Et au dessous rugissait le volcan

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, poésie, Présence africaine)

Brèche ouverte, le surréalisme en Europe, plonger et s’initier à la glaise, strates de soi, pour Césaire  ignorer un mot c’est accepter de ne pas se connaître, redécouverte de soi dans les marges des empires qui ne sont pas l’empire, comme en Tchécoslovaquie et l’éclosion du mouvement Dada, la Grande Guerre aura tiré un trait sur le grand rêve que l’on se faisait de sa grandeur, ame, intelligence, profondeuer, elle aura ramené l’homme à la bête qui blessé tente de se redécouvrir. La civilisation naissante de masse, qui est une marchandisation extrême, le jeu à la marchande auquel jouent les pouvoir s’échangeant la menu monnaie de la vie humaine, soudainement les âmes et les cœurs sont projeté dans la grande interrogation d’être et prennent le contrepied, énorme vague de romantisme concret, vertige des profondeurs, ils cherchent un sens , accumulent et déconstruisent. A Vienne Freud et ses suivants permettent de se ressaisir des pièces d’un puzzle qui n’avait jamais été sciemment découpé, le social vivait ordonné sous le toit de l’acceptation, maison commune qui était devenue celle d’un vautour qui soudainement avait levé un voile; il était un ogre, Saturne au grand banquet. Les enfants sont perdus, ils fuient, dans la clairière au milieu d’une foret d’angoisse, de démesure, c’est un défi de désordre et de bacchanale compensatoire, qu’est-ce donc que l’homme moderne, l’accouchement dans les cieux le sperme de l’occident à la conquête quasi spatiale dans l’utérus démesuré de l’imagination.    Vienne , Paris, propagé dans les capitales  de l’Europe, plus tard au foisonnement nouveau du monde hurlant, New York et Berlin,  les déboussolés, jetés sur les routes et ne reconnaissant pas les calmes d’une campagne, émulsion jetée sur des rues sans nom , connaissent l’exil ou plutot le désirent, inventent ce nouveau brassage.

Mais, franges de l’Europe, les marges contiennent aussi  les colonies nouvelles des  métropoles, non-lieux vides, hors-lieux où l’ignare règne d’un main de maitre ne connaissant rien, ils ne reconnaissent rien et s’illusionnent, loin du charnier en jachère de ce beau mot que fut jadis Europe. Jachère, terreau, des grands révoltés de l’imaginaire portent encore en eux la grande civilisation, africaine, malgache, algérienne, certains ont été projeté dans la mosaïque inhumaine de l’esclavage et de la dépersonnalisation, ces deux voies vont se rencontrer, fructifier au contact l’un de l’autre apprenant de chacun et couvant sous les grandes fesses de l’occident qui opère sa mutation, la vérité elle aussi naissante de leur transformation. L’ordre ancien est mort ou étouffé, l’acculturation fait son œuvre, le grand pet du monde trouvera les voies créative pour reprendre la trace et l’invention magnifique d’une retrouvaille de l’être. Le tout-monde se faisait mentalement  en poésie aussi, comme un plan projet de ce que l’on pouvait percevoir du grand chambardement.

En chaque être humain, soumis à la folie d’une  dépersonnalisation, des individu  parviennent à s’extraire du grand collectif, l’âme, la psyché est sous le feu de la psychanalyse dont la grande médiation de l’expression, écrite ou orale, picturale ou culturelle se chargeait de faire table rase et était une grande projection de cette étendue formidable de la modernité et de ce qu’elle pouvait sous-entendre. A l’intérieur de ce  bouillonnement interne au monde occidental, par ailleurs en proie à une violence des  cataclysmes et à l’expansion coloniale, le surréalisme fait rage : il conteste, travaille à la refondation de l’imaginaire moderne, cherche à comprendre le lien qui agit les êtres et les choses, mosaïque sans sens du kaléidoscope et fait appel dans son exercice à des recours de l’âme qu’il appelle primitifs : le rêve, la divination, le fétichisme, le fondement animiste de l’être et de la société. La rencontre avec les dessous de l’empire ou il reconnait les propres siens, sous-vêtements cachés sous un habit noir et terne, faisant oublié le corps et la parole tue par le télex et le code grandiloquent.

sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,

réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines, aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves les profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
ceux ci qui ne se reconnaissaient plus y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier, brut des masques et plongée transversales, le mythe moderne en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité, car si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’égarement insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, oralité de nouveau magique de nouveau vivante et retrouvée libre au sein de la langue invocatoire, ferrée de rite redevenue parole ployante au vent de la trace de l’être

Certains poètes s’y consacrent.

Senghor, Césaire,  je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible pressentiment, obscur inséparable de mon être, au monde l’exil, détachement sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…) voila ce que dit la notice du livre ,

L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

voila quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel, chercheur au silence coital de la parole dans la chair de la parole, sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, esprit mutin, enveloppement entier dans cette soie qu’est le « lamba » et butin que clame la force irréductible du vrai qui ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

rabemananjara

le chemin vers le monde

Maintenant, quand on embarque dans cette poésie, on part pour un voyage, voyage dont on ne sait si il s’arrêtera, car pourquoi arrêter la vie qui coule et que l’on retrouve jusque dans les feuilles et sur les pointes des doigts ; voyage en beauté, vrai la poésie coule, pas à pas, goutte à goutte, tous les mots du monde, on aurait beau les décortiquer et les faire sécher au bout d’une branche, on n’en tirerai pas le jus de la poésie qui est bien plus complexe, l’on entend la voix et ce qui s’insinue entre nous deux, dit il , le nord et moi, ma voix qui se trouve résonner avec le pays .

C’est grâce à la norditude que je parvins à trouver l’expression de l’amalgame ressenti si intensément entre mon âme et l’âme du monde.  Aurai-je écris si je n’avais pas été ébloui par la nordicité ? Oui, mais peut être que tout aurait été gribouillage. Lorsque je ne tente pas d’exprimer l’espace où les pierres, les plantes, les bêtes et les humains  ne font qu’Un, j’ai le sentiment que je ne peux que balbutier.

Et puis on pousse une porte pour que le voyage commence, le voyage de tous les voyages, au contact du monde, imprégné des chemins, il y a cette matière et puis cet esprit, il devient évident que les mots ne sont que la surface des choses, les mots de la poésie, cette forme de lecture où il est vain de souligner, d’écrire dans la marge, de tenter des raccourcis.

Il n’y a pas plus de raccourcis que de survols, les hoquets ne sont que la pulsation du vide qui environne être avec soi le peintre chinois ne prone pas une mesure, se penche sur le vertige qui est  en soi, le reconnaît et dévoile la broussaille pour respirer, inspirer, tenter de contenir le suspend, il le fait sans succès, n’en a qu’une petite idée, il faudra revenir demain.

Être à la nature, lien pour relire, se réimprègner, retenter l’escalade. Un mystère, comme le pas de l’épris d’aventure, marche, ouvert sur l’ouverture, excité du mystère, du taillis et des étoiles, du dindon mythique qui s’en vole.

41LpGVkjMdLJe suis parti enthousiaste de ce souffle car j’ai senti que rien n’était gratuit, que seul de rendre grâce au bonheur d’être immergé dans la nature, nature au présent, nature du pas, de la voix, joie sans doute de la voix qui peut dire, articuler, couler sous la langue.

et dire le formidable bonheur et le reste, le sens du risque et la beauté, l’insondable mystère concret là dans le pas et les odeurs, palpable sous la langue, dans le rythme et la couleur, on dirait sans recherche, les mots ne sont pas en mire ni la poésie, ce qu’elle pourrait être au tout petit matin de l’aube quand l’arpenteur s’en va.

C’est de toucher cette harmonie avec le monde je marche et je m’enfonce dans le pays. Car je m’enfonce, il vaut mieux dire « JE » à partir de maintenant car mettre à distance ne convient pas, le JE claque et soumet au présent, et la présence qui s’étoffe, s’approfondit à chaque ruée de la touffeur, l’être là où ça s’enfonce, en soi et le mystère.  Et la vie qui vibre et les mots retenus comme ceux de la vie, la seule valeur, pas en soi, mais dans ce qu’ils réverbèrent de l’être touchant du monde, de l’épaisseur.

Par quels secrets, quels chemins l’accrocher, cette poésie qui s’est révélée en même temps que ce révélait ce lien avec le nord et que l’écriture soudain s’est vu essentielle claire et si simple , si simple que cette élongation de l’arbre, épinette ou sapin qui sur le blanc ou le ciel déchiquette le sens, la poésie est là , dans l’épinette, dans la neige ou bien le ciel, dans le rythme bien simple, à déchiffrer la biologie et la physique quantique , à l’œuvre dans le paysage, dans la poussée du bois, en même temps que cette chose si importance bat dans le cœur de l’homme qui rejoint, reconnait il ? aime il ? il touche au plus ancien de lui cette corde sensible, archet qui dégringole des flots de torrents et des étendues d’être,

tout cela dans les poèmes, et un éclaircissement qui va progressivement au fur que l’homme s’augmente se révèle dans une excitation au cœur  des muscles et de l’âme qui arquent. Car dans les mots, à cheval, ou les portant, c’est le voyage lui même qui à chaque fois que la bouche les articule, avec la simplicité d’un homme qui parle , d’un homme qui marche, sans effet, observe ce qui est beau mais finalement n’a que le mystère d’être là quand on y pense, pas de grandiloquence autre que celle reliée au souffle. les mots comme la pureté de l’endroit, me semblent un traineau.

Des flèches dans l’infini

Quand on est empêtré dans sa vie et qu’il faut repartir, il faut un maître pourvoyeur d’étincelle spirituelle. Ces vrombissements soudain de la lumière dans le calme plat et la zone d’ombre, je les ai tant aimé. A chaque fois, ces illuminations de celles que l’on ne tenait pas pour possible sont là pour éclairer le chemin, instituer une étoile du nord. Leur brillance est indescriptible. Souvent elles restent, s’éclipsent et réapparaissent après plusieurs vies, quand elles sont trop vieilles elles continuent à briller d’un feu qui réchauffe de l’intérieur.

CharlesLloyd

Je crois bien que c’est grâce à cela que l’on parvient à vivre.  Il est difficile de savoir à quoi leur apparition correspond car elles sont inattendues. Un feu lumineux est indescriptible, il possède en lui des vents qui évacuent les illusions et tous les miasme, soudain la danse lumineuse ensorcelle et on se précipite dans le milieu pour se laisser entrainer, les échos rugissent, l’esprit est un axe que l’on désire suivre et qui, a chaque fois va se manifester , évoluera avec vous. Ces événements sont tellement puissants qu’ils ouvrent des périodes de vie, c’est le chant qui me hante et me pousse à découvrir le mien et donc à m’écarter du chemin stérile et surtout sombre. Le souffleur m’a ranimé mais c’est dans la grande tradition des « healers » que d’apparaitre au moment opportun. Une mélodie s’insinue en moi et n’en fini pas de jouer,  « fish out of water » était tout un programme, sunset ou plus récemment Hagar’s song me disent l’absolu profond, la volatilité » et l’essentiel d’être toujours en mouvement.

Sa musique s’est insinuée dans ma peinture, dans ma philosophie et ma sensibilité. La pensée sans doute que le spirituel est ce doigt qui pointe vers nos possibilités et le plus grand que soi. Du moins c’est l’étincelle qui me maintient pour se rejoindre et préparer à la nécessité de ne pas stagner dans un ressassement de ses blessures. Lui même fait écho à ses propres blessures et à ses propres chemins pour les dépasser et dans un phrasé concentré en long souffle dit à quel point la vie est régénératrice. S’accrocher à un point, souffler et toujours y revenir. Être submergé pour se trouver et découvrir l’existence.

Mais les rappel sont toujours nécessaires car le monde est toujours là pour nous égarer. Tant que ce qui nous anime n’est pas assez fort pour trouver même le cadavre d’une mouche belle et un monde beauté en soi. Et je me dis qu’il y a toujours des gens sur cette terre qui sont en recherche et qui illuminent, qui lancent une flèche dans l’infini, mais pour lancer cette flèche et irradier il faut savoir aussi s’arrêter et prendre possession de soi même comme d’une arme et la force de se renouveler.

Charles Lloyd: Arrows Into Infinity

Music is a healing force. It has the ability to transcend boundaries, it can touch the heart directly, it can speak to a depth of the spirit where no words are needed. It is a most powerful form of communication and expression of beauty. Whether in context of my « New Quaret » with Jason Moran, Reuben Rogers, and Eric Harland, or Sangam, with Zakir Hussain and Eric Harland, or with Maria Farantouri, it gives me great joy to make music with each of them. Each time we play together there is a healing wholeness that permeates the atmosphere.

We must go forward, all the great ones that went before us insisted on this. For each generation, it is incumbent upon us to rise up and sing the song – the journey and pursuit is unending. I will always remember that from his death bed Master Higgins told me “We must continue to work on this music,” and as long as I am able, I will continue to do so. Each of us has his own experience, and from that experience, something is transmitted. For me, the purpose of life is to know God and the struggle of spiritual life will go on as long as I have breath. The pursuit and the music are one.

© Charles Lloyd

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Marcher en beauté

68.WIB_cover_final_copyLe soir installé sur ma chaise longue, mitraillé par les moustiques et sous l’ombre de mes arbres je lis Le livre de Jean Desy. Il y a une fraternité entre cet écrivain et moi, du moins je la perçois. Ce n’est pas uniquement que sa vie l’a mis très tôt en contact avec la vie de la nature qui est devenu pour lui la beauté. Plusieurs réflexions me viennent de façon naturelle car de nombreux fils viennent croiser les siens. « To walk in beauty », cet « vision » ancienne navajo, entre conception sacrée et manière de vivre, complexe mais inscrite dans la simplicité, la beauté qui est si importante pour lui m’y ramène, la simplicité et l’imprégnation dans la nature, qu’elle soit humaine, animale ou universelle semble l’entrainer toujours à un essentiel de vivre, le cœur et les muscle comme pollen. Sans qu’il soit besoin de l’inscrire dans un poème, la vie étant poème, la source comme je la vois et de laquelle le poème irrigue.

La source, pour lui est plutôt un lac, une étendue sans forme particulière, vaste la vie est là où l’homme vient se retrouver, s’abreuver. Je force ce qu’il dit. A le lire on a plutôt l’impression que l’être humain vivant au même rythme que la nature, trouve sa plénitude, par son corps quand ses muscles lui permettent de s’immerger dans le vivre où l’esprit, l’envie de l’enfance et la poésie, ce sens plus grand que tout qui est peut être l’amour. Ce qui constitue la nature, l’environnement pour lui de la forêt, on y trouve des essences végétales, arbres, mousses, plantes et la terre, les roches, la neige qu’ils recouvre et les animaux , ce règne du vivant animal perceptible ou imperceptible en mouvement constant et course pour la vie. On imagine que la nature ne s’arrête pas à  ce qu’il peut croiser mais, vivant à proximité des inuits et des indiens, du moins il les croise parfois, la nature est en profonde résonance avec l’être lui même; là plus besoin de définition et les manifestations suffisent à s’en faire une idée mais c’est de cet indéfinissable qu’il parle lorsqu’il y est plongé et qu’il ressent une si grande joie, Je n’en doute pas.

Que l’homme soit une part de cette nature est la raison pour laquelle il s’y sent si bien, trouve sa raison d’être en y étant immergé. Pas de distance sentimentale ou romantique, la nature est un être vivant et la forêt ne se laisse bien appréhender que si l’on dépasse l’humanité vécue comme culture. Ressentir la nature, aller au plus profond de ce qu’elle peut avoir de cru, permet de rentrer en contact avec l’animal et d’être  à l’écoute de la forêt, du lac ou du chemin . Ce n’est pas une rêverie solitaire mais un compagnonnage du monde … La nature et la beauté essentielle sont liés à l’esprit, l’homme trouve un souffle infiniment plus fort que lui et jean Desy cite Bashô

Suivre la nature, retourner à la nature

Bashô a une vision du vivant qui n’est pas complaisante et j’aime ses poèmes où en quelques mots, la complémentarité et l’apparente contradiction des termes nous projettent sans violence vers un chemin de compréhension. Pour le canadien nomade, médecin et poète, j’imagine que la nature est tout sauf un écrin.  Le maître zen inlassablement remettait l’existence paisible en question pour rechercher la vérité sur les chemins, dans de véritables voyages qui le lançait sur la route du précaire, sans rien d’autre que des souliers pour l’y porter. Le poème  agissant comme un exercice spirituel sur soi même aussi bien que sur la forme,  les mots conduire à ce que le poète à aperçu. N’est ce pas un peu la définition de la vie nomade où Jean Desy se reconnait et où l’esprit illumine, à la façon d’une étoile ou d’une étincelle. L’esprit ne se laisse pas capturer mais est là dans la furie de la course. Des pages merveilleuses viennent confirmer cet accord

Ce qui importe, c’est que le sentiment d’amour ne disparaisse pas sous le fatras de mots. Si vous aviez l’impression, par exemple que qu ces mots allaient servir à plus d’amour, vous cesseriez d’écrire. Car créer pour proclamer avec cynisme le non-sens de l’univers ne vaut pas la tige à peine éclose d’un tussilage au printemps.

L’âme a besoin des couleurs de l’émerveillement pour courir l’espace. Sans l’émerveillement qui sous-tend tout acte poétique, il pourrait n’y avoir que de magnifiques actes dérisoires. Alors devant l’absurdité du monde, il faudrait apprendre à rire de la condition humaine, à rire du non-sens comme à rire de soi-même. Rire pour ne pas mourir en état de parfaite indignité…

C’est alors que vous ressentez le mieux l’amour du monde, grâce aux êtres qui respirent au rythme des montagnes et de leur rondeur magnifiées par des lunes si brillantes qu’on doit plisser les yeux pour ne pas être ébloui.

la cabane

Vivant – Humain  et bien sur vivre.

Ce sont ces mots que je griffonne sur la marge « du fond de ma cabane », le livre de Jean Desy que  je lis. il y parle de cette puissance et de cette fougue à vivre qui confine à la détermination. Du moins la décision intérieure de donner à cette pulsion de vie, au plus fort de la forêt, de la maladie ou de la mort, face à ce qu’il appelle le combat contre l’inacceptable. Histoire de choix car  la raison d’être de la cabane, ce petit abris entre le vaste monde et l’étriqué de notre civilisation, a à voir avec ce choix de vivre libre.

Jean Desy
Jean Desy

C’est en endroit intermédiaire qui est déjà une décision de vie, résistance à l’encontre de cette vie qu’il a été si difficile de vivre sans se perdre, mais tempérée par le désir d’aller vers, la fougue de l’homme en marche se sent dans tous les mots et les méandres de la pensée qui élargit le monde, respectueuse des limites contenues dans la nature et le corps. Équilibre permis par la connaissance de la forêt, connaissance de soi même, l’homme s’en abreuve, en accord avec le concret et le vécu du quotidien,  donne forme à une spiritualité ancrée dans les gestes nécessaires. Vie vécue dans la beauté pour répondre à nos besoins et nos impératifs, et rien que ceux la.

Et les grandes phrases se perdent, la poésie n’est que là où elle apparait, inscrite dans les calepins quand vient l’appel. Les animaux appellent dans la forêt. Ceux qui ont compris que l’existence se vit dans le même temps que la nature, se respire en elle comme un coureur aime sentir l’air couler dans la gorge, acquièrent ce tempo qui permet de déborder de soi vers plus vaste que soi.  Question de rythme et de climat car le défenseur du nord sait bien qu’au Nord le monde est tellement prégnant que l’on ne peut s’y soustraire. Les erreurs ne sont pas permise et l’homme comprend vite que pour vivre en accord, il faudrait faire partie d’elle. Il respire et ne perd pas le fil, qui le relie. Devient son envie.

La poésie. Plutôt que de laisser perdre les mots sur le papier, s’en emplir et laisser cette source au fond de soi ; s’il faut l’écrire alors écrire sur les feuillets. La poésie comme un journal où il est tenu compte des enthousiasmes et des traces de l’existence. Jusque là rien que de très simple. Et c’est heureux. C’est de se sentir vivre au contact de la nature, vie partagée, à son rythme ou rythme partagé, aucun des deux n’en impose à l’autre. L’abstraction?  Même si et quand la pensée s’en mêle, on ne retient que le fil qui est comme toucher la glace ou la sève d’un arbre, le sang d’un animal.

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L’être court, relève le défi, se confronte à la neige, au froid et à tout le reste, ayant décidé qu’il lui fallait voir clair , et donc s’extraire de la nasse, je devrais dire vase, pour vivre. Il a fallut faire coïncider la vie avec cette grande exigence. Pas forcément de rébellion mais d’incompatibilité et donc se rapprocher de ce qui  compte. On sent la même dérive dans l’écriture qui est simple puisqu’elle suit son cours, embarcation de l’homme qu’elle porte, qu’importe la métaphore, elle est affutée et ajustée. Ce qui importe ce n’est pas le style mais que la lente réponse à la respiration, halètement ou souffle, soit porté par cette existence et se reflète.  Parce que qui a été empêtré dans les couloirs des grandes villes et a réussi à s’en sortir, sait qu’il ne faut plus risquer de perdre, au contraire vivre et provoquer la vie, nomade pour n’être qu’avec elle dans le mouvement, mais c’est un autre sujet. La conscience d’être entièrement soi-même  donne puissance à cet équilibre et écrire en fait partie.

Cet itinéraire est poétique, mais semble savoir qu’il faut s’en tenir au réel, à ces choses du concret et à ce corps qu’il faut laisser filer comme les chiens du traineau. Écriture d’homme que les sensations n’égarent pas car il reste vigilant, même quand il se laisse aller à sa joie quand il exulte de la nature et de la sève en lui. La vie ramenée à son essentiel d’homme se lit dans le regard. Est ce son caractère ? je ne sais pas, je ne le connais que par ses livres. Je sais que j’aime sa façon d’écrire parce qu’elle est simple et assurée mais aussi parce qu’elle ne prend pas les chemins de la prétention, au sens de la supposée importance mais aussi de ceux de la fiction. Cette narration fictive ou tout serait comme si, pas uniquement une histoire comme un conte mais une prétendue réalité qui n’en est pas une, on prend soin de souligner le « comme si » voulant dire sans doute que la vie est ailleurs et qu’il ne faut pas prendre ces racontars au sérieux, ou qu’est ce ? Pourquoi user de cette fiction, cette vie vrai prétendue fausse ou l’inverse.  Ces débordements du fictif m’exaspèrent , non à cause de l’imaginaire , j’en raffole, mais de la volonté de faire croire que ce qui écrit n’existe pas et qu’il ne faut pas y croire. Au contraire le conteur sait nous entrainer et nous fait rêver ; le poète nous faire sentir qu’il s’agit bien de ça, même tout semble montrer le contraire. Le ce serait ne même à rien.  un exercice de style pour nous maintenir « at bay » ? Mais quand je vois l’homme ouvrir la bouche et parler, raconter, je sens l’humain témoigne de cet appel et de cette connaissance, je sens l’écho et je l’écoute, essentiel ce qu’il rapporte et conserve avec lui, jusque dans son écriture qui est prudente,et sûre. Bientôt il m’emmène dans ses rencontres avec l’ours, frôler les épinettes, je vois sa cabane ou je l’imagine.

Je ne prétends pas parler du livre de Jean Desy, je m’en fait simplement l’écho pour prolonger la lecture. Je voudrai conserver ce calme et ce sens d’une plénitude fragile, en accord avec cette écoute de la vie,

L’harmonie est une eau de lac, alors que le moindre œil de truitelle, l a moindre mâchoire d’achigan, le plus fin rostre de touladi viennent à la surface, alors que les poissons ont envie de moucherons ou d’éphémères.

surement que les éphémères ne sont que des insectes, mais je me dis que nous autres, poissons ou hommes, nous avons besoin d’éphémère car l’on est sur de rien d’autre.

Car la rose est pâmée

tendez l’oreille car je ne compte rien vous dire et cela ne vous servirait si peu, d’entendre d’une main insouciante sourde s’assoir et le regard dans le vague comme s’il attendait quelque chose et que ces quelques lignes, mais là ce ne vous dirait rien et je ne veux surtout pas parler de digression car ce n’est sont pas écrit sur le papier ou imprimées ce qui se vaut

éléments visuels ne lui apportait rien, ou peu, et ce pourrait être ce qu’il vous plaira car que se joue t’il là , un paysage, un carré à bêcher, un retours des campagnes de guerres ou une après midi pluvieuse, on ne le sait vraiment pas

ou pire on s’en fiche ,

car

l’important est que ça n’en ait pas et que ce soit si

vital

vous croyez cela déplacé et pourtant

cela est dans les artères et il faut recourir à des trésors de dépaysement pour approcher la bête aux aboies

et sans sérieux car ça la tuerait

sans

nul

doute

trivialité mais de quoi est il question ? mais de vous un regard ennuyé fait taire et l’humour est toujours là rassurant devant le cercueil ouvert comme un sourire sans dents et

ou choses déjà vues, dont on mesure mal la portée

semblable à un parterre de belles roses trémières, fanées ou prétendant l »être

un livre

avachies sur le divan

incongrues peut être

explorant les possibles sans jamais parvenir à être ridicule avec ce trop de tendresse et parce QUE sans leurs vêtements les personnes issues du théâtre de la vie sont bien réelle sous leur dehors ou leur dedans de monologue

les vicissitudes et la folie d’exister

en même temps que tous dans ce QUE l’on nomme le monde, on ne sait pas tellement ce QUE c’est, c’est un drame dit par la plus sinistre des comédies, leçon de danse et chasse à court de philosophie, traité guerrier et manuel de dérision tant et tant

et que cela se résume à cela

sans que

décors ou ou réceptacle, préceptes

mais dans vie car il faut que les personnages parlent et derrière eux toute une gallery de portraits, des digestions impertinentes des milles livres lus qui apparaissent là comme le revers des masques, figures surgis des lignes textes avant coureur du cinéma c’était la vogue et le visuel pullulant est une débauche qu’en dehors du théatre la littérature tait, hurlement de rire ennuyé dans un mot une pint de la meilleure bière l’AVC est tout proche ou la goutte

mais bien vivant dans ce qu’ils disent et s’échappant en baragouin dans leur silence

ce serait là

à l’en croire mais le faut il ,

non nulle intention de rien dévoiler

quand les détours et les jours et la chouette des saisons ramènent la rose à la terre et cent fois refleuri le jardin, les bulbes et les pommes de terres rentrés cette longue enfilade de saignées sans cause ni raison vaut bien que l’on se laisse aller à jouer des mots mais sans rimes

La belle amour humaine

« La belle amour humaine » Lyonnel trouillot 

Le titre est emprunté à une expression de l’écrivain haïtien Jacques Stephen Alexis dont je suis en train de lire « l’espace d’un cillement » recommandé par Jean Yves Loude, donc un commandement –

Et même si J S A aura sa place ici en temps voulu, le temps que …,  le matricule des anges dans son regard sur le dernier livre de Lyonnel  Trouillot me permet d’introduire cette grande vibrance, sagesse des mots qui sont mystères et collent à une connaissance en avant de la Vie – que l’écrivain haïtien chante – car les mots sont aussi chants , bien sûr.

je cite (LMDA) …

Dans un grand nuage de sens, elle semble indiquer que le réel est toujours le plus fort et qu’un grand oeuvre attend quiconque souhaite entrer en scène, danser au bal,  être avec les autres ;Pourtant une rencontre est possible, qui tient du hasard et de la nécessité, pour que la belle amour humaine invente une autre vie ; une autre fraternité, des gestes d’accueil, des mots de compréhension, une attention à l’autre. Pour qu’au fonds, une réponse claire soit faite à la question centrale du livre : « Quel usage faut il faire de sa présence au monde » .

© LES DIGIGRAPHIES DE GERALD BLONCOURT

En lisant cela sans qu’il en paraisse une écoute très attentive aux mots se laisse résonner de sens, dans un enveloppement progressif de sens et d’évidence, de poids pesé de ce que le mot entend au monde car je n’ose pas dire : dit ; une noix que l’on savoure jusqu’à ce que remonte le sens et que la question apparaisse un peu plus clairement. On est alors saisi de la question, est ce comme cela qu’il faut comprendre ce qui est dit, le mots et leur charge perpétuent l’écho, une présence au monde est cela ? est ce de cela qu’est faite la  décision soudaine d’appartenir au monde et en relation d’esquissé l’amour. car la question est l’esquif de cette réponse par quelques chemins

Trop de paroles gâchent l’accès simple à ce mot qui mâchouillé, sucé, absorbé livre par la salive le sens.

la belle amour humaine, réel, bal, effort, consentir, autre accueil        les mots lachés résonnent

L’homme les saisit, les salive.

la voix de  Lyonel Trouillot nous dit que bien plus que la question de l’origine celle de l’usage de sa présence au monde est ce qui importe le plus.

Je sens revenir à l’humanité, celle qui est au fond de nous et que nous laissons stagner comme dans une mare.

Quel usage faut-il faire de sa présence au monde?  et même si la question fondatrice et motrice sans laquelle il ne peut y avoir de floraison ni de pérégrination tant l’embourbement à qui ne se l’ai pas posé semble promis, et même si  l’identité première tend  à toujours plus se ramifier dans la vaste  végétation de la relation,  en Caraïbe plus que dans les ailleurs où se cache si bien cet inéluctable,  je le vois comme un entremêlement des vivacités au sens végétal car rien n’est jamais éteint ni figé, seul l’apparence du présent dans son illusion du permanent peut nous faire croire à la certitude de la fixité de ce qui ne peut être que mouvement, relation  et présence dans ce que cela a de plus fort.

On a beau faire la vie en revient toujours à cette question qui prime sur celle prérequise des origines ;  Mais pour qui ne parvient pas à percevoir dans ces entrelacs opaques et destructif de la relation, lorsqu’elle est de soumission plutôt que d’épanouissement, et le regard nécessite sans doute un balayage des brumes comme au lendemain d’une soirée de bacchanales ou comme l’aveuglement interne de l’acceptation de sa propre destruction ; de l’oppression, la question première est  d’un combat au coupe-coupe pour dégager ce taillis qui empêche la conscience  et la décision, l’avancée, pour ainsi dire contenu dans ce mot, l’amour.
Cette conquête, universelle mais si particulière à ces iles enclavées ou rien n’est donné quand tout est pris et que la trace est perdue.
Envahissante dans le cœur et les corps les vies ont du mal à se libérer de l’étouffement cette poussée faite de la négation et soumission, on pense à la négritude, aux pensées du métissage et de la créolité qui toutes ont à voir avec ce sens, la question est un néant mais elle  suppose d’être posée pour que puisse s’ensuivre la question essentielle de la présence au monde.  Ne répond à rien mais laisse simplement la place à toutes les autres  et c’est ce que nous dit Trouillot : seule celle  de la présence au monde mérite que l’on s’y attache.

Le roman d’Alexis « l »espace d’un cillement » est le récit de cette conquête, universelle mais si particulière à ces iles enclavées dans le dénuement .

L’homme écoute laisse la place au silence pour déciller et s’opposer au bruit  ;  installer le respect qui est la liane de la relation, les hommes n’écoutent plus et ne prennent plus le temps de la pensée ou ce qui leur en tient lieu est définitif et se passe du temps d’entre-deux ou l’écoute peut tenter d’accéder à l’autre, car on ne sait pas ce que peut contenir de possibles avant que la bouche s’ouvre ou soit fait un pas, essuyé une larme ou éclaté un rire qui est le sien mais passe à l’autre et ouvre créant un lien possible, il faut laisser l’espace pour entrouvrir le réel, béant dans ce qu’il a de plus vrai et qui se tient, se tait là devant soi,

Le lieu semble être un repli, il n’est que vallon d’où le bruit s’est retiré, la musique et les tambours, les pointes de la poésie ne viendront que conviés par la joie, si l’espace demeure ouvert et le permet, tout cela est bien confus ; des mondes sont en mouvement dans le monde, rien n’est figé dans la lenteur, il s’agit je pense de laisser être et de permettre et que se révèle ce qui est là de tout temps et ce sans que le tranchant de l’époque ou le sang de la violence n’empêche.
L’homme regarde il attend que tu laisses ton esprit écouter, peut être il se livrera ou parlera dès qu’il entendra le lieu demander. Par ton truchement o u ton regard, une attention particulière, disponible et qui quémande.

Une fois que l’on est là la présence peut entamer, la disponibilité, l’entente avec ce qui est qui est palpable et est au fond la vie, il suffit de prendre le temps et de respirer, regarder, laisser l’esprit être là comme s’il y avait une secousse, une source qui cascade doucement, dont le jet nous parait doux parce qu’il coule et que les présences s’imprègnent.

Pourtant pourquoi tant de mots? pour que nous soyons prêt à simplement se préparer à oublier ce que l’on croit savoir et qui est déjà sur le bord des lèvres ou sur la tranche du geste pressé, décidé de ce qu’il a vu et fait le raccourcis de son attente ; le bruit de la guerre et la fatigue au loin le piège de l’activité sans but en fait que les mots qui en sont n’importent que peu.

La multiplicité en  présence prendre conscience et nous mettre en état de comprendre, sous cette forme, on commence à comprendre qu’il faut s’en séparer, s’arrêter et construire ce qui fera le lien à l’amour comme dans une inspiration qui plonge profondément sans trop savoir à quoi elle se prépare ; mais il faut ce temps d’arrêt.

Le cillement montre bien l’espace de ce temps incertain qui est comme une frontière, si bref et si décisif, un engagement se mettre en route sans bouger ou que l’on aille car cet accord n’est pas bouger  mais mouvement comme dans une symphonie ; prendre la pleine mesure de ce qui entre dans l’épanouissement, les épices et les senteurs me viennent à l’esprit et je les sens dans les papilles mais ce ne sont que des images, la présence est faite de tant, et c’est ce tant nous dit-il justement qui en impose la limite car le respect est l’aune de ce qui est à vivre, le bonheur ce qu’il faut rechercher et cela malgré la violence et le soucis totalitaire d’écraser ou de maintenir dans une folle allure incontrôlable qui nous éloigne aussi surement de la vie et de la corole qu’une botte l’écraserai, il faut porter soin à la vie et cela requiert de l’attention, une volonté car ce soin est à construire,  respect dans cette possibilité de trouver ce point d’équilibre à conserver pour prolonger une harmonie dans la communauté, ce que l’on acceptera de mettre en commun.

L’essentiel demeure donc la présence au monde, construction , la belle amour humaine , permet la construction, est en fait un parcours à l’humanité car le bonheur est une construction, celle de vivre le mieux possible en accord avec les autres, dans l’écoute et le silence nécessaire à la vie non aveugle.

c’est en tout cas ce que je l’ai entendu murmurer dire et c’est ce que j’ai retenu.

En écho à l’entretien de Lyonel Trouillot sur France Inter où il venait parler de son livre « La belle amour  humaine », titre en hommage au grand auteur haïtien Jacques Stephen Alexis, au moment ou Dany Laferrière publie un livre qui est un autre écho.

Morne Plage


La
Lumière
Blessée
Par
L’éclat
Se
Faisait
Des
Points De
Suture.

Elle
Vendangeait
Des
Sein.

En marchant
Elle s’ajoutait

Quand
Le feu
se balance
L’ombre
Fleurit

© Malcolm de Chazal , Contes et poèmes de Morne Plage ed. Patrice Henry poème

 Tous les bleus
Qui
Ont froid
Se blottissent
Dans
Le blanc.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
Le glaçon
Dans
La
Cataracte
Faisait
Du
Ski
Nautique.
Les formes
De
Son corps
Etaient
Son
Catéchisme.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
 Elle
Vendangeait
Des
Seins.
Quand
On
Presse
Le ventre
Du feu
La lumière
Rit.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
L’or
Sur
La putain
Se
Momifia.
 L’ombre
Qui
Dépasse
Son pas
Crée
Le
Faux jour.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
 Dieu
Nous
Regarde
Dans
Les formes
A
Travers
Leurs
Archétypes.
(c) de Chazal
(c) de Chazal
Poèmes extraits de Contes et poèmes,
éd. PatriceThierry-L’Éther Vague, 1994.

pour suivre :

sur mondes francophones
avant-garde
le parcours d’un artiste
litterature mauricienne
la famille de Chazal
Mauritiusmag
d’avant garde

(c) de Chazal
(c) de Chazal

Farine du diable

con harinos de dios y del diablo yo hago el pan de mis canciones
… guidons les pas de la dame blanche vers l’eau, le sel et le levain. Pétrissons ce festin avec les ombres de la nuit. Sculptons nos ennuis dans cette masse qui s’agrippe à nos bras comme un enfant perdu . Laissons-la bien fermenter pour que pousse très doucement le miracle qui se cache dans son dedans. Elle profitait du répit pour soigner toutes ses blessures, en buvant des canons de gnôle. A l’aube de la cuisson elle crachait dans le four, un mélange d’eau de vie et de salive, en lui disant : ” accueille mon esprit, cher feu, et sculpte le dans la croûte de l’alimentà naître . Qu’ un peu de ma vie s’incarne dans la chair sa mie . Ainsi soit-il .”

“Mamie, c’est dégoutant ! “ah mon Antonio Ricardo … On est peu de chose , tu sais… Dieu n’a eu besoin, pendant les sept jours de la création , que d’insuffler un minuscule soupçon de son haleine sur la matière, pour la rendre vivante . Moi qui ne suis personne, je dois cracher de toutes mes forces sur les braises, pour que le mystère de la cuisson, comme il faut, puisse s’accomplir. Un signe de croix proclamait la fin des hostilités.

© Antonio Placer

voir le site : www.antonioplacer.com harapomd2.jpg

langues et déviations

…les langues multipliées multiplient les imaginaires . En passant à l’acte d’écriture on en déstocke le trop-plein en restituant une bibliothèque d’histoires, d’énigmes et de rébus. A la parole spontanée se superpose la parole invisible, on passe du conscient à l’inconscient en dérivant de la langue au langage. on donne aux mots une deuxième dimension, élaborée inconsciemment à partir de sédiments, … sables, graviers limons en  proportions inégales selon le parcours de chaque vie dans des territoires inconnus .

…le vagabondage au milieu de syllabes qui changent de sens dès qu’elles changent de ton ou d’accent me projeterai sur une longue route aux multiples déviations … Ma palanche serait alourdie de mots agencés à la manière fantaisiste de colporteurs qui proposeraient le soja avec du sirop de sucre parfumé au gimgembre, le manioc bouilli avec une poignée de bonbons à la banane confite  Des mots inégaux qui mettraient en déséquilibre les paniers au bout de la palanche . Des mots pour tomber à la renverse et pour marcher à reculons en broyant du noir aux cotés des âmes errantes, déambulatrices de l’autre monde, amputées de langage ou de sons et dotées seulement du don de hantise. Des mots à avaler, mâcher ou croquer en déambulant en compagnie de tous ceux qui s’agiteraient autours de moi, seuls ou en famille, souvent chargés eux mêmes de lourds fardeaux : canards vivants, arbres à cames, arbrisseaux, pianos à queue, bouquets de nénuphars équeutés.

anna MoÏ ( esperanto desespérento)

(c) RFI et Anna Moi
(c) RFI et Anna Moi

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