Et au dessous rugissait le volcan

… »Je te reconnais entre cent, entre deux,
Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire


Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés
engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries…. »

(Jacques Rabemananjara, poésie, Présence africaine)

Brèche ouverte, le surréalisme en Europe, plonger et s’initier à la glaise, strates de soi, pour Césaire  ignorer un mot c’est accepter de ne pas se connaître, redécouverte de soi dans les marges des empires qui ne sont pas l’empire, comme en Tchécoslovaquie et l’éclosion du mouvement Dada, la Grande Guerre aura tiré un trait sur le grand rêve que l’on se faisait de sa grandeur, ame, intelligence, profondeuer, elle aura ramené l’homme à la bête qui blessé tente de se redécouvrir. La civilisation naissante de masse, qui est une marchandisation extrême, le jeu à la marchande auquel jouent les pouvoir s’échangeant la menu monnaie de la vie humaine, soudainement les âmes et les cœurs sont projeté dans la grande interrogation d’être et prennent le contrepied, énorme vague de romantisme concret, vertige des profondeurs, ils cherchent un sens , accumulent et déconstruisent. A Vienne Freud et ses suivants permettent de se ressaisir des pièces d’un puzzle qui n’avait jamais été sciemment découpé, le social vivait ordonné sous le toit de l’acceptation, maison commune qui était devenue celle d’un vautour qui soudainement avait levé un voile; il était un ogre, Saturne au grand banquet. Les enfants sont perdus, ils fuient, dans la clairière au milieu d’une foret d’angoisse, de démesure, c’est un défi de désordre et de bacchanale compensatoire, qu’est-ce donc que l’homme moderne, l’accouchement dans les cieux le sperme de l’occident à la conquête quasi spatiale dans l’utérus démesuré de l’imagination.    Vienne , Paris, propagé dans les capitales  de l’Europe, plus tard au foisonnement nouveau du monde hurlant, New York et Berlin,  les déboussolés, jetés sur les routes et ne reconnaissant pas les calmes d’une campagne, émulsion jetée sur des rues sans nom , connaissent l’exil ou plutot le désirent, inventent ce nouveau brassage.

Mais, franges de l’Europe, les marges contiennent aussi  les colonies nouvelles des  métropoles, non-lieux vides, hors-lieux où l’ignare règne d’un main de maitre ne connaissant rien, ils ne reconnaissent rien et s’illusionnent, loin du charnier en jachère de ce beau mot que fut jadis Europe. Jachère, terreau, des grands révoltés de l’imaginaire portent encore en eux la grande civilisation, africaine, malgache, algérienne, certains ont été projeté dans la mosaïque inhumaine de l’esclavage et de la dépersonnalisation, ces deux voies vont se rencontrer, fructifier au contact l’un de l’autre apprenant de chacun et couvant sous les grandes fesses de l’occident qui opère sa mutation, la vérité elle aussi naissante de leur transformation. L’ordre ancien est mort ou étouffé, l’acculturation fait son œuvre, le grand pet du monde trouvera les voies créative pour reprendre la trace et l’invention magnifique d’une retrouvaille de l’être. Le tout-monde se faisait mentalement  en poésie aussi, comme un plan projet de ce que l’on pouvait percevoir du grand chambardement.

En chaque être humain, soumis à la folie d’une  dépersonnalisation, des individu  parviennent à s’extraire du grand collectif, l’âme, la psyché est sous le feu de la psychanalyse dont la grande médiation de l’expression, écrite ou orale, picturale ou culturelle se chargeait de faire table rase et était une grande projection de cette étendue formidable de la modernité et de ce qu’elle pouvait sous-entendre. A l’intérieur de ce  bouillonnement interne au monde occidental, par ailleurs en proie à une violence des  cataclysmes et à l’expansion coloniale, le surréalisme fait rage : il conteste, travaille à la refondation de l’imaginaire moderne, cherche à comprendre le lien qui agit les êtres et les choses, mosaïque sans sens du kaléidoscope et fait appel dans son exercice à des recours de l’âme qu’il appelle primitifs : le rêve, la divination, le fétichisme, le fondement animiste de l’être et de la société. La rencontre avec les dessous de l’empire ou il reconnait les propres siens, sous-vêtements cachés sous un habit noir et terne, faisant oublié le corps et la parole tue par le télex et le code grandiloquent.

sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,

réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines, aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves les profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
ceux ci qui ne se reconnaissaient plus y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier, brut des masques et plongée transversales, le mythe moderne en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité, car si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, l’égarement insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, oralité de nouveau magique de nouveau vivante et retrouvée libre au sein de la langue invocatoire, ferrée de rite redevenue parole ployante au vent de la trace de l’être

Certains poètes s’y consacrent.

Senghor, Césaire,  je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible pressentiment, obscur inséparable de mon être, au monde l’exil, détachement sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…) voila ce que dit la notice du livre ,

L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,

et qui m’éclaire :

 » Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l’Axe francophone et méditerranéen du Centre d’étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c’est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé : il y a, entre eux, à la fois d’incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l’écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l’épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s’ils ne renient pas l’héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d’un tarissement possible de la diversalité du monde, d’un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L’écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots : expérience d’un Sacré que l’oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe. »

voila quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel, chercheur au silence coital de la parole dans la chair de la parole, sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, esprit mutin, enveloppement entier dans cette soie qu’est le « lamba » et butin que clame la force irréductible du vrai qui ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….

rabemananjara

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