au pays du long nuage blanc
septembre 29, 2008
fini de lire le journal de Charles Juliet en Nouvelle Zélande, de Juliet je connaissais surtout les entretiens avec Bram van Velde, concentré de puriste attitude en Art, qui m’avait marqué et en même temps ennuyé car répétitif ,
la nouvelle Zélande, le pays où je voulais émigrer quand j’avais vingt ans et dont le rêve me poursuit, voyage jamais fait, un grand regret ; la rencontre improbable du poète de Lyon , qui se qualifie lui même de rigoriste et de ce pays dans l’océan , où la nature est ce qui conduit les hommes, le simple le pur mais comme évident, c’était ce que m’avaient laissé comme impression mes ami kiwis, cette rencontre au jour le jour m’intriguait , j ‘ai fait le voyage.
passionnant
rétif d’abord, Juliet souligne l’importance de la vie intérieure, de la vérité comme nécessité, comme point de départ, d’ancrage ; des réflexions sur l’art et l’introspection pure doivent à la vision chinoise, à l’expérience intérieure indienne, au parcours du poète qui effilant son expérience douloureuse parvient à domestiquer le chemin des mots et en faire un chemin d’art,
ascèse,
la rencontre avec l’autre, le différent, le désarçonne, il semble s’ancrer dan un chez lui qui loin, lui manque, moi ce serait plutôt l’inverse , et je m’étonne qu’on puise se surprendre de l’autrement, qu’il puisse y avoir un lieu qui soit “chez soi”, d’autant plus qu’une bagarre existentielle contre ou avec le moi, le soi, condition du départ de l’œuvre, est au centre de son questionnement, mais la rencontre a bien lieu et l’écrivain, petit à petit rencontre ces deux iles, se frottent à des humains de tous bords, car pas forcément de nouvelle Zélande ; à force se fait jour un achoppement , appontement, d’où embarquer ;
je suis sensible à ce style du jour le jour, journal ou s’écrit de façon rigoureuse et froide les événements, les rencontres, les pensées, la vie intérieure ; ce n’est pas la rigueur qui me touche mais plutôt cette absence délibérée de style , dès que les poèmes s’en mêlent, je n’y suis plus et je les trouve froids, sans raison d’être ; de là la question, pourquoi écrire sous forme poétique ? non je préfère le journal , le poème a d’autre racines, vives et d’eau.
C’est cette absence de mise en danger littéraire (apparente) qui me plait, elle permet le face à face sans fard, il le dit lui même, il a moins peur d’écrire, l’ailleurs peut être déréalise les enjeux de l’écriture, pour lui ; pour moi elle est rendue plus proche de sa finalité, une sorte de distance abolie, ni réaliste ni poétique, cette fameuse interrogation de pourquoi la poésie comme forme ;
j’aime cette proximité concrète, elle rejoint mes interrogations récentes,
finalement un dialogue entre les contradictions de l’écrivain qui reflétées par le nouveau pays se muent en interrogation en miroir,
c’est bien ce que je voyais en Nouvelle Zélande, un pays, quoique très provincial, c’est ce coté banlieusard qui me fait tiquer, très proche de la nature, où les éléments, le climat, les histoires humaines et les paysages font une grande nature qu’il n’ai pas possible d’éviter, mais de façon douce, c’est la différence avec l’Australie ou la terre est violente et démesurée, la terre et les hommes comme pris en étau,
et je me demande si cette référence constante au rugby, trait de civilisation , c’est vrai, mais je me dis que rapprochée de celle à la primauté de la vie intérieure, de l’exigence absolue de la littérature, n’est ce pas un vilain tour de ce pays qui te ramène au corps ! voila que je te dis tu , la distance n’est pas de mise puisque tu me parles , que tu te sers de moi pour écrire et poser tes question à travers le prisme de la terre rencontrée et des hommes,
oui cette terre peut enfin se livrer, l’écrivain s’y intéresser et ..; sublimes pages ou il voit ; les paysages l’air les nuages les orages le déchiquètement des cotes et la violence des orages , des tempêtes,
là je me sens peintre et je vois moi aussi cette nature qui parle directement à l’intérieur humain, le dialogue est choc ; ce n’est pas anodin je trouve,
après avoir souligné l’axe intérieur de l’être humain , l’écrivain est pris du vertige joyeux du corps et voit le monde , avec douceur et, délectation?
les deux sont liés, et la paix arrive, sans doute de là, est ce nouveau ? je ne le connais pas assez pour le dire mais c’est parlant,
tous ces éléments, cette réflexion et finalement cette reddition au monde sans qu’il y paraisse ; cette simplicité de ton me bouleverse et me convainc , c’est la que je me sens le plus proche de moi même , dans ces moments là et dans l’absence de distance, si possible , par moment , je m’y vois ,
j’ai aimé John Berger pour ça aussi, cette distance abolie qui tend la main à l’autre et la rend palpable indispensable présente ,
et cette absence de style, le style qui fait disparaitre l’autre , et je me dis que c’est dans cette équation que se trouve ce que je cherche ,
la poésie pour moi restera ce moment-aquarelle où les mots servent de pigment à un ressenti, une peinture sensible,
la tentation d’intégrer les rangs des stylistes est là où je perds le temps ; mais des moments existent où je ressens si fortement qu’il faut dire , l’écrire ; a t’elle pour autant tant d’importance l’écriture , veut elle, exige t’elle de rejoindre l’universel , le figé ou au contraire doit elle être le plus libre encore ; rejoindre l’ellipse du haïku, évidemment pour moi pas de cage, les recettes, méfiance, et le réel c’est être au plus près de ce mouvement que je sens , de ce que les yeux voient, de ce que les yeux pensent ; de ce qu’ils mangent en regardant , ah cet océan bleu noir dans les yeux d’Amina , ce n’est pas de la poésie , c’est là et drapeau rouge ou pas il faut s’y baigner,
je le vois , cet océan et il peut être rouge , parfois ,
quand je vois je pense , drôle d’alchimie , je pense et c’est la que la poésie s’installe quand elle voit, c’est un écart , si l’on poursuit, alors un vrai voyage s’instaure , risqué mais beau, l’aventure énigmatique de l’espace du mot dans l’esprit de l’homme au monde;
mais les nuages et l’océan me disent tout si tu es là , et c’est ici la difficulté ; à combler, être dans la poésie et la relation , et bien sur au plus proche de soi, du cœur,
je me le suis dis dès le premier jour d’art, le cœur , biotz begietan, toujours !
le vent en rafale te ramène toujours à toi , voila que je me tutoie,
ça m’a fait avancer , à ce jeu de qui avance recule, subtil équilibre !
tout-monde
septembre 29, 2008
la pensée d’Edouard Glissant ( “traité du tout-monde ), le festival d’Itxassou au pays Basque du grand Benat Achiary qui accueillait justement le grand Martiniquais ,
je martèle : oui la pensée du tout-monde est une douceur dans nos cœurs et nos vies , un signe fort d’un avenir possible, le monde ancien s’est délité et l’Europe aussi , le résultat pour les peuple du monde est qu’ils peuvent à présent se comprendre autrement , en rhizome et nous plus en racine unique, comme le montre la langue créole et chez vous l’excellent Gaston Miron , mon grand frère, Gaston mi campêcho, et toi Atahualpa …
soulignons cette magnifique aventure initiée par Edouard Glissant où un voilier c’est envoilé avec à son bord des écrivains pour rendre compte des peuples des îles qu’ils allaient visiter, en ami et porteur de parole que sont les écrivains, avant tout ( cf. Raga de le Clézio sur les peuples du pacifique)
mais ceci est une autre histoire je reprends et cite :” …c’est ma langue que je ne sais plus reconnaitre des marécages de mon esprit brumeux à ceux des signes aliénés de ma réalité” G M;
oui la langue, en linguiste , c’est aussi l’endroit où tout se joue, c’est le laboratoire d’une transformation intérieure et d’une mise à jour des couches de l’être en chemin de recyclage en strates de notre identité, de notre être au monde , G M souffrait en euphorie de cette langue à reconquérir, comme nos antillais, et si comme je le cite ailleurs il suffit de bondir (wole Soyinka), la poésie est ce lieu là ( cf. ma note en hommage à Césaire) qui réinvente le langage pour porter sa vie et fracturé l’espace de l’aliénation, être … autrement ;
c’est le grand espoir ;
et je regarde … par là !
et même si on nous temps l’autre miroir, en creux qui nous enjoint de se conformer, à la langue , à l’ordre conformiste de la violence à l’être , hors de raison, de l’humain en paix,
oh ma chair du monde oh l’air qui m’habille oh le ciel que j’œil !…
et Jacques Rabemananjara,
comme j’aime ce grand poète malgache que michel Leiris dans “zèbrage” d’un coup de sublime indicateur des ailleurs en parole m’a indiqué , traçant en cela un chemin ,
ce texte “Lamba” mon préféré, fait pénétrer dans une poétique de la vérité profonde de l’être , se révolte contre le grand désidentiteur qui brade tout l’humain au marché aux puces du recyclage,
Le grand Césaire fera de même ,
brêche ouverte, le surréalisme en Europe , car je pense à tout ce mouvement de redécouverte de soi qu’ont eus les slaves , aussi bien en poésie qu’en musique qu’en être , sublime reconquête non achevée aujourd’hui , tragédie de notre Europe aux franges dont je suis, réticente à l’assimilation des grands flux impériaux raseurs de mondes apaisés et des vallées cachées,
réaction à l’horreur de la guerre et à ce grand monde vorace qui engloutit tout sur lui même, le surréalisme l’apprit aux colonisés, frères, eux aussi victimes de la violence éradicatoire, arrachés de la profondeur constitutive , comme un vieux masque sculpté à l’être en racines aggripantes aux cotes des morts, fibres de l’appartenance, retrouvèrent dans l’ appel aux rêves des profondeurs de l’inconscient, transe de l’homme moderne et pont jeté sur la disparition en gouffre du mythe,
eux y virent ce retour salvateur des laves si profondes , combustion de l’être comme un kérosène premier,
le mythe en appelle à la langue dans le souffle et le rythme, raccroche à la densité, à la vérité,
si l’on y pense bien, l’ère de la consommation et de la production industrielle, odieux mots, clament la victoire de l’insignifiant, de la disparition du soi, insupportable à l’homme perdu qui porté par le flot du mot , oralité retrouvée au sein du livre, de nouveau vivant et libre au sein de la langue invocatoire , devient parole , redevient parole ployante au vent de la trace de l’être .
un livre consacré aux auteurs conduits par césaire, nous le fait comprendre , et je m’accroche à la suite, en plein accord, idée soudée à mon imperceptible obscur préssentiment, inséparable de mon être au monde, exil, sublime sens de l’attachement , (Derouin, à suivre, entre exil et enracinement nécessaire,; moi un enracinement vers son horizon…)
voila ce que dit la notice du livre , L’écriture Et Le Sacré – Senghor, Césaire, Glissant, Chamoiseau Collectif Universite Paul Valery ,
et qui m’éclaire :
voila un peu quelques pistes qui me relient à ce grand écrivain malgache, essentiel,
car il recherche dans la chair même de la parole le sens du vrai , mutine à l’encontre de l’aliénant, clame la force irréductible du vrai et ouvre un espace poétique d’une sensualité ouverte à l’échelle cosmique ,
dépouillement de vie !….
Benat Axiary
septembre 29, 2008

Benat Achiary , j’aime ce chanteur basque ,
d’une liberté et d’une force dans l’improvisation , il donne tout sa voix devient la montagne l’oiseau , il puise aux traditions basques , rejoint les navajos , a travaillé avec tout le monde ( lubat , manciet , lasserre , pedro soler , étage 34 , holmes , serge pey et j’en passe et des meilleurs …. ) à couper et renflouer le souffle ,je suis ému quand je le vois , il est de ces hommes de mon pays auquel je fus arraché , il est un homme auquel je ressemblerai si je pouvais ,
sa voix s’élance , vertige de l’oiseau qui martelle le roc de la montagne , de l’air qui attise le feu de la forge , et puis se fait douce jusqu’à rejoindre le silence ,
là il prend un livre , un recueil des poètes tangs , ghérasim luca ou pessoa , et se met à lire ….
La poésie est là , dans la voix dans le coeur , on est bouche bée , tout se rejoint ,
il organise tous les ans un festival des musiques du monde qui se croise et s’entrefilent , de toutes les musiques , de la poésie …
à Itxassu au coeur des vieux chênes et des monts basques , cette année il rendait hommage à jean Malaurie ,
l’art , la fête , la découverte de soi par la voix , la nature grandiose est là , mais moi je n’ai pas pu y aller !
il est avec charles Lloyd et jeanne lee et d’autres magiciens, une de mes plus fortes inspirations.
jean Capdeville
septembre 29, 2008
“livre d’artiste, un auteur chante , je danse autours”
(jean capdeville , peintre)
quand j’ai lu ses mots ce fut un éblouissement ,
il y avait le chant et la danse deux mots tronc pour moi ,
et cette façon de le dire , si simple , si totale comme une évidence ,
quel grand peintre ! libre ,
libre car fidèle à ce qu’il sait être et qu’il creuse , creuse ,
et la force, la force de la terre , la force des roche , le sang , le son sourd , total , la résonnance ,
le refus de renoncer à ce qui s’instille
sang hématite la terre le corps se sait et s’élance le corps le tout ,
les deux pieds rieurs tiennent à cet aimant
” la peinture, les peintures toujours cette plaque noire, symbole et témoignage d’un attachement mortel cassé en deux ,, la guerre – que je tente de ressouder dans la limpidité, la chaleur du possible – jean”
Tanella Boni
septembre 29, 2008
tanella Boni, ta peau est fenêtre d’avenir
Tannella Boni est philosophe et poète , native de Cote d’ivoire elle témoigne contre la guerre et cherche à redonner vie et fierté à l’Afrique son continent. elle est une grande voix et me rappelle en cela cette admirable cinéaste sénégalaise Safi Faye ( “mossane”) qui veut célébrer les beautés de son continent. Tanella Boni fait partie de ses artistes africains qui prennent à bras le corps les problèmes et les beautés, la spécificité de l’être africain;
ode à la beauté de la femme noire sempiternelle , en un mot à une humanité retrouvée qui puisse enfin vivre en amont d’elle même.
Pablo Neruda
septembre 29, 2008
Pablo NERUDA , en voici un magnifique chanté par Paco Ibanez dont la voix aussi est envoutante et que je trouve proche de celle de Yupanki , différente mais proche ,
la musique atteint là un pic dans la mélancolie amoureuse , et je ne peux écouter cela sans pleurer des fontaines surgies des profondeurs de mes veines en strates rocheuses , l’émotion retenue depuis les montagnes sacrées de mon âme , altitude de pentes neigeuse cristallisées , ravins en effondrements insondables , glaciers de lave d’amour contenu , profondeurs de l’être aux accents vertigineux , oeil perçant de cet aigle aux ailes en étendard de la liberté condor de l’exaltation aux plumes nuages vapeur de mon coeur ; au loin si proche fondent en sanglots avalanches vers l’ébleuissement de la mer qui m’appelle de toute sa ferveur passionnée.
Jorge Guillen
septembre 29, 2008
“La poésie nait sur la mémoire…
je suis fasciné de voir à quel point je retrouve en Jorge Guillen mes propres interrogations , mes tentatives de réponse , ma pensée profonde et jusqu’a mes propres mots ,
j’avais lu Guillen en espagnol et avait senti ce pressentiment lumineux d’une parenté, j’avais vu se recouper ses nombreuses traces , trajectoires , intuitions qui témoignent aussi de mon être profond , émerveillé de se sentir traversé par se sentier lumineux du silence à l’oeuvre au corps de l’oeuvre , silence qui dit la matière en ellipse , car pourquoi décrire la matière de ce qui est ( ) comme un roc qui ne se laisserait pas apercevoir même s’il hurle de présence au fil des jours à l’insu ,
la lecture m’avait donné cela qui s’était recoupé avec mes propres réflexions , s’était mélangé à d’autres lectures et visions ,
fabuleuse lanterne dans la nuit
prélude au corps environé de lumière qui se pressent et finallement, urgent dans sa pression à vivre trace le poid du vivant, érotique enflammement qui dévoile toujours plus de présence et zèbre de fissure que l’on croyait apercevoir,
sentir le désir la flamme du corps émerveillée
la langue étrangère dans son espace se révèle aux brumes ou l’être , l’homme, ce corps ombré se tient , la lumière des mots, inattendue éclaire,
l’évidence dans l’éclipse.
des mots chrétiens utilisés pour désigner un rapport à l’univers et non à Dieu, pas anti chrétiens mais sur un rapport différent , j’aime le commentaire ” nous ne sommes pas un être pour nous mais vers le réel ” et percevoir le monde n’est pas seulement sentir le monde mais être présent au monde ; que la lumière ne devrait pas être reçue comme une offrande mais qu’elle devait être partagée et d’abord reconnue
mais c’est la respiration de cette langue de peintre, de musicien, de magicien, de lumière qu’il faut laisser résonner, c’est comme cela qu’il faut le lire, dans le brut de la langue, ouverte, à la lumière des silences
Ntozake Shange
septembre 29, 2008

c’est à un jeu sur les mots , les langues , les sons , tels qu’ils vivent dans le corps de celui qui est traversé de ses multiples influences , qui est en voyage dans tous les tenants et aboutissants de sa vie , de ses frères , de l’humanité , de ces relations qu’inspirent les mots d’ailleurs si proches de son coeur , intime au plus profond de cette généalogie cachée , qui nous fait tourner en boucle et découvrir ce qu’il y a en nous de vibrant dans tous ce qui nous traverse , dans toutes les pluies et les soleils du monde , ( car se découvrir c’est aussi découvrir le monde , se tisser de rencontres , faire l’expérience du divers , être là à l’orée de l’autre et … , n’est ce pas m. Glissant -tout-monde)
mais Ntozake Shange , chantre de la fierté d’être noire , au féminin , aussi , qui me ramène à une de mes autres auteure-amour , noire elle aussi , Zora Neale Hurston , s’inscrit dans une réelle généalogie , diasporée , qui la ramène dans un effort de revenir à sa source à un nom zulu : Ntozake : ‘celle qui arrive avec ce qu’elle a’ ( en elle, ce qui lui appartient …..) Shange : ‘celle qui marche avec les lions ‘, à ces deux noms elle commente ntozake : je suis préparée , je me suffit à moi même , indépendante , shange : j’ai un grand courage , force , sagesse ,
elle rappelle cette grande fierté des ancètres , rois , guerriers , nobles , connaisseurs qu’étaient ceux avant d’être esclaves , elle traque les sources , décrit la vie de la diaspora noire partout où elle se trouve ( usa antilles amérique latine afrique ) , sans misérabilisme , sans utopie ni délire , elle affirme ‘haut et fort’ ce qu’ être noir veut dire dans les recoins de l’être , dans la réalité du jour , dans l’imaginaire , dans l’ailleurs de cet autrement , c’est donc une réflexion sur l’identité et c’est l’affirmation que la poésie est peut être ce lieu là qui rend possible cette crysalide-tissage de l’être , ce en quoi elle me rappelle aussi cette autre grande dame , Abbey Lincoln , chanteuse , poéte , peintre , vivante , chercheuse , dont le chant l’acte artistique rejoint l’être au plus profond de soi ( voire ma note sur ma peinture oû il est question de chant profond , de ‘cante jondo’ ,
Ntozake Shange , universitaire en lettres anglaise et études noire , s’est trouvée sur la scène californienne des années 70’s dans un groupe de danseur qui cherchaient les racines de l’afrique dans une dance afro-américaine , c’est en dansant , en faisant l’expérience de son corps par la danse que lui sont venus les mots , qu’elle a commencé à scander une parole qui lui venait de son corps ,
processus passionnant de recherche identitaire personelle , la découverte et reconnaissance du corps dansant , prélude à un surgissement de la parole qui devient poésie et qu’elle va traquer dans ses moindres recoins , dans le monde tel qu’il est , tel qu’elle le voit , et tel qu’elle le sent à l’intérieur d’elle , une quète d’affirmation poétique , au sens le plus fort , le plus vital du mot ( voire son intro de “for colored girls who…)
j’aime ce poème que reprend en improvisation la grande chanteuse jeanne lee ,
je l’aime parce qu’il se moque des frontières des mots , du sens enclos de la langue , il se soumet au plaisir d’exister dans un plaisir sensuel et réel des sons , des mots , mots-gestes , mots-paysages , mots-être qui touchent dans ce qui relie au plus profond de soi les parties qui nous constituent , qui nous touchent et sont une farandole de la joie d’exister ,
ajouter à cela la profondeur à fleur de peau de la voix aventureuse , ancrée et en avant d’elle même de J . Lee , le sens de la musique elle aussi libre et qui pour elle aussi est danse et on tourbillone alors dans une pure joie d’exister dans un mouvement insondable mais essentiel . comme une ode à la femme , à toutes les femmes , à toutes les façon d’être femme , à la mère etc… mais c’est à l’humanité entière , à la virilité que convie la femme au monde entier dans son principe , car un principe en appelle l’ autre et tant pis pour ceux qui ne le comprennent pas , de quelque bord soient , qui continue l’ignorance , la violence et le cloisonement de la vie
le titre est ambrosia mama , il est bien sur hors de question de traduire ces mots qui existent dans leur langue , dans leur musique inaliénable , qui sont comme un voyage ou les paysages sont stèles chinoise , mangrove , boccages , savannes , baobab , pain de sucre , rivières en saules pleureurs , vous voudriez les traduire , mais ils sont intraduisibles , sauf à vous les approprier , à leur faire violence ou à vous abstraire d’eux , les intérioriser , en faire votre chose , Ségalen nous dirait que notre simple présence transforme le paysage , mais la vie est mouvement et imprégnation , relation , vous en ressortez plus riche d’avoir rencontré traversé regardé entendu , en partage ( loin d’une colonisation de l’esprit)
alors écoutez : ( ce que je ne peux vous faire écoutez car le morceau est trop long et c’est bien domage …)
ambrosia mama lilac lalique mami honeysuckle nana heather m’dere
jardin madrina bougainvilea mami
mariposa mai magnolia
nani nani
lili lily lili lele loose tigre lele
agua lillie colline lili
corcovado fille
to-ca-me to-ca-me
to-ca-me to-ca-me
to-ca-me
minha mere minha mai
mama ouverte my mami
minha mere minha mai
mama ouverte mi tierra
alma sin sangrema la lila
muito lily
et toda lille
et toute la terre minha mai
ma vie lillie
ne quitte pas ici
lili lillie ne quitte pas ici
si lilliane oui sim ma vie
minha mai lillie
liliane liliane liliane
liliane liliane liliane
( ntozake shange , poète noire américaine )
parcours
septembre 29, 2008
Parcours… une évolution en forme d’écriture, le trait se mêle aux traces qui nous précèdent et nous prolonge, donc,
Comme un cheminement en chant sur les sentiers, la terre, et l’homme se résout aux éléments, finalement se rejoint en foisonnement…
Le chemin de terre s’encre et de mot s’ouvre vers ce qui ne se laisse pas voir, qu’il croise à chaque pas.
Encre de chine, aquarelle, pigments, le roseau et le pinceau guide guide l’eau aux rides du papier, devient matière, trait, écriture… le poème s’emmêle à la peinture.
question que je me pose
ce que je tente d’exprimer en utilisant pour cela des couleurs , des mots , des phrases mais aussi
un ressenti et une culture , plus ou moins bien digérée , des bribes de choses qui m’ont touché , art, vie, insignifiance de l’oeil en route ;
Cette nourriture de l’esprit brille comme des étoiles lointaines, inaccessibles . ce luminaire peut aussi bien nous cacher à nous même quand nous tentons de donner forme au pressentiment ,
une forme qui soit de la poésie ou de l’art ,
l’envie de dire peut cacher la banalité et le regard en retour enseigne le chemin à parcourir , dans la brûme … il ait des maître de la parole , des être dans le corps est parole , toute la voix est arquebouté dans cette pliure de la parole , comme un trajet de flèche, comme on est chasseur,
comment devenir celui là ? faut il suivre le sentier des aux influences ? au contraire le chemin broussailleux est il gage de vérité, la sienne, au sortir des broussailles , des griffures de ronces , de l’usure des souliers , la parole a t’elle une forge ? est de plier si loin cette envie que le pas se fait ample et délié et saute par dessus les rochers comme un bouquetin ,
c’est être le geste lui même , mais seulement le sien et de bout en bout aboutit la maille de l’autrement , de l’avant et de l’après , seulement accessible à qui est en mouvement vers soi , et l’avant et l’après en bout de soi , à s’atteindre.
travailler à un dépouillement
attendre et travailler en silence
l’effort est il suffisant ou y faut il la science ? ,
le savoir , cette haute maitrise , sublimée par la révélation de ce qui adviendra au fil de la roue qui tourne dans l’écume du courant ,
C’est pourquoi tant de gens sur le marché de l’art que je trouve indigeste et stérile, un ou deux artistes parviendront à réinventer quelque chose et finiront par se satisfaire de savoir que la parole est en mouvement à l’ondulation de leur lèvre qui parle , , on en revient toujours à cela, évident quand la beauté se produit: elle est alors que l’effort ennuit , le labeur est poussif , il aurait fallu rester dans la pénombre , mais il faut se mettre en risque pour se racler la gorge du déchet et progresser rien d’autre que d’oser, dire , en avant et debout ,vers l’autre miroir de soi qui recevra le reflet …
faut il avancer en brisure , en lignes rompues , seul chemin qui permette de progresser , le doute , appelle la réponse qui est tentative ,
Dialogue avec soi , se satisfaire de la rigueur ultime, garante et gageure ,
les autres décideront si l’écoute vaut la peine ou se détourneront pressés vers des occupations pressées, le cheminement reste , peut être ….
je retrouve ce peu que le peintre est capable de fulgurer face au réel; cette rapidité instantanée où ’s’en réfléchir’ il zèbre le présent, en affirmation sur le fil, et cette autre attitude, très espagnole, oû il va plonger dans la densité de la matière, le tellurique, l’abstrait, l’indistinct, où il s’efforce de rapter le sens au hasard du réel , dans une présence écrasante,
Mais ma peinture a besoin d’une autre dimenssion : “habiter”
Le geste, en écriture, comme une parole, comme une danse, comme une voix qui vient dire ce que le ventre renferme de potentialité affective, je ressens , tout cela m’habite quand je te vois …
La prégnance du corps va se faire poussée pour exprimer dans le lâcher la tension qu’il y a à être, à exprimer les artères, les muscles du vivre,
En avant vers ,
Comme dirait Guillen , le corps va devenir expression en mouvement , geste-rût , la peinture comme la trace du vivre,
Est ce suffisant ?
Peut on rendre compte du vivant et de la présence uniquement libérant le corps en équilibre entre les forces du monde, cherche à s’immiscer en symphonie du vivre,
il ait besoin de mélodie, l’articulé doit parvenir à se faire chant,
La lumière va amener l’expression, comme le lieu de l’homme qui s’inscrit,espace et lumière sont liés même s’ils ne se résolve pas l’un à l’autre ; le peintre que je tente d’être admet la confusion, ou du moins la grande difficulté à piétiner le sol et l’amener à l’expression ;
Saturation et dépouillement comme chez Rhothko, Soulages ou Tal Coat, trois de mes peintres phare,
L’espace se résoud bien en surface ou lumière, rayonnement de couleur, espace et lumière, l’un révélant l’autre,Le travail sur la forme n’exclut pas le vide, mais l’exige, l’espace, ( Barbara Hepworth/Moore , Chillida ) ;
la couleur et densité, brutalité de la lumière et de l’espace,
comment se marquent ce vide ou la lumière s’inclue dans “la vie” de l’espace.Pour celui qui en fait l’expérience et ne peut donc en être détaché, l’espace est vécu comme un milieu qui ne peut prendre forme que dans le geste qui agit (marcel Jousse) celui qui cherche à prendre place au milieu de tout cela,
participer, en mouvement puisqu’il y a reconnaissance et position, mouvement, durée et expansion.
non plus vue d’une étendue mais plutôt vie d’une étendue dont je participe de manière multiple, on s”éloigne dès lors de tous les impressionismes possibles pour concevoir et reconstruire l’espace le nommer domaine du vivant,
un peintre comme Rafols Casamada, participe de cette vision;Une autre de mes influences majeures est l’aquarelliste américain John Marin qui, s’il est encore lié à l’impressionisme ( je veux dire par la qu’il est dans cette posture où le peintre agit la lumière qui lui parvient pour la restituer sans tenter de transformer les notions comme celle de l’espace…) se lance dans une gestuelle dynamique qui agit l’espace , y projette le trait comme une danse ,assez angulaire dans son cas , la couleur en est le présupposé, la lumière devient mouvement relayant entre statisme et dynamisme,
La lumière, vouée à la couleur ne laisse qu’apercevoir , est la condition de son avènement et la réalise .
La découverte de Tal Coat et la lecture passionnée de Henri Maldiney propulsent ma réflexion sur le sujet, complexité énorme ( Maldiney : “aux déserts que l’histoire accable” ; “être et existence”, “ouvrir le rien” )
un des points communs entre Tal Coat et John Marin est la référence à l’art oriental , en particulier Tang pour TC ; je partage bien sùr cette fascination de longue date et ma peinture n’est pas séparable d’une tentative de trouver un langage pictural qui soit aussi écriture,
l’écriture est donc au centre de ma vision artistique,

je retrouve ce peu que le peintre est capable de fulgurer face au réel; cette rapidité instantanée où ’s’en réfléchir’ il zèbre le présent, en affirmation sur le fil, et cette autre attitude, très espagnole, oû il va plonger dans la densité de la matière, le tellurique, l’abstrait, l’indistinct, où il s’efforce de rapter le sens au hasard du réel , dans une présence écrasante,
Mais ma peinture a besoin d’une autre dimenssion : “habiter”
Le geste, en écriture, comme une parole, comme une danse, comme une voix qui vient dire ce que le ventre renferme de potentialité affective, je ressens , tout cela m’habite quand je te vois …
La prégnance du corps va se faire poussée pour exprimer dans le lâcher la tension qu’il y a à être, à exprimer les artères, les muscles du vivre,
En avant vers ,
Comme dirait Guillen , le corps va devenir expression en mouvement , geste-rût , la peinture comme la trace du vivre,
Est ce suffisant ?
Peut on rendre compte du vivant et de la présence uniquement libérant le corps en équilibre entre les forces du monde, cherche à s’immiscer en symphonie du vivre,
il ait besoin de mélodie, l’articulé doit parvenir à se faire chant,
route
La peinture n’est pas faite pour être comprise mais tente de montrer, faire ressentir l’endroit, le moment de la vie de cet homme qui rejoint l’universel dans ce sens profond qui nous échappe, réunit l’espace d’un instant la contradiction et le mystère , comme une vue ouverte,
un appel qui suggère quelque chose , quoi? pour moi , je peints comme ça , non dans la représentation et la pensée des choses mais dans l’invocation , l’appel de ce qui s’ouvre , qui surgit des profondeurs de soi , qui témoigne d’un être au monde ,
nourrit de toute une réflexion au préalable ,
enfin je peignais
car il y a un moment ou ça ne suffit plus
ou bien la volonté se remet en marche , s’éveille à ce que LUI veut vraiment ,
ce ressenti en avant vers l’autre, sortir de la prison personnelle, ouvrir vers le partage , le cheminement et l’enracinement,
jusque là ma peinture avait les échos d’un chant , qui sortirait de la gorge-main – poumon-bras -souffle- corps-stridence- impulsion- étoffe-geste – torse-désir,
moment, dense, coloré, rhythmé, sombre, concentré ,
comme un fado ou une complainte ,
un chant de voix surgi des entrailles
une terre traverse du corps
des réminiscences des voix berbères, profondes, semblant traverser le corps en puisant aux pieds ancrés et rejoidre les étoiles, brodures indiennes comme une danse des doigts tactile et plat cosmique en épices, lignes mélodiques charnelles et entrelacées comme une invite au banquet des voix slaves … saxo déchirant ,
chez un beñat achiary porteur de l’antique voix basque , donnée en partage à l’expérience de vivre , de la présence, témoignage de la traversée de l’être,
le corps est il seulement ce lieu clos ou bien aussi cet endroit de l’être où il advient quelque chose in-attendu , en avant de soi vers l’espace du soudainement possible, senbs de la danse ou le geste incarne la guirlande “du pétillement ” de l’espace et du temps, à quoi l’homme donne forme, rend palpable, ainsi s’exprimerait Marcel Jousse dans l’”anthropologie du geste”,
pleinement geste qui relie ,
en aller vers ,
moment ou la vie s’enfle de tout le pressenti ,
magnifique pressentiment par quoi tout commence dit Peter Brook,
une incarnation
vraie… , sortie de l’abstraction , hors de la distance de la représentation , geste de la pensée où affleure toutes les pensée, la contradiction résolue dans le geste capable de contenir dans son temps l’alpha et l’oméga, pris ensemble dans la simple existence immédiate
matière et impulsion
direction et désir , épaisseur et impalpable
ou alors peut être un point de départ , starting block d’une énergie à vivre , impulsion qui résume le vivre et envoi en tournoi
énergie qui saisi l’homme qui peint et transmet à la feuille le vivre,
l’art dont je veux parler est acte , permettra ou empèchera en chemin,
l’homme en tout cas ne peut se suffire de ce geste, de la voix ample, comme un chemin qui s’ouvre aux jambes, frémissent des muscles qui impulsent l’inédit du présent, le trajet,
bonjour patrick ,
oui ,
en ce qui concerne ma peinture , en ai-je une , je suis d’accord avec vous , la recherche , les traces , la fatigue, la révolte poétique , mais aussi le désir de liberté , l’invention d’un langage ou son rêve ,
d’ailleurs je ne peints plus beaucoup, tout ce que vous voyez est assez vieux , car cela est très prenant de créer en peinture , de se façonner en peinture , ou en écriture , mais qui sait le but poursuivi par l’expression, n’est il pas aussi de répondre à quelques questions au sphinx et de franchir le ravin sur une poutrelle instable , il me serait aisé de calquer un style ou de suivre une voix (e) c’est à l’invisible que je m’adresse et cela est difficile , évidemment , d’ou la pause prélude à la mue nécessaire sans doute pour aller plus loin , car l’acte artistique s’il doit exister doit être exigeant et résumer, se faire passerelle de mythe à soi , à moins que l’on choisisse l’artisanat, le travail des jours , sagesse sans doute , le reflet de l’homme témoigne de l’homme , il est ainsi fait , et est preuve de sa présence , trace peut être , mais il peut être preuve de la trace ce qui serait plus juste ,
Certes il faudrait s’y mettre et mettre toute les forces de mon coté et devenir peintre réellement ! sans doute , le blog et la vitesse d’un instant peint sont tout ce que je peux dire pour l’instant ,
la mue dira si l’effort parviendra à la forme dans cette matière là , car c’est une réponse à l’existence.
pour l’instant je ne quitte pas la question, le dialogue avec ceux rencontrés, l’influx du pressentiment, quelques trouées dans la matière et la lumière , désert d’errance, un long voyage d’apprentissage qui peut être renforcera la corne des pieds et donneront envie aux mains d’inventer.




