écrire l’autrement

domination de clarke

en réponse à l’article de Cathy Garcia sur le livre « Dominations » de Bruce Clarke, Ed. Homnisphères clark :

Collection Savoirs Autonomes /

(c) Bruce Clarke
(c) Bruce Clarke

Des extraits de l’ouvrage sont en ligne sur http://www.homnispheres.com

La couverture « arts derniers » donne une idée de la peinture , je n’ai pas trouvé les extraits, néanmoins une réflexion : et si ce travail là continuait à s’enraciner dans cette vision de cette civilisation destructrice et ravageuse , cela a toujours été ma peur et j’ai toujours privilégié une recherche qui aille vers les marges ou au cœur des témoignages de ce que la « vie » et « l »être » peut être pour ceux de ces autres mondes, qui sont comme nous mais orientés autrement, chaussent d’autres lunettes, il ne faut pas tout ramener à soi et l’écoute est essentielle, aussi dérangeante, aussi désaxée soit elle.

A HaÏti, Franketienne , en Afrique, des voix comme celles de Tanella Boni, ken Bugul ou Chinua Achebe, car l’aliénation est rattaché à  l’identité, ce qu’elle peut bien être niée bafouée , voire versée au bord de l’abime ( comme chez l’écrivaine aborigène, Alexis Wright ‘plaines de l’espoir’); l’identité cependant n’est qu’un versant, un rocher sans prise qui s’effondre dans un vide, l’identité se recycle comme dit Calixte Beyala ou bien ne se démultiplie t’elle pas dès lors que l’on en est libérée et que l’humain libéré du monocle cyclopesque enfin voit avec jouissance s’étaler devant lui les chemins du partage quand il n’est pas confisqué.

On va me dire que le dépotoir de la civilisation occidentale est partout comme une peste , irrespirable et détructif même jusqu’en la possibilité d’entrevoir un avenir ( Afrique du sud par exemple tant la violence a été grande , et les conditions de vie annihilante, néanmoins l’après Mandela est pleine des promesses et la vitalité et créativité non contenu nous apprendra ce qu’il y a en réserve lorsque l’on se met à inventer.
Néanmoins la graine de l’espoir humaine est dans cette parcelle de vérité qui est à traquer pour rejaillir,  je me souviens de cette image,  une femme pauvre, noire, poussant un caddie et  acculée à la folie, soliloquant sous les périphes de la nouvelle Orléans ;  elle me semblait comme le germe d’un rêve plus fort que l’acier et l’asphalte, des favelas nait cette samba et cette douceur entrevue persistante, mélancolique chantée car tenace.

Mais ma vision occidentale se refuse au désespoir,   je ne sais pas, tant l’horreur est grande s’il n’y a d’autre espoir que celui dans les gens de ce petit peuple qu’aime le cinéaste Djibril Diop Mambety ,  que reprend ken Bugul dans son ode au philosophe de la rue « Félix Faure », par dérision n’y a t’il plus d’espoir que dans ce qui n’est pas grand et qui survit à l’ombre, comme un tamaris puise l’eau de la débrouille et de la renaissance.

Et si on commençait par laisser parler l’humain, l’autre, que nous dirait il ? , pourquoi tant de créativité et de dynamisme à Haïti par exemple, pourquoi le jazz est il né de l’esclavage, pourquoi cette pensée créole est elle si vivace et radicale (Césaire Glissant Condé Chamoiseau Pineau etc …), s’amusant désespéramment de tout et comme le montre Edouard Glissant, étant « créolité » parce que obligée à la création, non à la synthèse mais à l’esprit créateur, Obligée, la pensée humaine et sa poétique est créative, d’abord dans le langage et dans les ADN,  les alliances et les fusions, les foisonnements et les hybridations, il faut se rapporter à Glissant pour garder espoir.

Certes à bien regarder ce qui s’écrie et s’écrit aujourd’hui, se peint, se joue, se chante,  …. on se dit que la vision d’horreur désespérée, Rwanda ou es tu ? mais aussi Roumanie et quartiers des marges, gagne sur la graine porteuse de vie, chère à Tanella. Le couvercle de la domination uniculturelle se referme,

Le film  « waati » de Souleymane Cissé le suggère, le nœud central demeure dans le reconquête de soi, de sa terre, une longue reconquête du visage voilé qui lentement peut reprendre possession de cette signification immense accolée  à ce que la terre est pour soi, Une vision politique en somme qui ne doit pas être comprise comme un enfermement ethnique ou culturel, racial mais bien plutôt en écho aux mots d’Amadou Hampaté Bâ lorsqu’il déclarait ne pas avoir peur d’aller à la rencontre de l’autre dès lors que l’on se connait soi-même, pour soi-même, la non aliénation est donc le présupposé à la rencontre qui sinon n’a pas lieu et demeure un simulacre.  La scène  du masque, véritable examen de passage où ce deuxième visage est le visage intérieur, vérité première à partir de laquelle toutes les hybridations pourront avoir lieu jusqu’au retour à la scène tragique de l’abandon et le meurtre initial. Nandi devient ce visage dans le clair obscur révélant ce qui se fait jour et livrant passage à l’action main tendu à l’Afrique qui meurt.

Des mots, des mots, peut être la poésie qui s’habille, transite, vole sur ce tapis de mots est aussi cette action essentielle de récupération, le retour à la parole car la parole qui nomme est centrale dans les cultures africaines, reconnaissance de l’existence des choses qui demain existeront au lever du soleil, samba magique d’après Vinicius de Moraes via l’orphéo négro de Camus.

Barlen Pyamotoo
Barlen Pyamootoo

Récurrente aussi cette affirmation de l’écrivain comme médiateur pour ceux qui ne disposent pas de la parole, afin qu’elle puisse circuler, parler de ces vie muettes qui sont le tout de la vie  et éloigner l’obscurantisme peut être , la misère et l’automutilation ( Pyamootoo : « la littérature appartient aux éclopés, crève-la-faim, crève-la-vie, à ceux la même qui ignorent ce qu’est un roman et dont le quotidien nourrit les plus belles histoires »)

enfin je veux le croire .

South, Bruce Clarke
South, Bruce Clarke

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