Marcher en beauté

68.WIB_cover_final_copyLe soir installé sur ma chaise longue, mitraillé par les moustiques et sous l’ombre de mes arbres je lis Le livre de Jean Desy. Il y a une fraternité entre cet écrivain et moi, du moins je la perçois. Ce n’est pas uniquement que sa vie l’a mis très tôt en contact avec la vie de la nature qui est devenu pour lui la beauté. Plusieurs réflexions me viennent de façon naturelle car de nombreux fils viennent croiser les siens. « To walk in beauty », cet « vision » ancienne navajo, entre conception sacrée et manière de vivre, complexe mais inscrite dans la simplicité, la beauté qui est si importante pour lui m’y ramène, la simplicité et l’imprégnation dans la nature, qu’elle soit humaine, animale ou universelle semble l’entrainer toujours à un essentiel de vivre, le cœur et les muscle comme pollen. Sans qu’il soit besoin de l’inscrire dans un poème, la vie étant poème, la source comme je la vois et de laquelle le poème irrigue.

La source, pour lui est plutôt un lac, une étendue sans forme particulière, vaste la vie est là où l’homme vient se retrouver, s’abreuver. Je force ce qu’il dit. A le lire on a plutôt l’impression que l’être humain vivant au même rythme que la nature, trouve sa plénitude, par son corps quand ses muscles lui permettent de s’immerger dans le vivre où l’esprit, l’envie de l’enfance et la poésie, ce sens plus grand que tout qui est peut être l’amour. Ce qui constitue la nature, l’environnement pour lui de la forêt, on y trouve des essences végétales, arbres, mousses, plantes et la terre, les roches, la neige qu’ils recouvre et les animaux , ce règne du vivant animal perceptible ou imperceptible en mouvement constant et course pour la vie. On imagine que la nature ne s’arrête pas à  ce qu’il peut croiser mais, vivant à proximité des inuits et des indiens, du moins il les croise parfois, la nature est en profonde résonance avec l’être lui même; là plus besoin de définition et les manifestations suffisent à s’en faire une idée mais c’est de cet indéfinissable qu’il parle lorsqu’il y est plongé et qu’il ressent une si grande joie, Je n’en doute pas.

Que l’homme soit une part de cette nature est la raison pour laquelle il s’y sent si bien, trouve sa raison d’être en y étant immergé. Pas de distance sentimentale ou romantique, la nature est un être vivant et la forêt ne se laisse bien appréhender que si l’on dépasse l’humanité vécue comme culture. Ressentir la nature, aller au plus profond de ce qu’elle peut avoir de cru, permet de rentrer en contact avec l’animal et d’être  à l’écoute de la forêt, du lac ou du chemin . Ce n’est pas une rêverie solitaire mais un compagnonnage du monde … La nature et la beauté essentielle sont liés à l’esprit, l’homme trouve un souffle infiniment plus fort que lui et jean Desy cite Bashô

Suivre la nature, retourner à la nature

Bashô a une vision du vivant qui n’est pas complaisante et j’aime ses poèmes où en quelques mots, la complémentarité et l’apparente contradiction des termes nous projettent sans violence vers un chemin de compréhension. Pour le canadien nomade, médecin et poète, j’imagine que la nature est tout sauf un écrin.  Le maître zen inlassablement remettait l’existence paisible en question pour rechercher la vérité sur les chemins, dans de véritables voyages qui le lançait sur la route du précaire, sans rien d’autre que des souliers pour l’y porter. Le poème  agissant comme un exercice spirituel sur soi même aussi bien que sur la forme,  les mots conduire à ce que le poète à aperçu. N’est ce pas un peu la définition de la vie nomade où Jean Desy se reconnait et où l’esprit illumine, à la façon d’une étoile ou d’une étincelle. L’esprit ne se laisse pas capturer mais est là dans la furie de la course. Des pages merveilleuses viennent confirmer cet accord

Ce qui importe, c’est que le sentiment d’amour ne disparaisse pas sous le fatras de mots. Si vous aviez l’impression, par exemple que qu ces mots allaient servir à plus d’amour, vous cesseriez d’écrire. Car créer pour proclamer avec cynisme le non-sens de l’univers ne vaut pas la tige à peine éclose d’un tussilage au printemps.

L’âme a besoin des couleurs de l’émerveillement pour courir l’espace. Sans l’émerveillement qui sous-tend tout acte poétique, il pourrait n’y avoir que de magnifiques actes dérisoires. Alors devant l’absurdité du monde, il faudrait apprendre à rire de la condition humaine, à rire du non-sens comme à rire de soi-même. Rire pour ne pas mourir en état de parfaite indignité…

C’est alors que vous ressentez le mieux l’amour du monde, grâce aux êtres qui respirent au rythme des montagnes et de leur rondeur magnifiées par des lunes si brillantes qu’on doit plisser les yeux pour ne pas être ébloui.

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