle dans le temps

mais c’est pourtant dans l’opacité que cela se joue

dans l’espace de l’écrit et bientôt de la bouche,

cataclysme dans l’espace organisé de la vie humaine

le mot se trouve être un mouvement de la main, bave de l’esprit et énonçant par des mouvements de bouche ce mouvement intime qui comme une vague du monde va à l’homme, ou que le monde impulse à l’homme l’homme étant monde et le mots la trace de cette écume du temps dans lequel l’homme se meut,

le mot mouvement se réfère à la marche des planètes, crêtes des chatouillements des molécules, du tour incessant de ce qui travaille en nous même qui sommes monde et que l’esprit anime

d’où le mot

où la suite de mot la phrase, musique organisée comme les muscles pulsent  l’organisation systémique du corps, humain dans le sens où on le nomme ainsi,

parlant c’est ce qui est sur

On retient qu’à un moment de l’existant l’homme se charge du sens et le décharge en mot, geste, musique, couleur, qu’il reçoit du monde et dont il participe

dit autrement le mot écrit, est un raccourci de l’homme et de la Présence, Suite de l’être, comme crachat d’ocre, façonnant la main qui est l’esprit dans les contours, le mots posé est devenu statique, mouvance dansante en particules en attente de la bouche qui de nouveau le propulsera , non comme élément de la culture et certitude mais comme énergie rendue à l’énergie, plus vaste et incalculable, sans que les contours soient bien possible à cerner,

pouls car si le mot est choix et en tant que forme correspond à ce que l’homme peut dire , son étonnement, de sa révolte et l’affirmant, le son de nouveau livré à l’expression humaine  prendra le chemin de l’opacité, ayant pourtant un sens vivant qui est résonnance.

C’est ce que Maria Bethania, lâchant dans l’univers et l’esprit vif  les mots que Pessoa permet de sentir de façon éclatante, si ce n’est claire

les mots que l’ont croyait anodins ou inoffensifs, qui  au moins avaient résonné de manière intime, chargeant de sens la lecture des signes, dans cette nuit abstraite de l’intellect

Maria Bethania les rend à tout l’insoupçonné d’une quasi violence, passion comparable à la lave des volcans, à l’incantation du vivant au vivant qu’un grand disant à retiré de la fournaise, c’est à dire de sa vie même, et lecteur nous comprenons que ces mots sont les météorites de l’âme humaine

Pessoa – Alvaro de campos, « passagem das horas » / Maria bethania

* Marie Etienne me rappelle l’article d’ABdM (au bords des mondes) d’I PB, citant Renaud Barbaras d’où elle extrait les lignes suivantes consacrées à Merleau Ponty et au langage :

Que la pensée ne soit pas intérieure est une chose qui mérite l’attention : elle est dans le langage et dans le monde. Parce que précisément le langage est un moment du monde. On a pris l’habitude d’opposer le langage et le monde, les beaux parleurs et ceux qui agissent, les poètes et les hommes d’action, la contemplation et l’action, et ce sont là devenus des lieux communs de notre représentation binaire et brutale du monde, mais on oublie que le langage ne s’oppose pas au monde, qu’il fait partie du monde dans lequel nous sommes. Il y a une dimension libératrice dans cette fluidité que met en place Merleau-Ponty, dans la mesure où une telle conception fait céder les frontières et les oppositions de la représentation qu’on a du monde.

Bibliothéquer

vu sur le site de Franck Queyraud ce superbe article et comme un fou Wamba, je rebondis La bibliothèque comme un pulsar

S’il ne vit pas au rythme incertain du marché, il accompagne la vie du livre sur la longue durée et sait prendre la mesure du fonds et de sa densité. A côté de sa mission patrimoniale de conservation, sa fonction le requiert d’assurer l’observation permanente et suivie des ouvrages. Le bibliothécaire est un peu le forestier du livre, il vit et raisonne à long terme et dans les deux sens, il se voit comme le dernier rempart. On a le sentiment qu’une muraille de Chine sépare éditeurs et bibliothécaires. Ils gagneraient à la changer pour un paravent japonais.” (page 26)

Le livre et le bibliothécaire, il faudrait qu’il soit un pulsar à la marge du monde contemporain en son milieu et de tous cotés, qu’il propulse et ne soit pas juste un filtre au travers duquel le monde et ses livres passe, il y a tant de livres qui sont des bribes, des condensés de vie et qui dorment et parfois ne poussent pas leur premier cri, alors de passeur le bibliothécaire serait aussi observateur et son désir permettrait à des livres d’exister, pas uniquement les gros arbres de la forêt ni les mauvaises herbes mais les bosquets et les plantes fragiles des recoins et des clairières ; certains livres sont errants et d’autres poussent en rond, cachés ou protégés ils trouvent d’autres façons d’exister (festivals, circuits parallèles, internet etc,) mais la forêt est traversée de multiples flux, au détours on se trouve nez à nez avec des biches, un ours dort (hibernerait mais peut être repose) sous un amas de livres « morts » ou une congère inutile, leurre qui serait l’habitat de l’ours, des ruisseaux la traverse, des glaneurs-chasseurs, des amoureux la pénètrent interagissent, agissent le fou tout comme le forestier,

– je raconte n’importe quoi et me laisse emporter ? – je ne crois pas – car qu’est ce que le livre ? –

On le brûle sur des bûchers d’intelligence pour faire régner la barbarie, on se rassemble autour d’un et ce ferment deviendra ciment d’un peuple, la pensée deviendra livre, un livre qui s’écrit et se réécrit, le livre est feuillet, feuillet de résistance et poème qui déstabilisent l’oppression, un livre est raison de vivre et pleur – la preuve que l’être humain existe, un livre rassemble tous les livres et s’écrit dans le vent, un livre est la rêverie d’un seul sous les combles de l’écrasement, il est survie ;

Je convoque Pessoa, Hrabal, Stétié, Frankétienne, Mallarmé pour qui le livre est instrument spirituel, Cendrars et les tréteaux de Shakespeare je convoque tous les livres perdus brulés ou muets, ceux qui sur du papier aimé furent le rêve d’artistes et d’éditeurs utopistes, livres rares traces d’encre et mots libres, SMS twits et tout ce qui n’est pas livre et écrit les rides d’un homme debout, les mots secrets d’une femme

le monde veut les écraser et lui ne veut pas – lui – s’étend aujourd’hui à l’inconnu – qui n’est pas défriché – l’intelligence est vive et libre, elle arpente sans limite ce que c’est qu’être Homme,
Des hommes et des femmes le savent, sont nichés à un coin de l’état et de la force pour conserver ces étincelles ces flux de foudre, ces paroles proférées et aident à en proférer d’autres, de nouvelles, ils sont comme l’un de ceux qui parlent ils écoutent et forment rempart, le vent qui habite le papier ou les vides des formats numériques, des paroles rapportées les protègent, ils savent ou ne savent pas que l’important est ce vide, ce plein de l’essentiel- ils le défendent, consciemment ou non –

J’ai rencontré des amoureux, qui furetaient dans les rayons et les cartons des vieux libraires ont étés mes amis et confidents, ils me confiaient des traces, somme de la connaissance et eux toujours en recherche, dingues amoureux du hasard, chien fureteur ramassant un livre anonyme défraichi, lui même anonyme lui même inspecteur Colombo Pessoain enveloppé dans un par-dessus de pluie rassemblait les évidences des trésors d’enfance, qui devenaient livres, vérité ou imaginaire ou galaxie pulsionnelle, lui né d’un moment de magie, disons Peter Pan ou Flicka, ce jaillissement était devenu quête éperdue, les livres se pointaient tous au rendez vous, par cartons entiers comme cet envoyé du Cardinal qui achetait les livres au mètre (Naudé si j’ai bonne mémoire), ne lui en voulant pas d’être mis en pile ou hurluberlus dans les rayonnages , ils parlaient entre eux et faisaient corps, un corps dépareillé, d’autres mettaient un malin plaisir à se faire désirer, il fallait les chercher toute une vie durant battre la campagne, le libraire le savait, il avait le flair, il lisait, il savait ce qu’il voulait sauver, les étoiles le lui rappelait quand il sortait, son paquet de tabac contre un livre, beau comme un ticket d’avion, les livres aimés se savaient sauvés attendaient et aimaient de nouveau, car un livre c’est l’amour, préférant un foyer rude à un meuble vitré grillagé et fermé car un livre revit entre les mains et les yeux le chauffent, rappelant qu’il fut cerclé de lettres amoureuses et formé par des mains tout autant, de celles qui tinrent la plume à celles du maître imprimeur de celles de l’illustrateur au programmateur, l’amour menait la danse ou est-ce une piste vers les voix des histoires aux corps de sueurs, des rêves sous la couette aux pensées en volutes chaudes des tuyaux des pipes, résistance d’une maladie, foi en la victoire, carnets et feuillet, livre avant le livre ou couverture de cuir insubordination à l’ordre qui est barrique de poèmes, Omar Khayyam le sait bien, radeau sur le Syrte ou zodiac sur l’Acheron ?

les rêves s’inscrivent aujourd’hui, connaissances d’avant le tri, mais les leurres aussi et le réconfort des bourgeois ;

pourchassé je les traque assoiffée de voyage ma vue veut élargir

Carvahlo les brûle pour allumer le poêle et dire son désarroi que les livres aient mentis, Carvalho sait que c’est le monde qui a menti il sait qu’il a été nourri et trompé ; il n’aspire plus qu’à un bon savarin, il résiste par ce geste car le livre qui fait figure de vérité est mensonge, il sert le pouvoir, le monde tentaculaire et l’état, il faut le brûler, j’y vois cela et le crois aussi. Toi qui sais tu ne sais rien.

Car on pourrait rêver d’un monde sans livre, sans lire et sans construire , sans accumuler cette pitoyable croyance Babelienne, un écart peut bousculer le monde et le livre en château de carte peut basculer, s’écraser comme un chêne, s’écrouler et pourrir. Sommes nous bien sûr de notre connaissance dans cet amas de lettres ? N’est-ce pas plutôt un bastion qui maintient les instruments du pouvoir des forts? le savoir est connaissance, si vaste aujourd’hui qu’elle n’est plus accessible aux simples- à l’inverse la créativité des humbles n’est pas pris en compte, ne l’a jamais été, la nichée internet est cette forêt-là et il faut prendre garde qu’elle le demeure –

je ne crois qu’à la parole qui bouscule, réinventée à chaque nuit à chaque tour de la roue, la parole est libre quand elle se nourrit de tout, le rouleau inscrit, pattes de mouche les briques et tuiles d’un empire, les lettres et les flux de la machine forme un monstre qui est le système, tyrannique, soif de puissance- la littérature courbette courbaturée singe les parades d’un roi – les allées d’un palais et la langue qui de peur d’être mordue fait des ronds de jambes- –

sauvage au large, l’aventurier arrogant, mort est momifié, un souffle le ranime – des murs en empêchent – les vergers sont plus sûr

Tous les livres se résorbent dans la sueur, tous les livres s’écrivent en un seul, le sien point d’ancrage de son voyage!

Les livres sont la citadelle de l’état , du pouvoir qui les craint mais s’en sert. Interrogez les quartiers, les gens du peuple, eux se doutent, car lui le détient et s’en sert, dans des rangées classées, la bibliothèque est un barrage sur le fleuve de la connaissance, détourne les embarcations des passionnés, qui doit contourner, emprunter des détours de bayou, à moins que , à l’intérieur détournent les énergies des guetteurs qui nourrissent à l’insu, rassemblent conservent les paroles insaisissables, les font passer, bousculent et permettent à la vivacité d’aujourd’hui d’exister, pèle-mêle sans la passer au crible d’un filtre, le bibliothécaire comme grand archiveur et funeste classeur, s’il n’était que cela – il est furet – un furet forestier – l’employé magasinier même en chef – qui se donne le choix de croire qu’il sait et de décider qu’amasser et garder – oui Hrabal l’employé magasinier sauve ce qu’il peut, aimer à l’encontre du Pouvoir – qui veut contrôler et garder, sauvegarder mais aussi cacher – du Nom de la Rose à la bibliothèque du Vatican, des trésors de guerre aux musées et que sais-je – n’est ce pas aussi une façon de désamorcer ce qui était un condensé de vie dans une suite de mots et un acte de résistance ? – Où est elle aujourd’hui ? qui saura en décider ? la frange des poubelles urbaines peut en abriter qui folles poussent leur trolleys, poésie vive de ce qui reste de l’activité incessante – d’autres croient l’être mais servent

peuples premiers dépossédés de leur symboles existentiels conservés dans des rayonnages, comme des prisons, symboles eux aussi en captivité – la bibliothèque est un fortin bourré de dynamite, de la nitro-glycérine qui ne demande qu’à exploser pourvu qu’un lecteur ouvre un livre- lise et se mette à rêver, aimer le monde autrement – si seulement – et l’édifice se mettrait à trembler quand les pages se feuillettent et qu’un lecteur s’en empare – la puissance est cachée là aux yeux de tous – dans cet état de captivité où nous sommes –

je rêve souvent d’une cabane – celle de Thoreau – à la lisière du bois – là où la forêt parle, livre les secrets sans retenu – cette cabane pourrait être remplie de livres s’il le faut, ou exempte s’il le faut, les livres sont là où il faut qu’ils soient et le ciel et l’écorce en sont, l’homme s’en pare, il y écrit de ses mains les plus belles histoires et des générations, servent de lien , entre lui et la forêt et lui et lui même, ascendant et descendant au centre de ce qui l’entoure, le livre n’a besoin de rien si l’homme est libre et témoigne le soir, porte à sa vue sa musique, son amour, le puits du nouveau-né

mais l’homme est encagé – il a besoin des livres – pour se repérer, se réparer ou se libérer . si le langage tangue libre – le langage parole se déploie – le livre en détient une partie – l’homme en a l’écho en lui – il pense-bête

car je suis insensible aux gardiens de prison et aux soldats

et si le monde insensible se moque des livres en tant que force vive le rôle du bibliothécaire serait peut être de déjouer, d’insidieusement rappeler que dehors, partout dans les cimes des chemins et des recoins du monde, ici et ailleurs, dans les ici de l’ailleurs et les ailleurs de l’ici existent des chants et des récits, des paroles qui diffèrent de ce tel que nous le connaissons pour le vivre par bribes quotidiennes –

Les livres pourraient être comme les fils d’un grand tapis qui relieraient les endroits de laine, les rêves d’écorce et les pensées végétales, les trous du ciel et les mottes de terre sur lesquels l’humain circule et glane- je dis qu’il faut mettre en doute le monde – la bibliothèque doit être ce lieu – et les enfants y viennent pour cette raison même et son contraire – car la curiosité pousse à connaitre, imaginer aussi bien le dedans que le dehors ; cet endroit ou des forces vives de création se manifestent – il faut pousser des ses bras ces reliures qui cachent les ouragans, l’esprit souffle n’importe où et l’homme sait qu’il doit rassembler ce que lui peut assembler – le bibliothécaire – nom de mammouth de Lascaux – n’est plus uniquement être de conservation mais d’agitation …

l’éphémère

Tout est éphémère,

Macedonio Fernandez
Macedonio Fernandez

un peu comme Macedonio Fernandez quand il écrivait Buenos Aires dans les chambres d’hôtels et y laissait tout un fatras des papiers qu’il avait écrit, raturé, rêvé,  chefs d ‘œuvres en fragments qu’il laissait sur place, alors c’était le jeu de piste et Borgès et ses amis le suivaient à la trace pour récupérer les manuscrits , des pleines valises,
on devrait lire Macedonio , un fou lucide ! un barbu marcheur qui rêvait les feuilles sur le trottoir, qui quand il écrivait, écrivait  pour rien, pour clarifier sa pensée, il s’isolait et semblait évacuer l’idée que quelqu’un,  paralysant ou limitant, qui  attendait quelque chose de lui, que ce qu’il écrira sera discuté, jugé, glosé ;
Mais on peut aussi écrire ou peindre pour l’amour et : là sans doute  ce doit être le plus beau possible, parce que l’on écrit pour se rejoindre, je dis écrit mais ça peut être aussi peindre ou vivre,  là ce n’est plus nécessairement faire plaisir à l’autre, aux autres, à la la littérature, à l’art, mais bien rejoindre l’idée que l’on se fait de son élan,
ce n’est pas que l’on veuille que ça demeure, il suffit de l’avoir fait, mais on n’aime pas se voir moqué par les éléments,
voir les pigments s’envoler et malgré la beauté d’ un vent pigmenté, on se sent un peu frustré, il n’y aura même pas eu le temps de plonger le regard, de voir vivre,

Rose à raison, un livre ou une peinture vivante, on le voudrait mais on cherche comment on pourrait faire,  laisser tout aller je crois, dépasser tout ce que l’on peut concevoir, faire naître pousser et laisser aller comme une balançoire, comme une plante qui pousse, n’importe où, elle pousse, comme une rose.

Les peintures sont vivantes, elles se doivent d’être imparfaite parce qu’elle ne peuvent pas se permettre d’en rester là, il y faut des vides ou des surcharges, des ratures, des écrits par dessus et des messages codés, des appels de la couleur au minéral, un peu comme ce grand livre jamais écrit mais repris en chœur à chaque fois que ceux qui aiment le réinventent, avec de nouvelles voix qui respectent la musique, c’est de musique que je parle là, de chant, le livre c’est le chant mais c’est une peinture aussi, c’est de l’oral, l’oral qui s’entortille depuis les fin-fonds du temps autours de la bouche, la même branche qui refleuri qui pollinise l’éphémère, c’est cela aussi pouvoir rentrer dans le canevas à chaque fois sans se tromper, broder son art dans le respect qui toujours invente et rend le monde différent, à chaque fois comme un éveil, des retrouvailles, ça c’est Simha Amron découvrant les polyphonie pygmées Aka qui nous en parle, la trame n’a aucun intérêt pour les pygmées, l’ethnologue peut leur faire dire qu’il y  a tant de phases et décortiquer, ramener la musique à l’équation,  ça c’est pour le livre, mais eux c’est la merveille qu’ils chantent à chaque jour, c’est cette joie qui leur importe, celle qui en fait la beauté.

C’est pour ça que je vais vers le fragmentaire, c’est pour ça que la science du peintre ne m’aide pas, Malaurie parle de sagesse, la science n’apporte aucune sagesse, elle ajoute mais elle ne respecte rien , elle ne chante pas,

mais je reviens à mes peintures
de toute façon elles pioncent dans des cartons ….
je vais fonder un groupe pour la cessation de l’hibernation des peintures,
j’avais un copain peintre qui disait qu’il faisait prendre l’air à ses peintures quand il exposait,
l’éphémère,
il faut voir le magnifique film d’Andy Goldsworthy « rivers and tides » , là, le temps, l’œuvre de l’homme et de la nature est délivrée au temps, comme un bloc de glace qui fond, comme  la marée qui recouvre les pierres,  entassées avec application ou ce filet de poudre d’ocre, ou ce collier de feuilles qui magnifique et essentiel dans le courant de l’eau  s’y dissipe,
et puis le travail et les jours, l’homme qui chaque jour retourne voir sa belle amie, la nature, pour lui faire, se faire une surprise, en prise sur le vivant en phase avec le temps,  prouve que la vie anime.
C’est comme ça , c’est beau ,
c’est aussi pour ça que l’écriture  doit être la plus volatile possible, fragmentaire, pour être comme le temps , pour chevaucher le vent,

Mais , à mon sens ce ne veut rien dire, ce qu’il faut c’est réellement prêter une oreille attentive à ce qu’ils disent, ce qu’ils écrivent, Joy Harjo mais d’autres, d’autres, chantent… à ce qui est vivant et qui  renait, vit en dehors de nos tracks, que l’on n’aperçoit qu’avec peine tellement nous n’apercevons que ce qui se coule dans nos tracées,  je l’ai toujours pensé  et j’essaye d’être attentif, de me nourrir,  plus fort de ce que les autres glissent dans ma main, parfois  la lueur, le temps d’un silence, prenez ça, ils me glissent cet autre temps qui vient du silence mais bourré de bruit, méditation mais qui bruisse, d’herbes des bleus des étoiles, des bruits de pas qui frappent, le respect m’habite, ma main est ouverte et je suis un chef de guerre qui a déclaré la paix,  obstinément, Gandhi m’a montré la paume, je l’ai baisé moi l’homme en colère, peuple millénaire qui coule dans mon fleuve et ma langue de feu, j’ai refermé la paume de la guerre, et je me suis assis pour mieux comprendre,
Truddel disait cela, que de toute façon c’était peut être le sens de l’évolution, qu’il fallait chevaucher autrement, prendre le monde à bras le corps et être d’autant plus soi, une guerre qui n’en porte pas le nom, silencieuse mais déterminée, Joy dit « mon canoe me porte de la défunte Mississippi aux rives d’Hawaï, à la Finlande et aux frontières de l’ouest, plus forte dans l’universalité » ; et Luzmila et Violetta chantent les vieux airs gravés dans une langue minérale dans une voix végétale dans un œil stellaire, les fondements du rythme nous atteignent  d’Itxassu à l’ile, la grande Ile et l’archipel, le bloc de glace répond à la joie polyphonique de la forêt, de la trace du désert mauve les sangs se mêlent et les voix s’accouplent,

le tout-monde me fonde,
je suis assis et j’écoute la rumeur, je tente de faire taire la colère , je fais bifurquer les autoroutes des gaz, je regarde l’arbre et je tente de me souvenir, ce tronc, ces feuillages et je me vois feuille, j’écoute les pas et je me fiche des mots, je n’écoute plus j’entends ce que je peux percevoir d’essentiel,  je me barre à ce qui m’oppose à l’autre, dans ma paume le présent comme une lueur brule mais réchauffe ma lueur,
j’ai vécu longtemps dans le drame, bien sur la colère, je voulais rejaillir comme un arbre abattu, par la partie qui est resté intacte,
finalement aimer,
petit à petit mes forces reviennent, détourné de l’impossible je m’interroge, je tends l’oreille pour entendre et je souffle que moi aussi , qu’il y a le grand fleuve, le fleuve bouche de l’estuaire,  l’homme qu’irrigue la femme, que pleure l’enfant, et je vois que la terre est sèche, ridée et mourante, euh le savent et s’en remettent à la voix, en chœur serrent les poignes qui brandirent, je fais de même dans mon isolement, mon œil ours redessine les contours du volcan dit les couleurs fondamentales et refuse d’être entendu pour autre chose que mon chant et je toise à corps, je m’enfonce dans cette forêt et j’essaye de me lever, j’essaye d’être un homme surgit du rêve de l’ours, disparu, dans l’ombre m’étend,
je me souviens de l’homme que je fus, de mes lignées de morts et je recrois à mes vies.
si seulement se relever.

dans cette errance la vie créative, les poèmes, la vie crue, l’effort pour parvenir à ce rien, si plein de cet effort, et une distance rigolarde avec ce qu’il fait,

il est dans le monde et il peint