être soi ? dans la cage gémir

oui mais se dire que l’on écrit comme l’on respire, illusion,

si le chemin passe par la fiction, si l’on désire emprunter le pont vers les apparences, faire face au miroir et tenter de voir ce qu’il peut bien réverbérer

et si l’on accepte ce qui pourra bien s’y monter

l’artifice,

se retrouver soudainement dans ce moment où surpris, quelque chose vient surprendre (dans un déchirement soudain tout au calme) et laisse passer quelque chose de vrai, surpris est surpris

de ce que j’entends des écrivains la langue est dans les livres, lisse à force de tourner les pages et de retourner la phrase, certains la tordent à fleur de peau

la langue lisse

l’écrit qui se différencie de l’oral et plus grand qu’elle la parole, qu’est ce ?

et le moi social, celui qui sert habituellement à s’adresser à soi-même, construit que nous sommes des représentations de l’un à l’autre et de soi parmi les autres et  entre tous, mais le moi social, le moi générationnel, le moi convenu, celui de l’écrivain par exemple, s’adressant à nous comme en livre ou enfermé dans sa tour,

on peut ne pas s’y reconnaître, et c’est mon cas

Mon amour, mon affection pour Pessoa est la pointe de l’iceberg. Dans l’iceberg, il y a énormément de monde. D’ailleurs, je vous répondrai avec une phrase de Pessoa. Quand on lui a demandé ce qui l’influençait, il a répondu :  » Tout. Tout m’influence.  » Moi, je dirais la même chose. Je ne crois pas aux écrivains qui ne sont influencés par rien. J’ai beaucoup d’écrivains dans ma malle ; des écrivains qui ont une grande influence sur mon écriture, sur ma vision du monde.

Antonio Tabucchi

et quelqu’une de reprendre :

Qui écrit, écrit avec le stylo mais surtout avec son coeur. Qui écrit sans étre influencé par ses sentiments, n’est pas un écriteur, c’est seulement quelqu’un qui reconte une histoire, où un fait, mais sans âme… En toutes les interviews, Tabucchi était toujours lui mème, dévoilé, mème quand cela pourrait lui porter tort.

et ce coeur, en qui il faut avoir une si grande confiance, où se cache t’il, surtout qu’il n’apparaisse pas, qu’il reste tapi dans l’ombre de soi, guidant même la plus maladroite des phrases ou la plus savante qui tout à coup brille, du coeur voulant dire du centre de nos intelligences et sensations, sentiments et perplexités, désirs et intentions, refoulements et défoulements, surgit quelque chose magnétique de soi et pôle sur le trajet de nos tentatives, est certitude dans la mouvance

mais derrière ce masque énigmatique plus vrai que nature, quelque chose qui s’obstine et refuse de céder, le core de ce qui est à sauver et s’y emploie

à nu, un grand courage ou une inconscience ou un gout d’être libre ou de se connaitre, défiance envers les entraves, chaque mot en cache.

il suffit d’être soi, poli par le temps et ne craignant plus que de ne pas.

encre 2 Jean capdeville

alors constamment se surprendre et poser des pièges sur sa route, changer d’itinéraire à chaque fois , différentes facettes et des vivres sur le porte-bagage, est ce l’imaginaire qui ravitaille ?  mais l’imaginaire est il garantie d’authenticité, de voix, ou bien seulement une faille par où se glisse le monde, par les yeux, les oreilles et l’intelligence.

c’est à n’y plus rien comprendre, j’y comprends que sauf à écrire spontanément, l’écrire nous projette en devant de nous, n’est jamais à égale distance ni surpris au repos ou à pied d’oeuvre dans le moment, ce serait se projeter, à partir d’un moment d’équilibre où le geste déséquilibre et ce serait cela, l’écriture, cet effort de reconnaître l’intériorité et de lui donner forme

Emmanuel Tugny :

Le moyen pour la parole d’être insensible à l’indocilité de ses formes ? comprendrait-on que la parole soit insensible à l’indocilité de ses formes ?

Comprendrait on que le ciel ne soit pas reconnaissant à ses formes de féconder la terre, nos contes, tous les êtres ?

Ainsi nous viennent des saisons.

Il y au monde des formes de la parole. Le monde est forme de la parole. La mer, le ciel, ni la terre ne se donnent sans formes. Et ces formes sont des enfants petits sur lesquel  ils se penchent ou ne se penchent point.

(Emmanuel Tugny, Après la terre, Léo Scheer)

et même si j’ai longtemps cru le contraire et que l’on pouvait remonter le monde à la source de la parole, sans qu’elle soit même parole, suivant en cela un peu Maldiney parlant de Tal Coat, mais peut on imaginer quelque chose qui se dise quasiment sans mot, ou un ton de couleur capable à lui seul d’ impulser le sentiment de vie, suggérer la couleur, imprégner du monde, sentiment ou expérience, je l’ai longtemps cherché et je crois que les zens aussi

mais est ce possible, cette retenue ? on cherche  alors à devancer la chose elle même, bien au avant de son expression, Sean Scully dans sa série « Art horizon » m’a fait penser cela , les accidents comme des colères solaires de la peinture, indistinctes nous ramène à l’avant peinture et nous font rêver à son essence, à l’avant-geste et à son évènement, car une fois la forme engagée …

mais bien que cela soit tentant, ne nous dis rien de nous ou alors de façon abstraite, contenant les possibles et bien avant l’énonciation qui peut être est trajet, et nous ramène à notre en-avant, en-arrière, geste qui dans quelque direction qu’il aille, surgit de soi, si tant est qu’une telle chose existe mais alors que recherche t’on ? la rencontre avec l’univers ? le point de l’intersection d’où l’on parle?

mais dans l’instant où l’on émet que peut on révéler de soi , si ce n’est soi, pour ainsi dire, dans la soute à bagage

c’est un filet tendu entre tous les Soi qui se puissent imaginer, une malle à soi ou les moments qui sont les pointes de la surface, préexistent à l’expression et ne peuvent s’en distinguer, fondamentalement , on parlerait d’une teinte audible, expressions, tentatives, formes, qui elles, demeurent le fil tendu de l’existence là où tout peut se passer, dans l’aventure de soi dans le monde, en écho et n’y prenant pas garde, attentif seulement à ce qui le sous-tend, le monde et soi,

mais le soi doit il apparaître,  le plus grand que soi si l’on arrive à dépasser, soit de manière conventionnelle, à délibérément se placer sur un plan ou rien de personnel n’apparaît, ignorant le soi et pensant qu’il est dangereux, mal venu ou à la japonaise inconvenant, rien au soi, tout est maîtrise et attentif au cadre, rien que le cadre ne faisant déborder que quelques beautés entrevues, la richesse humaine se résorbe et parvient en force vers l’intérieur qui reconnait la puissance à l’oeuvre dans l’humanité, universelle sans particularisme, un social qui ne serait pas voué à la recherche des forme mais de la forme,

une sorte de mystique ou de conventionnel ennuyeux suivant que sans doute la personnalité et l’individualité parvienne à nourrir cet apparemment conventionnel, il y a de la mystique, si l’homme nourrit de toute sa force et de sa puissance

exit Confucius

mais écrire n’est-ce pas tenter à l’universel, loin des préoccupations des méandres ou des folies de l’Ego, mais cette servitude au social ou à l’absolu demande l’irréverrence, sans elle, l’esprit, le social, l’intention, ne révèlent rien de ce qui est fondamental et si fragile

qui peut être une posture, une attitude et une philosophie, une modestie,  l’orient pourrait nous l’apprendre, à force de pratique,  la forme se dégage de sa gangue, le moi effilé, permet cet équilibre où la forme ne se pense plus, étant au delà, universalité englobante de la civilisation que l’individualité toute puissante en ces contrées et ne se délitant pas en contemplations pusillanimes nécessite au contraire un individu fort,  Jean Yves Loude le rappelle et nous nous trompons en pensant que tradition signifie écrasement de la personalité car cela signifierait sa fin, au contraire la sagesse exige de l’homme une participation puissante à son projet

écrire dans le sillage et m’entraînant avec elle ? ou me laissant là où j’en étais ? Il faut nager et rester dans le courant

pourtant d’Orient, les plus grands furent les « excentriques »

Susie Ibarra, percussioniste de jazz

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