Un livre n’est jamais fini

Une lecture n’est jamais finie, le livre jamais refermé les pages continuent insatisfaites à imposer  un peu d’attention, c’est une source qui n’en finit pas de couler.

Certaines lectures, la poésie, des pages de réflexion qui réclament sans cesse l’attention, on les lit paresseux on croit les entendre mais c’est nous même que nous entendons, il faudrait faire silence et tenter de percevoir ce bruit inhabituel, cet espace béant qui s’ouvre, le thorax déchiré par le mot se rendre compte que quelque chose siffle doucement mais essentiel, c’est pour cela que nous lisons,  les laisser là à quelque point que ce soit, un abandon ; le style n’est jamais poli, toujours une marque une égratignure qui interroge, certes la lecture se poursuit silencieusement dans l’esprit mais retourner au texte parce que la rencontre n’est pas close, déterminée, ni définitive, ou elle peut l’être.

Mais pour le présent la lecture s’étale s’étend questionne, a un gout d’inachevé, quelque chose se faufile, tente de se faire jour et s’éclairer d’un inattendu, assez de bavardage le silence du mot n’appelle pas le débat, le langage simplement contient tant en lui même qu’il déclenche une soif et que nous sommes au bord du vide. Tu n’as fini le livre, tu ne le finiras jamais, toujours tu penseras y retourner pour rechercher ce que tu y as laissé, comme un peintre sans arrêt sur le motif tu écouteras les mots, lassé mais attentif au silence, à ce que nait en toi quand tu lis, tu n’en auras jamais finis.

Rien n’est s’il n’y a le mystère… qui est quoi et déroule la pelote et que pense mon ami le philosophe Urset qui jouxtant J Rothenberg, e.e et l’oiseau schizo , médite (ou regrette de ne pouvoir aller pécher une bonne truite loin de ces broussailles de papier, peinture, céram etc.) Derrière e.e la caraïbe et l’Afrique , les voix noires comme celles de dream on monkey mountain,


à la question du classement ; chez moi ; je procède affectivement ; je mets en valeur ce que j’aime , je rassemble les livres par affinités, passerelles entre des écrivains qui auraient du se rencontrer et qui en tout cas se rencontrent chez moi ; autre façon de faire , les grands thèmes dominants (voyage par exemple, poésie, grand lieu du Monde : la Caraïbe, l’Amérique indienne, la Gasconie, de grands thèmes de grand courant , bref  j’essaye que la bibliothèque soit un organisme vivant, que je m’y reconnaisse quand je m’adresse à elle et que les livres la musique la peinture et les milles objets  évadés évitent de s’ennuyer et de se perdre, de retourner d’où ils viennent, l’obscur de l’informe cerveau humain, desséché dans une tombe à n »en pas douter; maintenant ils voisinent et revendiquent une identité, mouvante elle peut changer; le hasard lui aussi peut jouer et battre les cartes, les redistribuer, l’apparence formelle aussi peut décider des destins par sympathie volubile ou antipathie ou tout simplement créolisation parce que c’est comme ça

en plus des livres qui tournent le dos , c’est pas poli ! il vaudrait mieux les mettre face sur la tranche

car derrière la bibliothèque le livre derrière l’homme la vie le vent : les livres sont échoués là pour se souvenir et doivent être rangés ; crois t’on … je ne le crois pas

non pas du tout les livres sont là pour être réveillés ouvert et faire qu’ils de nouveau parlent parlent          un livre n’est rien est tout , est une trace une trace d’une vie des rêves et des mondes entrevus , ils dorment mais portent l’étincelle de leur naissance qu’ils déploient en eux : il faudrait qu’en les apercevant, sur la tranche ou par capillarité  l’on s’en aperçoive, un e première façon d’affirmer et murmurer ce qui bientôt va emporter, loin du marketing et de la ressemblance atavique, des collections et formats, ils sont des coffres, coffres des pirates car l’écrivain est un pirate, même s’il ne le sait pas dès qu’il s’empare d’un crayon dès qu’il se met à remémorer, il confie bien ou mal quelque chose de vivant à la feuille de là à l’encre mais le  transactieux referme met en boite de carton et  l’autre qui classe n’espére t’il pas que le rêve se ré ouvre et que la voix referme le coffre sur lui-même et referme l’immobile ; dire cela, se rappeler les rêves de l’enfance et la vue folle des voyages c’est commencer à comprendre que la bibliothèque est une chaine d’esclavage qui doit être brisée rompue libérée, car les livres ouverts ramènent  la trace fébrile du crayon dans les marges et les ondulation incohérentes de l’électroancéphalogramme de lui qui lit la guerre l’interrogation des horreurs et l’amour la folie reviennent hanter et le regard reprend le dessus

la parole est libérée ou presque

car les livres le plus souvent lorsque l’on en ouvre la couverture sont bien rangés, à l’intérieur, les lettres font des mots font des phrases des paragraphes des chapitres tout cela de façon bien organisé, parfois, car parfois aussi les livres contiennent un tout pèle mêle, des peintres y ont tracés des lignes et laissés l’eau d »aquarelle vaguer livrer un peu du giclement du monde, l’écriture parfois est à la main et la main nous mène à l’homme et l’homme parle Mais le livre organise presque de façon rationnelle ou en tout cas de façon construite comme un beau raisonnement, je dirai un mur ; un mur construit de brique et tuile; la poésie est dans le grain et nous ramène au monde concret dans l’épaisseur de la matière, car la poésie ou ce qu’il y a de poétique dans le texte  va au plus intime, les lettres y mettent un peu d’ordre et il faut de la folie pour les remettre en mouvement ,  de nouveau comme dans le moment d’avant le moment où le chant montait de l’entrevu,  mouvement qui faisait se lever l’auteur bousculant la chaise dans ce mouvement d’énergie brutale ou ce crissement de la plume tant en finesse comme le ferait un archet sur le boyaux et crisse la feuille,

D’où vient alors que de lire lire lire je répète lire donc ce qui est écrit organisé sur la page que l’esprit et que la bouche n’a pas le temps ou le désir de désorganiser, car lire dire remettre en liberté la pensée ivre ou sage mais libre à moins que …

à moins qu’à être trop près du volcan four de l’humain contenu, trace dans le livre, oblige à ce que la voix se voile, se pare d’un drapé comme si cacher ou mettre à distance était nécessaire, pudeur et jeu de piste accepté de la langue lorsqu’elle est dite,
à moins que l’esprit humain ne se brûle au contact de la poésie pure, la littérature lorsqu’elle passe du livre à la voix, croit elle devoir y mettre les formes ?

Et pourquoi ? se sent elle si loin ? ou si proche ; est ce vrai ?

Le livre sur le fut

j’aurai bien aimé voir la bibliothèque d’Henri le meunier à Big Sur (fan de Miller) je suis sûr qu’il devait  y régner un désordre significatif et que chaque livre était une bulle comme à sac à dos près au départ, les poches pleine de lignes gourmandes, pourquoi chez lui plus que chez quelqu’un d’autre me direz vous ?les livres obéissent à une logique industrielle, le même chez tout le monde ! c’est ça la démokracie , oui mais pas chez Miller ; chez Miller les livres sont tous la langue pendante pour dire le moins, d’avoir été lu annotés peut être, désirés, créés dans l’imaginaire d’une soif inextinguible loin d’une bien-pensance accumulatrice, loin d’un défilé militaire tous au garde à vous comme des tombes bien alignées, comme des croix sans vers de Saint John Perse ni Paul Valéry pour les égayer, non les livres chez ceux qui les aiment , brillent, béants, en attente d’une autre rigolade ou cavalcade, d’une embrassade fusionnelle espérant le coït ultime qui est leur raison d’être ; chaque création est dans la renaissance perpétuelle, et la salle de bain d’Henri Miller est là pour en témoigner, le voyage à travers la remembrance se recommence toujours, et like it or not aucun livre n’est égal devant la nature et le destin, le lecteur en décide à le pouvoir du meilleur comme du pire, là malgré les apparences aucun livres ne se ressemblent et tous sont sur le départ,  dans des directions opposées, chacun son rythme et son moyen de locomotion, un livre lu dans le métro accoudé à la rampe ou au creux d’un chêne millénaire dans le roulis d’un cargo ou d’un ferry, Martin Eden pour moi  ou dans le silence d’une nuit froide (et Conrad dans un fauteuil ?)ou dans la chaleur d’une plage sentant la peau brûlée, dans la peur ou l’ennui les livres s’épuisent et on un poids inaccoutumé, laissent une trace ou s’évaporent :

le livre est un itinéraire , le dos fermé comme si grand ouvert – la générosité et l’enthousiasme d’une bibliothèque des départs ; il y a des livres qui se cachent , ce sont des rebelles , des bushwhackers ! take to the bush say they… et ils vous y entrainent, ont généralement le dos usé et le coat poussiéreux, les balafres témoignent d’une vie bien agitée, d’une détermination à s’interposer, à dégainer sans réfléchir, dire non et se trouver à tous les vent! des pieds tendres ne doivent pas vous rebuter, ils sont capable des plus dangereuses expéditions et s’ils perdent de leur superbe et vous rentre l’air d’un chien noir ou d’un captain hawkins c’est que la lecture aura été bonne, les livres raturés soulignés annotés la couverture graisseuse vous regardent droit dans les yeux ils portent les marques et vous riez ensembles des joies partagées, des épreuves et des errements, il y a tant à dire et si certains sont devenus alcooliques ou finissent dans une piaule d’un quartier mal famé, camés, c’était dans le texte, en filigrane, le destin s’est accompli, le livre rapporte les plis de l’Harmattan.

Garder un livre à l’abri des vicissitudes, derrière une vitre parmi les poupées et les porcelaines épargnés du temps, c’est refuser la lecture, refuser les chevauchés sauvages, refuser l’usure de la profondeur et les rides des tempêtes, ils vous regarderont toujours de travers, l’air torve, névrose mauvaise, un air d’inaccompli propret et la rancune tenace, tandis que l’écriture dans la marge et les cornes et les pliures, se vantent de pensées rêves et actions affleurent, surgissent de derrière les lignes, mots en première lignes  suppurent, des feuillet attachés à d’autres bribes de papier, des prières d’insérer, le livre veut se tordre, valoir autant que la vie qui l’a inspiré, la rejoindre, être fait de boue, glaise aussi, voler dans le tourbillon biblique, ne pas se suffire des replis de l’intellect de l’autre liseur, qui respecte trop, traces de doigt, douceur du papier, livres qu’on jette pour faire taire la mouche que l’on écrase, à force le livre à la même vie que celle du dehors, les insultes,traces de sang l’illuminent, les dessins à même le paragraphe, incrustent irrespectueux, compagnon de voyage, traité de vie sans ménagement

Même si on le reprend avec amour et expectation, sûr d’y trouver un autre sentier ou une larme de pensée incertaine, à l’affut, même si on le ménage, le livre veut être ouvert, il n’ a pas d’autre destin que celui d’être ouvert, d’être de nouveau sur le chant des pistes d’avant la captation de l’écriture et l’incarcération forcée de l’éditeur, d’avant le haut de forme des bibliothèques en  acajou ; le livre a un déchirement rauque et sauvage, s’il se trouve, cela dépend des livres,

celui de ma vieille mère, ce livre  des recette de campagne, tout déchiré et jauni, croit encore qu’il appelle les casseroles, allume le feu et casse les œuf, fait rôtir le canard et monter les œufs en neige, il joue son rôle, fripé

il fini par être de transformation;

le Yi-King n’est rien à coté

Le poids des vies pèse sur les étagères, ils ne plient pas le bois du même poids et ne respire pas du même vent, leur comportement change, certains se battent entre eux ou du moins ne peuvent pas se sentir, le vécu est là plus fort que l’hérédité et un livre de poche à coté d’une première édition, y pensez vous, et qu’adviendra t’il ? une bagarre car le livre l’aura pris de haut et lui aura foncé dans le lard ou au contraire se ratatinera dans sa gabardine fripée de sous-classe, celui là finira mal à moins qu’il ne fasse le fier et tienne le choc face à ces redingotes, on en a vu tenir tête à des reliés cuir, c’est qu’on les aime et qu’on les impose (mon vieux Gaston Miron a fini par dérider mon Tennysson qui somme toute ne vaut pas le poids de son cuir) des voix s’échappent  et le livre de prix de lui même fera en sorte de tomber de l’échelle, choir, tout plutôt que déchoir,

7 réflexions sur “Un livre n’est jamais fini

  1. oui c’est peut être qu’il y a toujours un écho dans les mots qui ne se laissent pas capter tant qu’ils sont vivant, ils entament un voyage et on ne sait pas où ils vont
    Merci Rose de ta lecture …. et du commentaire

  2. oui c’est interessant cette image de mots en voyage, cette liberté d’expression du dit et non dit, cette force de mot a travers les mots, illusion ou purge de jus de sens…

  3. c’est à dire que pour moi le sens se poursuit et ne s’atteint jamais vraiment, une absorption lente, oui je crois que le mot est fort il porte un monde avec lui, monde que nous mettons un temps fou à entrevoir, on croit comprendre mais il suffit de rouvrir le livre pour s’apercevoir que ce n’était ça, entièrement

  4. oui la piqure de rappel, l’évolution du sens, ou l’entrevision selon notre évolution, un changement d’état de l’etre, le pas d’avant ou d’arriere l’entrepas, l’avancement selon l’humeur, le j’y regoute pour y retrouver le gout ou la nouvelle saveur, la phrase sur laquelle on but sans pouvoir la saisir au moment ou les yeux s’endorment, ou quand le sens nous échappe, que l’on comprend a notre sens bien sur!!, et que l’on ressaisi plus tard…

  5. Ah ! un livre n’est jamais fini et ces mots à la ligne non plus, mon flair m’a redirigé vers « Lam », j’ai bien fait, me suis revivifié avec tout ça !

    1. merci pour ces bon mots , oui les mots à la ligne continuent, simplement un peu plus conscient d’eux même, merci de votre visite, j’irai vous voir sur votre blog , lam

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