Le sage et l’ivre

La musique, il est question de musique, d’art en général, la tentation est grande d’en appeler aux vertiges. la musique sublime.
la peinture ne vaut que par cette quintessence du monde, ce chant du pinceau, et la poésie de même. Nous sommes à la pointe de la civilisation, nous sommes au pîquant de l’expérience humaine, être artiste c’est en arriver là, presque ou il n’y a plus d’humain, les indiens des Andes disent que les musiciens, pour trouver la musique s’en vont à la frontière des mondes, là où la faille permet d’en ramener ce que personne dans notre monde n’a jamais entendu et n’entendra jamais, et d’en revenir indemne, c’est à dire pouvoir le faire entendre aux hommes, ne pas s’y trouver piégé, est ce un rapport à la folie, la musique est elle cet entredeux ? faut il aller au seuil de la brisure et maintenir cet équilibre,

Une conversation, ou plutôt des échanges où l’extrême exigence de l’un  semblait mettre en doute les gouts de l’autre, où l’extraordinaire érudition de l’un semblait sans appel,

…cela faisait longtemps que dans d’autres lieux certains se paraient des apparats du sublime et je pensais que ce n’était que des oripeaux, propre à faire croire aux mots vertigineux, il était question de poésie.

Or je pensais que c’était un grand fleuve, or je pensais que c’était le vent, que c’était  la mer ou le sourire déhanché d’une femme, je souriais à la joie, je m’étreignais dans la mélancolie pensant y voir ce qui m’étreignait, je pensais vouloir dire, mais par dessus tout je voulais me sentir vivre, ivre

je me disais que ce devait être là qu’elle se cachait, la poésie, en habits de fête ou sans, presque nue, ou complètement nue

pas à poil, nue

je me mis à penser qu’il existe un lien très fort entre la joie d’exister, d’origine plutôt populaire et une tentation du sublime,
les deux peuvent coexister, et même se renforcer l’un l’autre de manière à être musique, totalement musique ,

la joie te faisait entamer un chant et la poésie te saisissait, les accents atteignaient au plus profond quand ils  y atteignaient, et les gens se mettaient à danser, ils tombaient amoureux,
sans  prévenir, raides les yeux écarquillés, le corps aux aboies ne comprenant  plus, habité par une chanson qui soudainement disait tout, farfouillait tout au fond des sentiments les plus intimes, cois, déballait au grand jour qui s’envolait au vent, abracadabrant, c’était une gigue,

Mais alors  les couleurs ont tout envahis, les rues les cœurs les bras qui tournent et les yeux qui deviennent rivière, la mer qui devient jambes et le sexe qui déclame comme un bouc, tout, la vérité qui brame et  beugle et ment,

j’en étais là de mes pensées,

Bach, qui fait monter les danses populaires aux cieux qui en retombent comme Icare chez Breughel, Bartok, qui après les vagabonds russes refonde la musique de l’âme hongroise dans l’arrière-temps des mélodies des rythmes  terriens, celles que chantent nos vieux en riant parce qu’ils leur rappellent leurs amours et que la souffrance s’épanche, n’est plus souffrance mais mots du fleuve, rame que l’on pousse en uhuhant et kodaly, bien sur, et beaucoup d’autre ,
mon Stravinski, celui du chant du rossignol et de l’oiseau de feu
Vivaldi ! la joie d’exister !
facile ? peut être bien mais  je me demande même s’il peut y avoir de l’art sans cela …
mais l’idéal s’arrose à l’humain
explicitement ,

cela revient à s’interroger sur l’existence sur terre sans en exclure l’idéal, taper des pieds nus, la poudre rouge et les herbes jaunies, les bourrelets qui m’attirent, la coiffe qui te fait reine,

la débraille

mais l’idéal sans la joie d’exister, la joie ou la tristesse,  coller frapper des deux pieds ce rythme pour fermer les volets à la tristesse, immense, remuée dans l’absence, fondamentale, définitive,

l’art n’existe pas, nous le portons en nous et pointons incrédule du doigt quand nous le voyons et nous nous disons parce que nous le savons que toutes les émotions sont permise,

Bosch nous tend un miroir, nous ne quittons pas nos rictus et nos délires, nos corps difformes et nos moments de grâce vont en triptyque, Henri me le rappelle, lui qui rit de son anéantissement et va à l’accolade sur les chemins, vers l’oublié qu’il  veut commémorer,

remémorer

Elles, les plus belles s’enracinent dans nos chairs et chantent et dansent, se montrent des fesses et une bouche parle de la beauté, inégalable, il est toujours question de l’exploit, de la hauteur, même à ras de sol

la gravité s’en est allé ou elle se cache,
la gravité sans,
l’inconscient projette vers la faute mais ce faisant dicte un sens, des mots dérivent

« much ado about nothing », non ce n’est pas cela, la le baromètre humain fait des sienne, on ferme les yeux, on y est presque,
la lecture d’un texte de Dario Fo sur Héloïse et Abélard m’y ramène,
dans les canaux de Venise la pourriture flotte et s’appuie sur des airs de fête, une partition millénaire coiffée en pliure de couvre-chef, à la dérive, lettre morte, chiffrée, annotée, sans son de la veille

D’Irlande en Hongrie la fièvre des danses s’en prend au divin, la poésie s’enroule en chevelure et, en boucles raides sales ou étincelante réconcilie,

Le chant de la terre s’élève comme en errance

Qu’est ce que la musique sans le plaisir et le grincheux noyé dans sa bière voit sa femme aller guincher

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s